Les Catholiques
Parution 1991
Éditeur OEIL
Traduction Littérale
Lecture Difficile
Confession Catholique
Unités poids et mesures Ancienne

« Les Saints Évangiles contiennent l’expression de l’ultime pensée créatrice de Dieu. Il est donc de la plus extrême importance et urgence de la communiquer dans la traduction la plus exact possible. »
Claude Tresmontant

 

Biographie

Né en 1925, Claude Tresmontant se définissait lui-même comme un « artisan métaphysicien ». Bien que né dans une famille athée, c’est à 17 ans qu’il entrera, par hasard, en contact avec le message de l’évangile. Son ami raconte : Pendant que ses camarades jouaient au foot, lui était assis sur les gradins et s’ennuyait. Tout d’un coup, il s’aperçoit qu’un livre est posé à côté de lui. Il l’ouvre, le feuillette, en lit quelques passages : « Je me suis dit, en le refermant, que ce livre disait des choses vraies, qu’il y avait-là une vérité évidente, par exemple, cette phrase : « Celui qui sauvera son âme la perdra, et celui qui la perdra, la sauvera ». Dès lors, il y trouve une passion pour les écrits biblique. Approfondissant sa quête, il est devenu chrétien, d’abord protestant avant de se tourner vers le catholicisme. Acharné et déterminé, il apprend la philosophie, puis le grec, le latin et l’hébreu aux côtés d’Édouard Dhorme. Il s’intéresse aussi aux sciences, notamment aux sciences de l’univers, et à la métaphysique. Ses travaux portent sur la philosophie des sciences et sur l’histoire de la pensée chrétienne depuis ses origines hébraïques. Se situant dans le sillage de Bergson et de Teilhard de Chardin, il a notamment cherché à montrer la cohérence et le dynamisme de la pensée chrétienne. Par l’étude des langues, notamment de l’hébreu, il a beaucoup travaillé la pensée hébraïque et montré sa particularité.

Le grand rabbin de l’époque, Jacob Kaplan disait de lui : « Ce Juste parmi les Nations est l’homme au monde qui sait l’hébreu ; nous, nous savons de l’hébreu, lui sait l’hébreu ». Il était connu et apprécié presque plus dans le monde juif que dans le monde catholique, et il a largement devancé Vatican II dans le domaine de l’amitié judéo-chrétienne. Un de ses premiers ouvrages est un Essai sur la pensée hébraïque daté de 1953.

Claude Tresmontant a écrit pas loin de 50 ouvrages dont une traduction des 4 évangiles.

  • Essai sur la pensée hébraïque, éd. O.E.I.L., 1953 (réédition 1956)
  • Saint Paul et le mystère du Christ, Éditions du Seuil, Collections Microcosme « Maîtres spirituels », 1956 (réédition 2006)
  • La doctrine morale des prophètes d’Israël, Éditions du Seuil, 1958
  • L’enseignement de Ieschoua de Nazareth, Éditions du Seuil, 1970 (réédition 1980)
  • Le prophétisme hébreu, éd. O.E.I.L., 1982 (réédition 1997)
  • Le Christ hébreu, présentation et imprimatur de Mgr Jean-Charles Thomas, éd. O.E.I.L., 1983 (réédition 1992 et 2015 chez DDB)
  • Apocalypse de Jean, éd. O.E.I.L., 1984 (réédition 2005)
  • Évangile de Jean, éd. O.E.I.L., 1984
  • Évangile de Matthieu, éd. O.E.I.L., 1986 (réédition 1996)
  • Évangile de Luc, éd. O.E.I.L., 1987
  • Les premiers éléments de la théologie, François-Xavier de Guibert, éd. O.E.I.L., 1987
  • Évangile de Marc, éd. O.E.I.L., 1988
  • Schaoul qui s’appelle aussi Paulus. La théorie de la métamorphose, éd. O.E.I.L., 1988
  • Les Évangiles : Jean, Matthieu, Marc, Luc, éd. O.E.I.L., 1991 (réédition 2007)
  • La question du miracle : à propos des Évangiles : analyse philosophique, éd. O.E.I.L., 1992
  • Enquête sur l’Apocalypse : auteur, datation, signification, éd. O.E.I.L., 1994
  • La finalité de la Création, le salut et le risque de perdition, éd. O.E.I.L., 1996
  • Judaïsme et christianisme, éd. O.E.I.L., 1996
  • La question de l’immortalité de l’âme, éd. O.E.I.L., 1996

 

Dans Le Christ hébreu, il développe la thèse selon laquelle « l’enseignement du rabbi (Ieshoua) aurait été donné en dialecte araméen et en hébreu et que cet enseignement aurait été écrit pour partie de son vivant ou peu après sa mort. Ce n’est que plus tard que cet enseignement aurait été traduit dans le grec populaire de l’époque ». C’est ce qui l’a poussé à entreprendre une traduction des quatre évangiles. Le travail de Claude Tresmontant est d’une originalité sans égale. Il ne cherche pas à faire une traduction classique du grec vers le français. Il tente de retrouver le substrat hébraïque sous le texte grec.

Claude Tresmontant a constaté que le grec des Évangiles est du mauvais grec, complexe, obscur, truffé de nombreuses fautes de grammaire. Mais si l’on sait l’hébreu, ces fautes n’en sont plus ; elles apparaissent comme la transcription en grec de la syntaxe hébraïque. Or, nous apprend Tresmontant, ce passage mot à mot de l’hébreu au grec est une tradition très ancienne du peuple hébreu. Dès le IVe siècle avant Jésus-Christ, les Juifs dispersés autour de la Méditerranée avaient oublié l’hébreu. Pour qu’ils puissent continuer à lire leur livre saint, ils disposaient de transcriptions mot à mot en grec. En rapprochant ces versions grecques et hébraïques de l’Ancien Testament, Tresmontant a réinventé un dictionnaire hébreu-grec tel qu’il aurait pu exister il y a deux mille ans. C’est donc avec ce lexique que Tresmontant a reconstitué, à partir du texte grec des Évangiles, un probable original hébreu. Et c’est à partir de cet original réinventé qu’il nous livre une nouvelle traduction française. ( propos recueillis sur http://www.philo5.com/Les%20vrais%20penseurs/25%20-%20Claude%20Tresmontant.htm )

Son ami se rappelle le souvenir d’un homme qui vécut comme un ascète, levé très tôt le matin pour écrire sur sa bonne vieille machine à écrire, et qui suivait un régime alimentaire très strict, non carné. Claude Tresmontant citait pourtant souvent ce passage des Évangiles où le Christ dit à ses disciples : « Vous êtes des serviteurs inutiles. » (Luc 17, 10). Il semblait penser que c’est notre cas à tous : nous sommes des serviteurs inutiles, au sens où nous nous contentons d’accompagner l’action de Dieu qui est seule créatrice, et, le plus souvent, nous faisons obstacle à cette action. Quand il lui demanda comment lui-même se considérait, il me répondait modestement : « Je suis un ouvrier dans la vigne ». Il passa les dernières années de sa vie quasiment solitaire.

Claude Tresmontant est mort le à Paris.

 

 

La traduction effectuée par Claude Tresmontant ressemble aux travaux entrepris par Henri Meschonnic, l’un comme l’autre se complètent assez bien. Tresmontant ayant traduit simplement les quatre évangiles, Meschonnic certains livres de la première alliance comme la Torah, les Psaumes et les cinq rouleaux (Ruth, Esther, Lamentations, Ecclésiaste et le Cantique).

Avec l’abbé Carmignac, il partageait, en effet, la conviction qu’une version en langue hébraïque des Évangiles avait précédé le texte grec qui nous est resté. De même qu’ il partageait avec lui et Mgr Robinson les mêmes certitudes concernant la date de leur rédaction, c’est à-dire bien antérieur à l’an 70, vers l’an 40 et la primauté de l’Évangile de Jean, en hébreu qu’il daterait de l’an 36. Toute sa thèse est longuement développée dans le Christ Hébreu.

 

 

 

 

Quelques remarques

 

La traduction ne comporte aucune ponctuation, ni aucune majuscule, que se soit aux noms propres et à dieu.
Le nom du Seigneur est rendu par yhwh.

Dans l’Évangile de Jean, le verbe croire est rendu par « être certain de vérité », la vie éternelle par « la vie de la durée à venir », le messie par « celui qui a reçu l’onction » et adorer par « se prosterner ». Notons que le verbe ressusciter est rendu par « se relever », crucifier par « pendre ».

Les juifs deviennent « les judéens » et les noms techniques que l’on retrouvent dans les évangiles comme les scribes, les pharisiens les sadducéens ou même les noms propres ainsi que ceux des villes sont hébraïsés, ce qui donnent pharisiens-péroushim, scribes-hommes du livre, ieschoua, Bethanie-beit ananiah, Jérusalem-iéroushalaïm, Lazare-éléazar, etc…

 

au commencement était le parler et le parler était à dieu
et dieu il était le parler lui il était au commencement
à dieu tout par lui a été créé et sans lui rien n’a été créé
de ce qui a été créé

  • Jean 1.1-3

car ainsi il a tant aimé dieu  le monde de la durée présente
que le fils l’unique et le chéri il l’a donné afin que tout homme
qui est certain de la vérité [qui est] en lui
ne périsse pas mais qu’à lui soit la vie de la durée à venir

  • Jean 3.16

Pour comparer avec la Colombe : Car Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne périsse pas, mais qu’il ait la vie éternelle.

heureux les pauvres [ceux qui le sont] en esprit
parce que c’est à eux [qu’appartient] le royaume des cieux
heureux ceux qui sont dans l’affliction
parce que ce sont eux qui seront consolés
heureux [ceux qui sont] humbles parce que ce sont eux
qui prendront possession du pays

  • Matthieu 5.3-5

ne pensez pas que je sois venu
pour détruire la tôrah ou les prophètes
je ne suis pas venu pour détruire
mais pour remplir

  • Matthieu 5.17

Français Courant : Ne pensez pas que je sois venu supprimer la loi de Moïse et l’enseignement des prophètes. Je ne suis pas venu pour les supprimer, mais pour leur donner tout leur sens.

Osty : « Ne croyez pas que je sois venu renverser la Loi ou les Prophètes ; je ne suis pas venu renverser, mais compléter ».

et il leur a dit ieschoua
amèn amèn je vous [le] dis
avant qu’abraham ne naisse
c’est moi    Jean 8.58