Voyons d’abord quelques traductions :
NBS : Au commencement était la Parole ; la Parole était auprès de Dieu ; la Parole était Dieu.
Jeanne D’Arc : Au commencement était le Verbe et le Verbe était vers Dieu et le Verbe était Dieu.
TOB : Au commencement était le Verbe, et le Verbe était tourné vers Dieu, et le Verbe était Dieu.
Colombe : Au commencement était la Parole, et la Parole était avec Dieu, et la Parole était Dieu.
Laquelle, parmi ces traductions, est la plus juste ? Peut-on rester littéral en limitant la compréhension pour le lecteur ou est-ce utile parfois d’amplifier un mot grec afin d’en faire ressortir tout son sens ? C’est l’intérêt d’une traduction dynamique, et parfois, cela peut s’avérer intéressant.
Quelques détails par rapport au texte grec
Regardons de plus près le texte grec : πρὸς τὸν θεόν (pros ton theon) désigne la relation de proximité. La préposition pros avec l’accusatif exprime dans ce verset une relation dynamique, une orientation « vers », un mouvement ou « un face-à-face ». Elle suggère une distinction de personnes au sein d’une unité de communion.
Pour ce faire, les traducteurs choisissent différentes nuances :
- La compagnie simple : « Avec Dieu » (Jérusalem, 1956, Segond, Darby).
- La proximité relationnelle : « Auprès de Dieu » (Amiot-Tamisier, Centenaire, Jérusalem 1973, Liénart).
- L’orientation : « Tourné vers Dieu » (TOB, BYM) ou « Vers Dieu » (Leloup, Dumont, Sœur Jean d’Arc). Cela suggère une tension relationnelle entre le Logos et le Père.
- L’intériorité ou la destination : « En Dieu » (Crampon) ou « Pour Dieu » (Boyer, Chouraqui).
Pour la NTB, j’ai choisi de rendre par : Au commencement était le Logos, et le Logos était face à face avec Dieu, et le Logos était Dieu.
Et voici la note qui sera insérée au texte : Face à face. Le grec dit : καὶ ὁ λόγος ἦν πρὸς τὸν θεόν. La complexité réside dans la préposition pros qui désigne un mouvement, un élan vers un autre. Le choix du « face à face » tente d’exprimer cette proximité dynamique et non quelque chose de statique.
Certaines traductions ont essayé de faire ressortir, tant bien que mal, la proximité du Logos avec Dieu mais plus difficilement la dynamique.
Nous pourrions aller jusqu’à nous représenter cette relation, qui unit le Père et le Fils, sans oublier le Saint Esprit, semblable à une danse, une danse sans fin, exprimant ainsi une unité plurielle dans une dynamique. Nous touchons au cœur même du dogme de la Trinité. On parle alors d’unité plurielle de sorte que les trois personnes sont liées les unes aux autres mais distinctes les unes des autres. Cette relation porte le nom de périchorèse. Périchorèse ? Peut-être est-ce la première fois que vous entendez ce mot. Alors arrêtons-nous un instant pour bien en saisir le sens. Ce mot Périchorèse vient du grec péri qui signifie « autour » et chorein que l’on peut rendre par « aller de l’avant » ou « contenir, pénétrer », là où le latin emploie le terme circumincessio. Il exprime donc une unité dans une pluralité, mais dans le respect absolu de leurs différences personnelles et cela est très important à souligner.
En théologie, la Périchorèse désigne le fait que le Père, le Fils et le Saint-Esprit sont dans une telle unité que l’on peut dire qu’ils demeurent les uns dans les autres. On peut parler aussi d’« habitation mutuelle » ou d’« interpénétration mutuelle ». Nous dirions une union consubstantielle (inséparable) dans un mouvement incessant d’amour par lequel le Père engendre le Fils dans l’Esprit. Le Fils est engendré et le Saint-Esprit procède du Père et du Fils (Filioque). Le terme désigne le mode d’union des trois personnes de la Trinité.
Vous l’aurez compris, quand on a lu tout cela, on se pose alors la question : Comment, dans une traduction, rendre cette petite préposition pros sans s’étaler, mais en étant concis ? C’est une des complexités de la traduction et j’ai essayé d’expliquer mon choix.
Notes diverses
Osty note : « auprès de » indique une proximité vivante et dynamique, impliquant un mouvement sans fin vers Dieu.
Sœur Jeanne D’Arc note que la préposition exprime la proximité ; mais elle est ici construite d’une façon qui suggère la relation des personnes, l’acte vital du Verbe, éternellement en tension vers le Père.
Chouraqui traduit : Entête, lui, le logos et le logos, lui, pour Elohîms, et le logos, lui, Elohîms. Il précise que la préposition « pour » exprime le dynamisme d’une convergence et d’une appartenance plutôt qu’une simple proximité.
Augustin Crampon indique, d’une simple et courte note, que πρὸς τὸν θεόν paraît exprimer l’activité ad intra et les relations personnelles du Verbe.
La Bible Bayard traduit : Au commencement, la parole – la parole avec Dieu – Dieu, la parole. Litt. « tournée vers Dieu », avec l’accusatif qui marque le mouvement et la proximité.
La NBS sur auprès de : La préposition grecque comporte une idée d’orientation, sinon de mouvement ; avec un verbe de mouvement, elle est souvent traduite par vers ou à (aller, s’en aller vers, venir à ; v. 19n,29,42,47 etc. ; aussi venir trouver quelqu’un, 3.2 etc. ; en ce qui concerne la relation entre Jésus et le Père, voir ses emplois en 5.45 ; 7.33+) ; avec un verbe de parole, elle indique le destinataire, celui à qui la parole s’adresse (p. ex. 2.3, lui dit ; 10.35) ; certains comprennent ici tournée vers Dieu ; mais le sens peut être aussi avec Dieu, devant Dieu, chez Dieu, en relation avec Dieu ; de même au v. 2 ; cf. v. 18n ; 5.27–30 ; 14.3n ; 17.5 ; Es 55.11 ; Pr 8.30 ; 1Jn 1.2n ; Ap 12.5. – était Dieu : cf. v. 18 ; 5.18 ; 10.33 ; 12.45 ; 14.8 ; 20.28 ; voir aussi Ph 2.6 ; Col 1.15 ; Hé 1.3.
Carlson note dans son commentaire que dans le grec du Iᵉʳ siècle, pros empiétait sur le territoire normalement occupé par d’autres mots signifiant « avec ». Le mot pros du texte grec est traduit par « parmi » (BS, BC, NBS) ou par « chez » (BJ, TOB) en Marc 6.3 (« Ses sœurs ne vivent-elles pas ici parmi nous ? ») et Marc 14.49 (« J’étais parmi vous… »), par « auprès » (BS, BC, NBS, TOB) en 2 Corinthiens 5.8 (« auprès du Seigneur »), en Philémon 13 (« je l’aurais volontiers gardé auprès de moi ») et en 1 Jean 1.2 (« la vie éternelle qui était auprès du Père »). Ces exemples nous montrent qu’à une ou deux exceptions près (comme 1 P 3.15), pros ne peut signifier « avec », « chez » ou « parmi » que dans le contexte d’une relation de proximité entre des personnes. Jean est donc probablement en train de laisser entendre, subtilement, que la « Parole » dont il parle est une personne qui est avec Dieu et donc distincte de lui, et qui jouit d’une relation personnelle avec lui.
(D. A. Carlson – Évangile de Jean (p.127) – Éditions Excelsis, 2011)
Pour terminer, je vous partage une découverte sur la relation entre la Genèse et l’Évangile de Jean. On trouve bon nombre de parallèles entre ces deux livres. Jean y fait souvent allusions. Mais notons, que la valeur totale du 1ᵉʳ verset de la Genèse en guématria vaut 2701.
Bérechit Bara Elohim et hashamayim vé’et haaretz
בְּרֵאשִׁ֖ית בָּרָ֣א אֱלֹהִ֑ים אֵ֥ת הַשָּׁמַ֖יִם וְאֵ֥ת הָאָֽרֶץ
Maintenant, si l’on retraduit le 1ᵉʳ verset de Jean 1.1 du grec en hébreu, on constate qu’ils ont la même valeur numérique : 2701
Beréchit haya hadavar véhadavar haya èt – haÉlohim véhou hadavar haya Élohim
בראשית היה הדבר, והדבר היה את האלוהים, ואלוהים היה הדבר
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