Osty : Mais lorsque viendra ce qui est parfait, ce qui est partiel sera aboli.
NBS : mais quand viendra l’accomplissement, ce qui est partiel sera aboli.
Semeur (2000) : Mais le jour où la perfection apparaîtra, ce qui est partiel cessera.
Genoude : Mais lorsque nous serons dans l’état parfait, tout ce qui est imparfait sera aboli.
TOB (1976) : Mais quand viendra la perfection, ce qui est limité sera aboli
Pleiade : Mais quand viendra le parfait, le partiel sera aboli.
Chouraqui : Mais quand ce qui est parfait viendra, ce qui est partiel disparaîtra.
TMN (2018) : mais quand ce qui est complet arrivera, ce qui est partiel sera supprimé.
La Bible de l’épée (2016) : Mais quand s’affirmera ce qui sera achevé de la rédaction des Écritures, alors ce qui est incomplet sera annulé.
Nous allons essayer de comprendre ce que sous-entend l’expression τὸ τέλειον – to teleion qui généralement est rendu par « ce qui est parfait ». Ensuite, nous verrons les différentes interprétations qui ont été données de ce verset et pour terminer, nous verrons les deux courants : cessationiste et continuationiste.
Disons d’abord un mot sur la forme grecque. Nous avons là un adjectif substantivé au neutre singulier. La racine tel – renvoie à l’achèvement, au but atteint, à la maturité ou à la complétude. La forme neutre est cruciale ; cela signifie qu’il ne désigne pas une personne, en l’occurence le Christ en tant qu’individu, ce qui dans ce cas serait au masculin (ho teleios), mais un état de fait ou une économie spirituelle. L’exégèse de ce passage a suscité au cours des siècles au moins 4 interprétations :
1. L’interprétation eschatologique est celle qui est la plus épandue. C’est la position majoritaire chez les théologiens catholiques, orthodoxes et la plupart des protestants. Ici, le sens du « parfait » désigne le Retour du Christ (sa Parousie) ou l’état final du Royaume de Dieu. Pour cela, on se réfère au verset 12 où Paul parle de voir « face à face » et de connaître « comme j’ai été connu ». Paul compare notre état actuel à celui d’un enfant et l’état futur à celui d’un adulte. Cette connaissance totale ne semble possible que dans la présence directe de Dieu. Dans cette optique, les dons spirituels (prophétie, langues, connaissance) sont nécessaires et actifs jusqu’au retour du Christ.
2. L’interprétation cessationiste est encore assez répandue, c’est l’interpréation historiquement défendue par certains courants du protestantisme classique, notamment ceux issus de la Réforme. La Bible de l’épée (2016), citée plus haut, a fait passer sa position cessationiste dans sa “traduction”, (mais à mon sens, il ne s’agit pas d’une traduction, mais véritablement de l’interprétation du traducteur). C’est toujours dangereux de traduire d’après ce que l’on croit. Ça influence le travail de traduction. En ce sens, le « parfait » désigne ici la clôture du Canon des Écritures (la Bible complète avec ses 66 livres reconnus comme inspirés). Or, il faudra attendre l’an 367, dans un document appelé « la lettre festale 39 » d’Athanase Alexandrie, pour que nous rencontrions pour la première fois le canon néotestamentaire de l’Église grecque sous sa forme définitive. L’argument est le suivant : une fois la révélation écrite de Dieu à travers le Nouveau Testament achevée, la connaissance n’est plus « partielle » ou fragmentée par des prophéties individuelles. La Bible serait le miroir devenu clair. La conséquence en est la cessation des dons miraculeux (langues, prophétie) à la mort des apôtres ou à la finalisation du Canon, car ils n’avaient plus de raison d’être.
3. L’interprétation de la Maturité de l’Église. Ici, le « parfait » désigne la maturité de l’Église en tant que corps constitué. L’argument est celui-ci : Paul utilise souvent le mot teleios pour parler de personnes adultes par opposition aux enfants. Ici, le « parfait » serait le moment où l’Église sort de son enfance (période apostolique avec ses signes spectaculaires) pour entrer dans une phase de maturité fondée sur la foi, l’espérance et surtout l’amour (agapè). Dès lors, il n’y a plus lieu de s’attendre aux dons spectaculaires qui eux, s’estompent au profit de la vie d’église structurée et de l’amour.
4. L’interprétation de la Mort individuelle. Enfin, la dernière interprétation donne à nous faire comprendre le « parfait » comme étant le passage vers l’éternité lors de la mort du croyant. Cet argument repose sur le fait que le croyant quitte le mode de connaissance « partielle » de la terre pour entrer dans la vision béatifique, le fait de voir Dieu tel qu’Il est. Disons simplement que nous sortons ici du cadre et que cette interprétation a au moins le mérite d’exister.
Le débat continuationiste et cessationiste :
- LE CONTINUATIONISME
C’est l’opinion selon laquelle, les dons, miracles et guérisons sont encore d’actualités aujourd’hui parmi les chrétiens. Que le don des langues, les guérisons, les prophéties etc… peuvent encore se manifester de nos jours – les dons mais aussi les 5 ministères.
- LE CESSATIONISME
Le cessationisme lest l’opinion selon laquelle les dons, miracles et guérisons ont cessé depuis les temps apostoliques. Ces dons servaient uniquement pour démontrer la puissance de l’Évangile au début du temps de l’Église, qu’ils étaient nécessaires afin d’amener les gens à croire en la Parole de Dieu. Ils servaient pour appuyer la véracité de l’Évangile, en signe d’autorité
Les cessationistes se basent essentiellement sur les versets d’1 Corinthiens 13.8-10 : L’amour ne meurt jamais. Les prophéties disparaîtront, les langues cesseront, la connaissance disparaîtra. En effet, nous connaissons partiellement et nous prophétisons partiellement, mais quand ce qui est parfait sera venu, ce qui est partiel disparaîtra. Les cessationistes interprètent ce texte « ce qui est parfait » comme étant la clôture du canon biblique. Une fois l’Écriture complète, il n’y a plus besoin de signe pour faire autorité, seule la Bible complète fait autorité, de ce fait nous n’avons plus besoin aujourd’hui de ces dons. Donc à partir de la mort des derniers apôtres, la clôture du canon est établie, les dons ont cessé à partir de ce moment. D’autres pensent que c’est la maturité de l’Église, la mort des croyants en la présence auprès de Christ, l’enlèvement de l’Église, l’état éternel. Il s’appuie aussi sur le fait que la Tradition en général n’en parle quasiment pas. L’Eglise Catholique est cessationiste. Pour les cessationistes, il ne faut pas s’attendre à ces caractères miraculeux que sont les dons spirituels. Ils n’étaient destinés qu’à l’âge apostolique dans le but de construire et d’édifier l’Église naissante.
Déjà saint Chrysostome, à la fin du IVe affirmait, dans ses homélies sur les Actes que le temps des miracles était passé. Ces derniers utilisent le passage de 1 Cor 13.10 : mais quand ce qui est parfait sera venu, ce qui est partiel disparaîtra. Pour eux, ce parfait est la clôture du canon du NT ou de l’état de maturité de l’Église.
Ils interprètent ce passage disant qu’il n’est pas dit : quand celui qui est parfait (sous-entendu Jésus), mais le texte dit : quand ce qui est parfait.
Dès lors, on se pose la question : que représente ce qui est parfait ? Et eux, de répondre tout simplement : la Bible, la Parole de Dieu.
Pour les cessationistes, le plus grand miracle que Dieu fasse aujourd’hui, c’est de faire passer un homme, une femme de la mort à la vie, par l’acte de la conversion. Jean Calvin adoptait lui aussi une position de type cessationiste, il dira : “Cette grâce apostolique de guérir les malades n’est plus de mise comme les autres miracles que le Seigneur a voulu qu’ils soient faits pendant un temps, afin de rendre la prédication de l’Évangile alors toute nouvelle, éternellement admirable …” (IRC IV. 18-19)
Comme dans tous les courants de pensées, il y a des extrêmes. Dans le cessationismes, il y a 4 courants principaux :
- Le cessationisme classique, qui affirment que les « dons signes » comme la prophétie, la guérison et le parler en langues ont cessé avec les apôtres et la clôture des Écritures. Mais exceptionnellement il peut avoir, des dons et miracles tant que cela n’altère par la doctrine, mais cela est assez rare.
- Le cessationisme concentrique croit que les dons et les miracles ont cessé dans l’Église en général et dans les pays touchés par l’évangélisation , Mais il se peut que Dieu, à certains moments, fait encore des miracles aujourd’hui, comme des guérisons ou autres, l’essentiel est que ces « miracles » ne fassent pas naître une nouvelle doctrine. Ils sont une aide à la propagation de l’Évangile.
- Le cessationisme complet, pense que « tout » miracle a cessé et qu’aujourd’hui plus aucun miracle, ni don ne sont en vigueur, et s’il y en a, Dieu n’en est pas l’auteur. Néanmoins, les ministères de pasteur, évangéliste et docteur restent en vigueur.
- Le cessationisme cohérent ou radical, plus extrême, croit que non seulement les dons et les miracles étaient uniquement destinés à établir l’Église du premier siècle, mais aussi que les 5 ministères sont de la même utilité, (c’est-à-dire qu’il n’y a plus d’apôtres, de prophètes, de pasteurs, de docteurs et d’évangélistes). C’est le cas unique d’interprétation cessationniste radicale, identifiant le parfait à « l’achevé de la rédaction des Écritures » que l’on retrouve dans la Bible de l’Épée.
Wayne Grudem démontre ceci : « l’argument de Paul est que c’est précisément la venue de « la perfection » qui met un terme à la prophétie, aux langues et à la connaissance, parce qu’il y a alors une façon de connaître les choses nouvelle et supérieure, « comme j’ai été connu ». Mais jusqu’à ce moment-là, cette façon de connaître nouvelle et supérieure n’est pas à notre disposition, aussi ces dons imparfaits restent-ils utiles et d’actualité. (Wayne Grudem, Théologie systématique – Éditions Excelsis, 2023)
John MacArthur commente ainsi : « Certains commentateurs s’appuient sur 1 Corinthiens 13.10 pour justifier leur position favorable ou hostile au cessationisme. C’est aller au-delà de l’intention de Paul. Si le sens du terme grec traduit par « parfait » (teleion) a été largement débattu par les commentateurs, des interprétations possibles, l’entrée du croyant dans la présence du Seigneur correspond le mieux à l’usage que Paul fait du terme parfait dans 1 Corinthiens 13.10. » Il est donc important de noter que le but de Paul dans ce chapitre n’était pas de déterminer combien de temps les dons spirituels continueraient à être exercés dans l’histoire de l’Eglise, ce qui n’aurait eu aucun sens pour les premiers lecteurs de cette lettre. Il insistait sur un point qui avait une pertinence particulière pour son auditoire du Ier siècle lorsque vous, croyants corinthiens, entrerez dans la perfection glorieuse de l’éternité au ciel, les dons spirituels que vous valorisez tellement en ce moment ne seront plus nécessaires (puisque la révélation partielle qu’elles apportent sera déjà complète). En revanche, l’amour a une valeur éternelle ; c’est pourquoi recherchez avant tout l’amour, car il est supérieur à tout don (v. 13) […] Pour déterminer l’instant à partir duquel dans l’histoire de l’Église, les dons miraculeux et de révélation cesseraient, nous devons nous pencher sur autre chose que 1 Corinthiens 13.10, par exemple sur Ephésiens 2.20 où Paul déclare que l’office prophétique n’était utile que pour la période fondatrice de l’Eglise. Il n’empêche que le principe plus large énoncé par Paul, celui de la supériorité de l’amour sur tous les dons spirituels, s’applique encore aux croyants de notre temps, ceux que nous sommes et qui attendons notre glorification céleste. (John MacArthur, Strange Fire, p. 148-149).
Nous voilà arrivés au bout de notre courte étude sur ce passage. Chacun est libre d’adopter la position qui lui corresponde, tant qu’il respecte et ne méprise pas celui qui pense différement. Tel est le défi de l’Église face à tous ces sujets qui auraient tendance à diviser. Celui qui divise, c’est le diable, c’est sa signature. Celui qui rassemble, c’est le Bon Berger, notre seigneur Jésus Christ.



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