Les Libérales
Parution 2001, 2018
Éditeur Bayard - Mediapaul
Traduction Semi littérale
Lecture Poétique
Public Tout public
Confession Libérale
Source AT Original hébreu
Source NT Texte Minoritaire
Deutérocanoniques Oui
Ordre des livres Hébraïque
Unités poids et mesures Ancienne

Présentation

Cette traduction n’a pas d’équivalent sur le marché, elle est une nouvelle approche de la traduction comme son nom l’indique.

Voici la méthode de travail : Chacun des 74 livres qui composent cette bible ont été confiés à un binôme composé d’un exégète et un écrivain contemporain. L’exégète a d’abord préparé un travail minutieux de déchiffrage et de traduction au mot à mot du texte biblique qu’il a ensuite transmis à l’écrivain. L’écrivain quant à lui a proposé une écriture renouvelée et personnelle du texte.

La combinaison des deux est formidable et nous apporte un résultat presque littéral, parfois un peu trop, mais sans en être gêné. L’exégète a toujours tranché les questions de sens et d’interprétation. L’écrivain a travaillé les formes d’écriture, le rythme de la langue, l’innovation littéraire. Parmi les écrivains, notons la participation de Florence Delay, de l’Académie française, de Jean Echenoz, d’Emmanuel Carrère qui sont des écrivains français reconnus du grand public. Certains ont été récompensés de leur travail et ont reçu des prix Goncourt, Médicis.

Ils ont accepté de consacrer une partie de leur temps, pour certains à temps plein, certains ont donné six ans de leur travail à cette nouvelle traduction. Notons la réflexion de  Florence Delay sur son propre travail et  peut s’appliquer à l’ensemble : « C’est un des mystères de la littérature : l’original ne vieillit jamais et les traductions vieillissent ». (Panorama, nº 370, octobre 2001, p. 27). En fermant le livre, je songe à cette remarque pertinente d’un grand critique littéraire américain : « Lire une traduction revient à se contenter d’un deuxième choix » ! (Northrop Frye, Le grand Code, Seuil 1984, p. 42.)

Trois points cependant sont à relever :

  1. les écrivains de renom ont été choisis parmi ceux les plus illustres de notre temps.
  2. qui ne maîtrisent, voir ne connaissent pas nécessairement l’hébreu ni le grec. Ils traduisent à partir du mot à mot, qui est le travail de l’exégète, tout en échangeant étroitement avec son binôme écrivain.
  3. que ce soit les écrivains ou les exégètes, aucun n’est forcément croyant.

Sortie en 2001, éditée chez Bayard, cette bible apportera du rafraîchissement à la lecture habituelle. On redécouvre le texte dans un nouveau contexte, celui du XXIème siècle. Une deuxième édition voit le jour en octobre 2018, il s’agit d’un format qui fait la moitié de la longueur de la 1ère édition, et pourtant le contenu est le même. On regrette cependant la qualité du papier utilisé,  les pages sont extrêmement fines.

Description

Il s’agit bien d’une nouvelle traduction qui n’a pas d’équivalent à ce jour. Peut-être à l’exception de celle qu’entrepris en son temps Henri Meschonnic, en les comparants on y trouve des similitudes. La traduction est entièrement originale, elle a été élaborée selon les plus récentes éditions critiques scientifiques des manuscrits bibliques, d’après les langues sources de la Bible (l’hébreu, l’araméen et le grec) et selon les dernières éditions critiques adoptées par la communauté scientifique : la Biblia Hebraica Stuttgartensia, la Septuaginta de Rahlfs et d’après le Nouveau Testament de Nestlé-Aland.

Cette bible suit l’ordre du canon hébraïque dans ses 3 parties (Torah, Nevi’im, K’touvim) et sont inclus juste après les livres apocryphes (Esther grec, Livre de Judith, Histoire de Tobie, 1 et 2 Macchabées, Sagesse de Salomon, Sagesse de Jésus Ben Sira, Livre de Baruch).
Le canon du Nouveau Testament reste inchangé. Sa traduction se base sur les textes minoritaires.
Le repérage dans la Bible a été facilité : la numérotation des versets est en couleur rouge, placée en marge externe des pages ; chaque double page est marquée en bas à droite du titre du livre et des versets et en gros caractères pour « naviguer » facilement dans cette Bible.

Une belle introduction à la bible a été rédigée par Frédéric Boyer, qui comporte une dizaine de pages. À lire ! En fin de livre, vous trouverez 460 pages d’annexes comprenant glossaires, cartes, tableaux, index, ainsi qu’une introduction aux 74 livres que contient cette bible et des notes sur des versets choisis. Autant dire que cette bible est une vraie mine d’information.

Remarques

Au sujet des noms : Notons que le  tétragramme est traduit par Yhwh.

Quand Dieu révèle son Nom à Moïse, c’est toujours le point délicat pour trouver la juste traduction, mais cette fois le rendu est correct, s’il y avait eu des majuscules à « je suis », ça aurait été encore mieux :

Dieu dit à Moïse : Ehyeh asher Ehyeh,  » je serai : je suis ».
Et il dit à moïse : ainsi, tu diras au fils d’Israël : je suis m’envoie vers vous

Exode 3.14

Certains noms gardent leurs hébraïsmes tels les chérubins sont traduits par Kerouvim, ou bien les deux bêtes de Job ch.40 sont rendues par Béhémoth et Léviathan, ce qui est une bonne chose. On notera aussi que Jonas ne se lamente pas sous un ricin ou un genêt, mais le traducteur a préféré garder le mot hébreu QYQAYON car on ne sait pas vraiment s’il s’agissait d’un ricin ou bien d’un autre arbuste.

Parfois, à trop vouloir traduire ou vouloir rendre le texte compréhensible, on dénature l’original, ce qui provoque un affaiblissement dans la compréhension, mais comme dit l’adage ; traduire, c’est trahir. Parfois, cela devient problématique voir dangereux, par exemple :

Toi et la femme, tes enfants et ses enfants
Ils viseront ta tête, tu viseras leur talon.

Genèse 3.15

Peu de traductions ont véritablement rendu ce que dis l’original, à savoir que c’est un pronom masculin IL qui est employé. CHOURAQUI rend ainsi ce verset : Lui, il te visera la tête, et toi, tu lui viseras le talon. Pour plus d’informations : https://www.bibliorama.org/le-protevangile-de-genese-3-15/

Dès les premiers versets du livre de la Genèse, nous sommes surpris par la lecture. Nous sommes quasiment dans une traduction mot à mot :

Dieu dit Lumière – et lumière il y a – Dieu voit la lumière – comme c’est bon – Dieu sépare la lumière et le noir – Dieu appelle la lumière jour et nuit le noir – Soir et matin – un jour –

Genèse 1.2-3

Avimelek est repris par Dieu dans un rêve à cause de Sara. Dieu lui demande de rendre Sara à Abraham. C’est un nabi, il intercédera et tu vivras.

Genèse 20.7

Joseph est méprisé par ses frères, quand ils le voient les rejoindre à Dotân, chacun dit à l’autre : C’est Monsieur Rêves.

Genèse 37.20

On notera l’élégance de la construction du poème de femme vertueuse en proverbe 31.10, chaque verset commence dans l’ordre de l’alphabet en utilisant 22 des 26 lettres.

Vanité dit Qohéleth
hével havalim
Hével dit Qohéleth –  tout est vain

Ecclésiaste 1.2

Pour les non-initiés, comprendra qui pourra !

Les béatitudes elles aussi ont pris de l’envolée, lisez donc :

Joie de ceux qui sont à bout de souffle,
le règne des Cieux est à eux.
Joie des éplorés,
leur deuil sera plus léger. […]
Joie des cœurs limpides, ils verront Dieu.
Joie des conciliateurs, ils seront appelés enfants de Dieu.
Joie des justes que l’on inquiète,
le règne des Cieux leur appartient.

Matthieu 5.3
Le Notre Père – Le Pater Matthieu 6.11
Notre Père, qui est au cieux,
Tu es saint : fais-toi connaître.
Fais venir ton règne.
Que selon ta volonté tout s’accomplisse
tant sur la terre qu’au ciel.
Le pain de la journée, donne-le-nous aujourd’hui.
Remets nos dettes comme nous remettons à qui nous doit.
Ne nous mets pas à l’épreuve, et garde-nous du mal.

Mais Jésus : Range ton poignard dans l’étui. L’homme au poignard périra par le poignard.

Matthieu 26.52

D’ordinaire et comme c’est le cas chez Segond, nous lisons que cet homme dégaina une épée. Pléiade avait opté pour un sabre, là le traducteur à choisit un poignard. Le grec emploi le mot machaira μάχαιρα donc pour trancher, je dirai que c’est moins long qu’un sabre et un peu plus long qu’un poignard.

L’Esprit est rendu par le Souffle, Jésus baptise du souffle saint.

Mais le fruit du Souffle est amour, joie, paix, patience, honnêteté, bien, fidélité, douceur, maîtrise de soi.

Galates 5.22

Traquez l’amour, soyez jaloux d’expériences spirituelles, surtout pour prophétiser.

1 Corinthiens 14.1

Propos orduriers, commérages ou bons mots – rien, mais plutôt l’action de grâce.

Galates 5.3

Il nous a extirpés du pouvoir de la nuit – il nous a transférés dans le royaume du Fils de son amour –

Colossiens 1.13

L’une des fautes majeures de traduction se trouve dans l’épitre de Jacques au chapitre 3 verset 15

Cette sagesse-là qui vient d’en-haut : elle est terrestre, animale, démoniaque.

Jacques 3.15

Détail qui ne passera pas inaperçue aux lecteurs assidus dans le livre 1 Rois 17.4, Ce n’est plus des corbeaux qui nourrissent Elie au torrent de Kerith, mais bels et bien des arabes ; les deux mots hébreux sont très proches.

Détails d’évangiles :
Luc appelle les pécheurs des Hors-la-loi là où Marc a des réprouvés.
Les scribes sont nommés des lettrés et les publicains deviennent des racailles.

La colère de l’Éternel s’enflamma……..La Bayard rend : rouge de colère, pourpre de colère.

L’art poétique est parfois surprenant dans le livre des Juges, par exemple dans le Cantique de Déborah, lorsqu’il est évoqué la paresse de Ruben, on y lit au v.16 au chapitre 5 :
Pourquoi, embusqué entre deux camps, t’es-tu contenté d’écouter d’épier les pipeaux des pâtres ?

Le livre des Psaumes est particulièrement difficile à lire, surtout pour ceux qui sont habitués à des traductions classiques tels que les Segond. Il déroute et déstabilise nos repères.

Une dernière remarque concernant les euphémismes, ils sont tous rendus par  des expressions compréhensibles par le lecteur moderne.

Juges 13.25 : Le souffle de Yhwh commença à le secouer comme un prunier.

Juges 14.18: Et il leur lança : Si vous n’aviez pas traficoté avec ma vache de femme, jamais vous n’auriez découvert mon énigme.

En vérité, en vérité, je vous le dis ! Selon les traducteurs, ce fameux «Amen, je vous le dis» est rendu par «Croyez-en ma parole» (Mt 5,18 etc.), «Je vous le garantis» (Me 3,28 etc.), «Croyez-moi» (Le 4,24 etc.) ou «Eh bien oui, je dis que» (Jn 1,51 etc.).

Je conclue avec cette parole de Auswers J.M : La «Bible Bayard» est un antidote puissant contre le risque de «sur-théo- logiser» le vocabulaire biblique en y projetant anachroniquement des sens dont les traditions interprétatives juive et chrétienne l’ont chargé après coup.