29 mai 2022
Alexandre Nanot

Le montanisme

Qu’est-ce que le montanisme ? Le montanisme est un mouvement issu de l’intérieur de l’Église. Le montanisme est né très certainement en réaction au gnosticisme. Il est principalement axé sur…
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Qu’est-ce que le montanisme ?

Le montanisme est un mouvement issu de l’intérieur de l’Église. Le montanisme est né très certainement en réaction au gnosticisme. Il est principalement axé sur deux points qui le caractérisent : les réalités pneumatiques, c’est-à-dire relatives au Saint-Esprit et l’eschatologie.

Ce mouvement s’apparente à ce que nous appellerions de nos jours un mouvement de réveil, à savoir un retour à une réalité qui semble oubliée.

Les sources historiques faisant mention du Montanisme sont essentiellement issues des écrits d’Eusèbe de Césarée, Origène, Épiphane, Clément, mais surtout Tertullien, dont ce dernier, vers la fin de sa vie (env. 205), se rallia au mouvement. La Lettre des martyrs de Lyon (177) donne, elle aussi, un avis sur le montanisme.

L’origine du montanisme

Le montanisme est né très probablement entre 160 et 170 à Ardabau en Phrygie. C’est à un certain Montan que l’on doit l’origine du mouvement. Peu de temps après son baptême, il est saisi à plusieurs reprises de transports et de crises extatiques au cours desquelles il donne, sous forme de prophétie, de sévères avertissements.

Très vite, il va se prétendre être le Porte-Parole du Paraclet (le Saint Esprit), dont la venue avait été annoncée par Jésus.

Viennent à sa suite deux femmes, l’une Prisca et l’autre Maximilla, qui, après avoir quitté leurs maris, se mettent comme lui à prophétiser. Ces deux femmes, qui n’eurent la plus grande sympathie de St Jérôme, furent traitées de « folles démoniaques et hystériques, causes de nombreux scandales ».

Montant et ses prophétesses connaissent un certain succès et annoncent la fin du monde comme très proche et encouragent les partisans à se rassembler en un lieu désigné pour y attendre la Jérusalem Céleste. Leur message se résume à ceci : l’annonce d’un nouvel âge de l’Église, l’âge de l’Esprit et l’imminence de la fin des temps.

La thèse montaniste

1. L’eschatologie

Pour Montan et ses disciples, la fin des temps est proche, même très proche. Cette attente de la Parousie (la seconde venue du Christ) animait déjà les premiers chrétiens comme ceux de Thessalonique. Rien de nouveau sous le soleil, ce qui était, sera. Les montanistes avaient même été jusqu’à donner une date et un lieu de rencontre de la Parousie. Certains allèrent jusqu’à vendre tous leurs biens, quitter travail et famille pour se rendre au désert dans l’attente de la venue du Seigneur.

2. L’ascétisme

L’ascétisme est une discipline volontaire du corps. Il existe diverses disciplines de l’ascèse. Certaines reposent sur la privation, c’est le cas de la mortification et l’abstinence sexuelle dans le but d’accéder à une maîtrise spirituelle. On insiste sur la préparation aux éventuels martyrs, allant jusqu’à son exaltation.

Les montanistes pratiquent le jeûne se privant de manger jusqu’au soir le mercredi et le vendredi. Deux semaines, chaque année, ils doivent s’abstenir de viande, de fruits et de vin. D’autre part, on défend les secondes noces et privilégiant le célibat comme étant un état supérieur de sainteté.

Les chrétiens fidèles à ses pratiques sont considérés comme « spirituels » (pneumatokoï), les autres ne sont que des « psychiques » (psuchikoï).

3. Le prophétisme

Épiphane nous rapporte quelques paroles données par Montan : « C’est moi, le Seigneur – tout-puissant – qui réside en l’homme. C’est moi, le Seigneur Dieu – le Père qui suis venu. Je suis le Père, le Fils et le Paraclet. »

Plus loin, il dit encore : « Je suis Dieu, le tout-puissant devenu homme. Je ne suis ni un ange, ni un messager, je suis venu comme le Seigneur. »

La prophétesse Prisca se serait exprimée ainsi : « Le Christ est venu vers moi sous l’aspect d’une femme et dans un habit resplendissant. Il a implanté en moi sa sagesse. Il m’a révélé que cet endroit (Pepuze) était saint et que la Jérusalem céleste y viendrait. »

Dès lors, le message est donné, le coup d’envoi est lancé. On récolte or et argent pour soutenir les envoyés qui vont répandre le montanisme aussi loin qu’ils le peuvent. D’après un texte de l’époque, déjà on reprochait aux prophètes « de ne pas s’attacher assez aux Écritures mais à leurs visions. » 

Ajoutons à cela qu’ils faisaient une distinction entre les péchés véniels et les péchés mortels, tels que l’adultère et l’apostasie, péchés non pardonnables et excluaient à jamais le coupable de l’église.

Des témoignages, par milliers, portent atteintes aux deux prophétesses, remettant en cause leurs autorités prophétiques dût à leur comportement. Elles auraient accepté des dons, et on commence à s’interroger sur leur style de vie : un prophète se teint-il les cheveux ? Le prophète se teint-il les paupières à l’antimoine ? Le prophète se pare-t-il de bijoux et de pierres précieuses ? Joue-t-il aux dés et aux tables ? On reconnait un arbre à ses fruits.

La fracture du montanisme

Le montanisme finit par se fracturer en sectes particulières. Il y eut les Montanistes selon Proclus et d’un autre côté les Montanistes selon Aeschine, et bien d’autres. La plus célèbre étant celle des Tertullianistes.

Le mouvement montaniste perdura jusqu’au IVe environ après s’être implanté surtout en Asie mineure.

D’après Saint Jérôme, reprenant les sources de Tertullien, nous apprenons, mais avec des réserves, que Montan et ses deux prophétesses, Prisca et Maximilla, furent pendus. 

Propos recueillis par Eusèbe de Césarée :

« C’est par une autre mort que, dit-on, Montan et Maximilla ont péri. En effet, on raconte que, poussés par l’esprit d’erreur, ils se pendirent l’un et l’autre, mais non pas ensemble, et une rumeur persistante relative aux circonstances de leur fin rapporte qu’ils finirent ainsi et terminèrent leur vie comme le traître Juda. »

(Histoire Ecclésiastique, V-16)

À Rome, le pape Zéphyrin (198-217), après quelques hésitations, condamne le montanisme.

Ce que dit Eusèbe de Césarée

Eusèbe de Césarée nous rapporte quelques détails : 

« Mais quel est ce nouveau docteur, ses œuvres et son enseignement le montrent. C’est lui qui a enseigné à rompre les mariages ; qui a légiféré sur le jeûne ; qui a donné à Pépuze et à Tymion – ce sont là de petites villes de Phrygie – le nom de Jérusalem, en voulant y rassembler les gens de partout ; qui a établi des percepteurs d’argent, qui a imaginé la captation des présents sous le nom d’offrandes, qui a assigné des salaires à ceux qui prêchent sa doctrine afin que, par le moyen de la gloutonnerie, prévalût l’enseignement de sa doctrine. »

Voilà ce qu’il dit sur Montan.

Quant à ses prophétesses à qui il passe ensuite, il écrit :

« Nous montrons donc que ces premières prophétesses elles-mêmes, depuis qu’elles furent remplies de l’esprit, abandonnèrent leurs maris. Comment donc ne mentaient-ils pas en traitant Priscilla de vierge ? »

Puis, il continue :

« Ne te semble-t-il pas que toute Écriture interdit au prophète de recevoir des dons et des richesses ? Lors donc que je vois la prophétesse accepter de l’or, de l’argent et de riches vêtements, comment ne la repousserais-je pas ? »

(Histoire Ecclésiastique, V-18)

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