10 juin 2026
Alexandre Nanot

La guématria

La guématria – גמטריא est une méthode d’exégèse propre à la Bible hébraïque qui consiste à additionner la valeur numérique des lettres et des phrases afin de les interpréter. 

Il existe trois formes d’exégèses combinant les chiffres : la guématria, la temoura et la notarikon. On trouve dans le talmud des écrits qui reconnaissent l’intérêt de l’usage de la guématria mais un avertissement est donné envers les profanes contre le risque de superstition.

Voici donc la table :

Prenons un exemple très simple : Le mot Père s’écrit אב et vaut donc 3, le mot Mère – אם vaut 41. Additionnons les deux : 3 + 41 = 44. Le mot Enfant ילד – Yeled vaut 44. Pour élever un enfant, il faut un père et une mère.

Enfin, Jacob dira à son fils Joseph que Éphraïm et Manassé, comme Ruben et Siméon sont à lui (Gn 48:5).  La valeur numérique totale de Ruben (259) + Siméon (466+1) est la même que Éphraïm (331) et Manassé (395) soit 726.  אֶפְרַ֨יִם֙ וּמְנַשֶּׁ֔ה  –  כִּרְאוּבֵ֥ן וְשִׁמְעֹ֖ון

Autre exemple : Le nom de l’ange מטטרון – Metatron et, l’un des Noms de Dieu שדי – Shaddaï, font tous les deux 314 ; ainsi, le premier est pris comme symbole de l’autre. Métatron signifie : Celui qui occupe le trône à côté de celui de Dieu fait référence au Ps.110. C’est un des titres du messie.

La kabale dit que Dieu est amour et Un – unité. Les mots אחד – Ehad = Un/unique et אהב – Ahava = Amour ont chacun pour valeur 13. On dit alors que Dieu יהוה, qui lui vaut 26 est la somme des valeurs des mots « amour » et « unité ».

On peut aussi dresser un parallèle assez étonnant entre la valeur du serpent de l’Eden -Nahash נחש et le Messie משיח, tous deux ont la même valeur 358. On pose la question suivante : Qui est celui qui écrasera la tête du serpent dont Genèse 3:15 nous parle ? Réponse : le Messiee qui accomplit cette victoire à Golgotha.

Quelle est la guématria de cette expression Moché RABENOU (Moïse, notre maître), si couramment utilisée par les Juifs ? 613, car c’est lui qui a reçu les 613 commandements au Mont Sinaï.

Notons aussi que : Tu aimeras ton prochain comme toi-même, Je Suis l’Éternel = 907
et : Tu aimeras l’Éternel, ton Dieu = 907, les deux vont de pair.

Les Sages d’Israël disent que “ce qui est arrivé aux patriarches est une prophétie de ce qui arrivera à leurs descendants aux temps de la fin”. L’histoire de Jacob en est un parfait exemple. Jacob, père des 12 patriarches, représente par sa personne Israël, d’où le nom qui lui sera donné. L’histoire de Jacob est une prophétie de ce qui arrivera à ses descendants aux temps de la fin.

Jacob donne l’ordre à ses fils de descendre en Égypte pour y acheter du blé (Gn 42:2). La valeur du mot, descendez-y -רְדוּ rédou vaut 210. Or c’est le nombre d’années que les hébreux sont restés en Égypte en comptant depuis le jour où Joseph fait descendre son père Jacob et ses 11 frères, et ce, jusqu’à la sortie d’Égypte. 

Le retour de Jacob après 20 ans d’exil hors de la terre promise est achevé. De même, après la destruction du temple en 70, un long exil va commencer pour le peuple juif et qui a duré pendant près de 2000 ans, au cours duquel les juifs seront dispersés jusqu’aux extrémités du monde. Mais au chapitre 32 de la Genèse, Jacob va devoir confronter son frère Essav à qui il a volé la bénédiction. Jacob est seul, derrière lui son beau-père à qui il a promis de ne pas faire marche-arrière et en face de lui, un frère qu’il a laissé dans une colère prêt à tuer. L’enjeu est de taille et nous savons que la Shoah a été comme les souffrances de l’enfantement pour que ressuscite l’État d’Israël. 

Or Essav (Ésaü), que Jacob doit affronter pour entrer en terre promise, et Adolf Hitler ont la même valeur numérique : 377. Du combat nocturne, Jacob sortira vainqueur, mais blessé à la hanche. C’est l’état du peuple juif au temps du retour de l’exil.

Le mont Morija (הר- מוֹרִיָּה) et Golgotha (גלגלת) ont tous les deux la valeur 466. Le mont Morija est le lieu où Abraham dût offrir son fils Isaac – épisode de l’Akhéda – mais fut remplacé par un bélier, et Golgotha est le lieu où l’Agneau de Dieu – Jésus à ôter le péché du monde. Notez le parallèle dans les paroles d’Isaac : Et Isaac dit : « Voici le feu et le bois ; mais où est l’agneau pour l’holocauste ? » (Gn 22:7) et Jean Baptiste, quand il vit Jésus venir à lui, s’écria : Voici l’Agneau de Dieu, qui ôte le péché du monde (Jn 1:29). Isaac parle prophétiquement de la colère de Dieu et du bois de la croix, Jésus est le sacrifice parfait.

Le mot grossesse se dit en hébreu הֵרָיוֹן – herayon dont la valeur est 271. On le trouve par exemple en Genèse 3:16, Ruth 4:13 ou Osée 9:11. Plusieurs commentateurs (notamment dans le Talmud ou chez Rachi) soulignent que la valeur 271 correspond au nombre de jours d’une grossesse humaine complète. Bien que nous comptions souvent 9 mois (environ 270-280 jours), le nombre 271 est considéré comme le seuil halakhique ou symbolique d’une gestation achevée (9 mois de 30 jours moins quelques jours, ou 271 jours précisément). 

Autre exemple : La bouche – פה et mila – מילה ont tous les deux la même valeur : 85. Je ne développe pas ic, car c’est tout un enseignement pour les hommes.

Autre exemple, le mot shana = année, est numériquement équivalent à 355. Or il se trouve que la durée moyenne de l’année lunaire hébraïque est de 355 jours. 

Un dernier exemple, le mot yayin יַיִן – vin et le mot sod סוֹד – secret ont tous les deux pour valeur numérique 70. De là, on tire ce proverbe : Lorsque trop de vin entre, le secret sort.

Qu’on le dise et qu’on le souligne, cette méthode d’interprétation n’a absolument rien à voir avec la numérologie et l’objectif n’étant pas de faire des pronostics ou quelques révélations prophétiques pour deviner l’avenir. Car la guématrie semble avoir été connue, tant dans la Bible hébraïque avec le fameux 666 par exemple ou Ex 6.10-30, 20.23-26, Lev 17.10-12, Dt 10.17-18, 26.5-9, Ps 136.1-26) que chez les Romains dans un célèbre graffiti grec retrouvé à Pompéi, datant de 79 ap. JC : ΦΙΛΩ ΗΣ ΑΡΙΘΜΟΣ ΦΜΕ – « J’aime celle dont le chiffre est 545 ». Les spécialistes pensent qu’il s’agit d’un message amoureux utilisant un code numérique (une pratique appelée isopséphie, où les lettres ont des valeurs numériques). Le « 545 » désignait probablement une femme dont le nom correspondait à cette valeur numérique.

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