STAPFER : Je ne permets à la femme ni d’enseigner, ni de s’émanciper de l’autorité de l’homme ; qu’elle garde le silence.
OSTV (2018) : Mais je ne permets pas à la femme d’enseigner, ni d’usurper d’autorité sur l’homme, mais d’être dans le silence.
SEGOND 21 : Je ne lui permets pas d’enseigner et de dominer sur l’homme, mais je lui demande de garder une attitude paisible.
BAYARD : Je n’attends d’une femme ni enseignements ni autorité sur un homme mais quiétude.
JÉRUSALEM (2000) : Je ne permets pas à la femme d’enseigner ni de faire la loi à l’homme. Qu’elle garde le silence.
PEUPLES : Que la femme sache se taire et être docile quand on l’instruit. Je n’accepte pas que la femme enseigne ou qu’elle en remontre aux hommes : qu’elle reste tranquille.
LAUSANNE (1872) : mais je ne permets pas à la femme d’enseigner, ni de prendre de l’autorité sur l’homme ; mais qu’elle soit dans le silence.
TAMISSIER (1950) : Je ne permets pas à la femme d’enseigner, ni de prendre autorité sur l’homme ; qu’elle se tienne tranquille !
SACY (1759) : Je ne permets point aux femmes d’enseigner, ni de prendre autorité sur leurs maris ; mais je leur ordonne de demeurer dans le silence.
CHOURAQUI : Je ne permets pas à une femme d’enseigner ni de prendre une initiative avant l’homme, mais d’être en silence.
Jusqu’ici, selon les traducteurs, il semble y avoir deux impératifs :
1) le refus d’enseigner et
2) de prendre autorité sur l’homme
Voyons d’autres traductions qui semblent plutôt parler d’une manière particulière d’enseigner :
SEMEUR (2015) : Je ne permets pas à une femme d’enseigner en prenant autorité sur l’homme. Qu’elle garde plutôt une attitude paisible.
KUEN : La femme écoutera en silence (pendant) l’instruction (donnée à l’Église), et acceptera avec une entière soumission l’ordre régnant (dans les assemblées). En ce qui me concerne, je ne permets pas à la femme d’enseigner en dominant les hommes. Ce n’est pas à elle d’imposer sa loi. Qu’elle mette plutôt son point d’honneur à demeurer dans une attitude paisible.
NTB : Qu’une femme apprenne en silence en toute soumission. Je ne permets pas à une femme d’enseigner en prenant autorité sur un homme, mais qu’elle demeure dans le silence. Car Adam a été formé le premier, Ève ensuite.
Le titre de cet article serait donc : Une femme peut-elle enseigner ? ou : Paul interdit-il aux femmes d’enseigner ?Quel sujet nous allons aborder là ! Sujet qui a fait couler beaucoup d’encre au cours de l’histoire de l’Église. Sujet de division, de diverses interprétations qui, au lieu de libérer les femmes dans leur appel les a enfermées dans un silence imposé allant jusqu’à les priver de certains droits et fonctions, parfois les limitant à enseigner à ”l’école du dimanche” car m’a-t-on dit un jour, elle ne doit pas prêcher. Or que signifie prêcher ? La définition est : Annoncer et expliquer le message de la Bible devant une assemblée. Cela peut se faire par le biais de l’annonce de l’Évangile, d’une exhortation, d’un enseignement ou d’une étude biblique, ou bien prêcher sur un thème comme le pardon ou le Notre Père. Le verbe “prêcher ou proclamer” est souvent la traduction du grec (κηρύσσω – Kērussō) que l’on trouve 61 fois dans le Nouveau Testament, par exemple :
Matthieu 9.35 : « Jésus parcourait toutes les villes et les villages, il enseignait dans leurs synagogues, prêchait (κηρύσσω – Kērussō) l’Évangile du Royaume et guérissait toute maladie et toute infirmité ».
1 Corinthiens 1.23 : mais nous, nous prêchons Christ crucifié, scandale pour les Juifs et folie pour les non-Juifs…
Or le passage en question ne concerne pas la prédication ou le fait de prêcher, mais l’enseignement διδάσκω – didaskô à proprement parler. Le verbe “enseigner” διδάσκω (didaskô) se rencontre 97 fois dans le NT.
Notons que nulle part dans les épîtres de Paul, il ne demande aux femmes de ne pas enseigner ou de ne pas diriger dans la société civile. Elles peuvent prier, prophétiser, chanter (1 Cor 14), on voit d’ailleurs des femmes actives dans la sphère publique ou semi-publique : Lydie (femme d’affaires), Priscille (qui enseigne à Apollos dans un cadre privé), ou Phœbé (diaconesse recommandée par Paul).
L’interdiction de 1 Timothée 2.12 est-elle donc spécifiquement ecclésiastique (liée au gouvernement de l’église locale) ou faut-il la comprendre autrement ?
Dans ce verset, mais dans le grec en général, le mot guné peut se traduire par femme ou bien par épouse. On opte pour l’un ou pour l’autre selon le contexte. Or ici, il est davantage question des épouses dans le contexte des v.9 à 15 et cela renverse complètement la lecture ordinaire connue jusqu’alors.
Si l’on suit l’interprétation des traditionalistes, c’est une interdiction liée à la fonction pastorale d’autorité dans l’Église, car elle doit refléter un ordre symbolique précis (v.13).
Si l’on suit l’interprétation historique, c’est une mesure de protection contre des fausses doctrines locales, liée au contexte de la ville d’Éphèse et du culte d’Artémis.
Mais on peut aussi y voir une réglementation dans les rapports mari/épouse. C’est toujours dangereux de prendre un verset et de l’isoler de son contexte.
Regardons le passage précisément :
Le passage en grec (NA28) est : διδάσκειν δὲ γυναικὶ οὐκ ἐπιτρέπω, οὐδὲ αὐθεντεῖν ἀνδρός, ἀλλ᾽ εἶναι ἐν ἡσυχίᾳ.
Translittération : didáskein dè gynaikì ouk epitrépō, oudè authentèin andrós, all’ eînai en hēsychía.
Traduction littérale : enseigner cependant à la femme (mariée) – non je ne permets – exercer autorité (authentein) sur (le mari) – l’homme, mais de rester paisible/calme.
Le mot “paisible” ἡσυχία – êsychia n’apparaît que 4 fois (Act 22.2 ; 1 Thess 3.12 ; 1 Tm 2.11-12) et désigne une attitude paisible plutôt que le strict silence.
Le mot clé qu’il convient de regarder à la loupe est αὐθεντεῖν – authentein qui est à l’infinitif présent actif. C’est le mot le plus complexe du verset car il s’agit d’un hapax legomenon : il n’apparaît qu’ici dans la Bible. Son sens premier dans la koinè est « exercer une autorité de plein droit », parfois avec une connotation de « dominer ou prendre autorité sur » de manière tyrannique.
Donc en 1Tim 2.12, quand Paul écrit οὐδὲ αὐθεντεῖν ἀνδρός, il utilise un verbe rare qui, à son époque, signifiait « exercer une autorité sur », mais qui gardait peut-être une nuance de domination forte (selon le contexte).
La complexité de traduire ce mot nous impose donc d’aller chercher dans les sources extrabiblique s’il y est présent. Il est attesté dans des papyrus, des scholies et des textes techniques, mais absent chez les grands auteurs classiques comme Platon ou Aristote. Allons donc voir dans cette littérature !
Que trouve-t-on dans la littérature profane ?
Le verbe est lié à αὐθέντης – authentēs qui signifie souvent « meurtrier » (surtout d’un parent) dans la littérature classique (Ve– IVe siècle av. JC) ex. : Euripide, Hérodote, etc.). Son sens a évolué au fil du temps mais nous verrons que le support Papyrus BGU IV 1208 – une lettre de Tryphon (27–26 av. JC) est quasi contemporaine de l’époque où Paul écrit.
Eschyle, Euménides 42 (Ve s. av. JC) : αὐθέντης – authentēs désigne le meurtrier de sa propre main.
Euripide, Oreste 1047 (Ve s. av. JC) : un emploi similaire : authentēs = meurtrier, l’auteur d’un crime.
Philon de Byzance, Mécanique (IIIe s. av. JC) : authentēs utilisé comme « maître, celui qui a la pleine autorité ». On commence à glisser du sens « meurtrier » vers « maître / souverain ».
Papyrus BGU IV 1208, l. 38 (lettre de Tryphon, 27–26 av. JC) : Contexte d’une dispute sur un paiement de ferry. Traductions possibles : « j’ai eu le dessus sur lui / j’ai imposé ma volonté » (authentēkotos pros auton) ou bien « j’ai exercé mon autorité sur lui ». Sens de « prendre le contrôle » ou « dominer dans une négociation ». C’est l’une des attestations les plus solides et contemporaines de l’époque du NT.
Philodème, Rhetorica 2.133 Sudhaus (Iᵉʳ s. av.–Iᵉʳ s. ap. JC) : Substantif authentia : « autorité, pouvoir, souveraineté ».
Philon d’Alexandrie, De Specialibus Legibus 3.159 : authentēs désigne l’ « auteur » d’un crime, instigateur.
Flavius Josèphe, Antiquités juives 12.5.4 (Iᵉʳ s. ap. JC) : authentēs appliqué à des leaders politiques = « ceux qui ont autorité ».
Astrologue Vettius Valens (IIe siècle ap. JC) : Il utilise le terme dans un contexte astrologique pour désigner une planète « dominante » ou « exerçant son influence ».
Ptolémée, Tétrabiblos, Apotelesmatica – 3.14.10 (IIe siècle ap. JC) : Authentēsas (au participe) à propos d’une planète (Saturne) qui « domine » ou « prend le contrôle » d’autres planètes (Mercure, Lune). Sens de « exercer une influence dominante / régner sur »
Clément d’Alexandrie, Stromates 3.12.82 (IIe – IIIe s.) : emploi de authentia = « autorité légitime ».
Jean Chrysostome (IVe s.) : authentein = « être le chef, exercer un rôle de maître ».
Jean le Lydien – De magistratibus (IVe siècle) : dans des textes byzantins (lois, chroniques) ou astrologiques, souvent avec le sens de « exercer le pouvoir », « mettre en vigueur » ou « dominer ».
Qu’ont dit les Pères de l’Église sur 1 Tim 2.12
Les Pères de l’Église ont abordé ce verset principalement sous deux angles : l’ordre de la création (anthropologie) et la discipline ecclésiastique (ecclésiologie).
Voici une synthèse des positions des premiers Pères :
1. Jean Chrysostome (IVe siècle) : L’ordre de la création
Chrysostome, dont le nom signifie « Bouche d’or » est celui qui a le plus commenté ce passage dans ses Homélies sur les épîtres à Timothée. La lecture de ce verset a d’abord, pour lui, une subordination éducative, l’interdiction est liée à la chute d’Ève. Il soutient que puisque la femme a enseigné une fois l’homme (Adam) pour sa perte, elle doit désormais s’abstenir d’enseigner dans l’assemblée.
Ensuite, elle vise soit le domaine privé ou le public : Chrysostome ne refuse pas à la femme toute capacité d’enseigner (il cite Priscille), mais il limite cet enseignement au cadre privé ou envers d’autres femmes, jamais dans le cadre officiel de la liturgie face aux hommes.
2. Tertullien (IIe – IIIe siècle)
D’un autre côté, dans son traité De Virginibus Velandis (Le voile des vierges) et De Praescriptione Haereticorum (Traité contre les hérétiques), Tertullien quant à lui est particulièrement ferme. Pour lui, c’est une interdiction sacramentelle : Il précise qu’il n’est pas permis aux femmes de parler dans l’église, ni d’enseigner, ni de baptiser, ni d’offrir (l’Eucharistie), ni de réclamer pour elles une part quelconque du ministère masculin. Il s’insurge contre les hérétiques : Il reproche souvent aux groupes « hérétiques » (notamment les gnostiques et les montanistes) de permettre aux femmes d’enseigner et d’exercer des fonctions presbytérales. On peut y voir l’exemple des prophétesses Prisca et Maximilla qui entouraient Montan.
3. Clément d’Alexandrie (IIe-IIIe siècle)
Clément est plus nuancé sur la nature spirituelle de la femme, mais il suit la règle apostolique sur l’ordre public. Il souligne que l’âme n’a pas de sexe et que la vertu est commune aux hommes et aux femmes. Cependant, dans le Pédagogue, il maintient que la pudeur et le silence sont les parures de la femme dans l’assemblée, en accord avec l’instruction paulinienne.
4. Origène (IIIe siècle)
Dans ses fragments sur la Première épître aux Corinthiens (traitant un sujet similaire à 1 Tim 2.12), Origène apporte une précision sémantique. Il note que même si une femme possède le don de prophétie (comme les filles de Philippe), elle ne doit pas s’exprimer publiquement dans l’assemblée des hommes. Elle peut exercer son don, mais pas sous la forme d’un enseignement d’autorité (didaskein) sur la communauté masculine.
5. Les Constitutions Apostoliques (IVe siècle)
Ce recueil de prescriptions ecclésiastiques codifie la pensée patristique de l’époque. Ces constitutions interdisent formellement aux femmes d’enseigner dans l’église, arguant que si le Christ avait voulu que les femmes enseignent, il aurait chargé sa propre Mère de cette mission. Elles lient l’enseignement à la fonction de sacrificateur (prêtre), réservée aux hommes.
Commentaires modernes
La NFC note en bas de page : Ce verset viserait une situation spécifique où des femmes relayaient de fausses doctrines et exerçaient une liberté telle que cela nuisait à la réputation de l’Église locale.
– en prenant le dessus : mot grec rare signifiant une domination qu’on s’attribue à soi-même par la force.
– l’homme : autre traduction le mari.
Je rapporte les propos de Georges et Dora Winston sur le passage de 1 Timothée 2.12 dans l’excellent livre Les femmes dans le ministère féminin aux Éditions Excelsis : « Certains affirment que l’interdiction exprimée par Paul dans 1 Timothée 2.12 : « Je ne permets pas à la femme […] de prendre autorité sur l’homme » constitue une règle générale dans ce domaine et que tous les exemples bibliques particuliers de femmes qui ont exercé l’autorité sur des hommes ne sont que des exceptions qui confirment la règle. Nous avons cependant vu jusqu’ici que ces soi-disant « exceptions » sont très nombreuses et ne présentent aucune ambiguïté. Nous allons montrer maintenant que cette interdiction n’est pas du tout aussi évidente qu’elle apparaît dans la version biblique utilisée (Bible de Lausanne).
La traduction anglaise Williams rend 1 Timothée 2.12 ainsi : « Je ne permets pas à une femme mariée de […] régenter son mari. » Cette traduction grammaticalement correcte restreint de deux manières la portée et l’application du verset tel qu’il est généralement compris. Premièrement, au lieu d’interdire l’exercice de l’autorité sur l’homme, Paul n’interdirait que l’exercice abusif de cette autorité. Deuxièmement, l’apôtre n’empêche pas toutes les femmes de faire la loi aux hommes, mais seulement aux épouses de faire la loi à leur mari. Comme cette traduction est tout à fait valable, elle supprime la contradiction entre la déclaration biblique et toutes les preuves que nous avons présentées dans ce chapitre d’après lesquelles Dieu a conféré à des femmes l’autorité sur des hommes. Il faut prendre en considération toute traduction grammaticalement correcte qui abolit des contradictions entre différentes affirmations bibliques. Comme ce chapitre de notre livre aborde essentiellement la question de l’autorité, nous nous limiterons à répondre à la première question, à savoir la nature de l’exercice de l’autorité dont ce verset parle.
Nous avons déjà examiné au chapitre cinq à qui cette recommandation s’adresse : non à toutes les femmes sur tous les hommes, mais seulement aux femmes mariées dans leurs rapports avec leurs maris. Nous verrons que la traduction Williams est correcte non seulement sur le plan grammatical mais qu’elle est aussi préférable à d’autres traductions sur le plan exégétique. Le verbe traduit par « prendre de l’autorité » (Bible de Lausanne, 1872), « dominer » (TOB) et « faire la loi » (BJ) est le verbe authenteô. Sa racine est complètement différente de celle des mots habituellement traduits par « autorité » : exousia, « autorité » et exousiazo, « exercer l’autorité ». Ces deux mots grecs sont employés en tout 107 fois dans le Nouveau Testament. Le mot authenteô n’apparaît qu’une fois, justement en 1 Timothée 2.12. La question est donc de savoir pourquoi Paul ne s’est pas servi du verbe exousiazó, s’il pensait à un exercice normal de l’autorité, conformément au sens de exousia, qu’il utilise d’ailleurs des dizaines de fois dans ses écrits. Pourquoi a-t-il employé un mot rare qu’on ne trouve nulle part ailleurs dans le Nouveau Testament ? Compte tenu du soin qu’il prenait à bien exprimer sa pensée et de sa doctrine de l’inspiration (2 Tm 3.16), Paul tenait vraisemblablement à donner un sens différent de celui du mot exousia. Quelles que soient les preuves philologiques que l’on peut trouver dans la littérature extrabiblique concernant l’étymologie ou l’usage du verbe authenteô pour déterminer son sens exact, une chose est indéniable : il ne peut pas avoir exactement le même sens que exousiazo. L’apôtre ne peut pas ici avoir à l’esprit l’exercice normal et légitime de l’autorité au sens habituel. Si c’était le cas, comme de nombreux traditionalistes l’affirment, l’apôtre contredirait tout ce que nous avons vu dans ce chapitre et notamment 1 Corinthiens 7.4 qui dit : « Ce n’est pas le mari qui a autorité (exousia) sur son propre corps, c’est sa femme » (NBS). Si ce verbe très différent peut signifier autre chose, les contradictions disparaissent.
Après avoir indiqué ce que le verbe authenteô ne signifie pas, il nous reste à trouver ce qu’il signifie. Voici ce que disent quelques lexiques et dictionnaires : Moulton et Milligan disent que l’usage de ce verbe en 1 Timothée 2.12 fait naturellement penser au « maître » ou à “l’autocrates ». Bauer, Arndt et Gingrich : « avoir de l’autorité », « tyranniser ». C. Alexandre : « dominer, prendre ou exercer de l’autorité, être maître de, régner, ou dominer sur ». M. Carrez et F. Morel : « dominer sur, régner sur ». Enfin, A. Bailly : « avoir pleine autorité sur ».
Plusieurs traductions françaises confirment le témoignage des dictionnaires grecs : « commander à l’homme » (Crampon), « dominer l’homme (TOB, NBS), « faire la loi à l’homme » (Osty, Bible de Jérusalem). » Des exégètes de renom concluent : « Le mot signifie « agir en maître de » ou plus couramment « dominer sur » » (Donald Guthrie). « Une femme ne doit pas dominer (C.K. Barrett). « La force de 1 Timothée 2.12 réside dans la mise en garde contre la tentation de prendre part au ministère pour des motifs pécheurs et coupables » (Howard Marshall). « Exercer la domination sur […]. L’atticiste encourage son élève à utiliser autodikein parce que authentein est vulgaire » (Expositor’s Greek Testament) . Le moins que l’on puisse déduire de ces diverses preuves est que le verbe authenteó a des connotations négatives. L’exercice de l’autorité qui est défendu est celui d’une autorité excessive et inconvenante. La Bible ne désapprouve que le mauvais exercice de l’autorité par les femmes.
[…]
Il semblerait que Paul (1Timothée 2.9-13) et Pierre (1 Pierre 3.1-6) s’appuient tous deux sur la Genèse pour donner le même enseignement apostolique concernant les relations entre épouses et maris. Il ne fait aucun doute que dans 1 Timothée 2.9-15, les mots anèr et gunè doivent être traduits comme dans 1 Pierre 3.1-6, par « mari » et « épouse », et non par « homme » et « femme ».
Quand Paul, dans d’autres passages, parle des relations de l’homme et de la femme en général, et non des relations du mari et de l’épouse en particulier, il utilise d’autres associations de mots que aner et gunè. Ainsi, en Romains 1.26-27, il se sert du terme arsen, homme, opposé à thèlus, femme. Il est notoire qu’il s’agit là de mots qui soulignent davantage le genre. Si Paul avait vraiment voulu parler du sexe masculin et du sexe féminin dans 1 Timothée 2.12, les termes qu’il emploie en Romains 1.26-27 auraient été plus appropriés. De même, en 1 Corinthiens 7.11, où l’apôtre envisage le cas d’hommes et de femmes non mariés, il parle d’anthropos (homme) au lieu de anèr, en opposition à gunè (femme). Bref, 1 Timothée 2.9-15 ne dit pas un mot de la soumission de toutes les femmes à tous les hommes.
Cette interprétation de 1 Timothée 2.12 a non seulement le soutien de Luther, C. I. Scofield, Lock, Ellis et Lowery, comme nous l’avons déjà signalé, mais également celui de A.G. Maunoury, G. Williams, N.J.D. White et C.K. Barrett. Nous devons évidemment nous déterminer soit pour la « soumission de la femme », soit pour la « soumission de l’épouse ». Mais lorsque le premier principe repose sur deux passages qui présentent tous deux de grandes difficultés exégétiques, alors que le second a l’appui de six passages ne présentant aucune difficulté, quel principe suivre ? La réponse est évidente : celui qui repose sur six textes clairs. La conception traditionaliste qui veut que, dans l’Église, aucune femme n’exerce ni leadership ni autorité spirituelle sur les hommes se fonde sur 1 Timothée 2.12 plus que sur n’importe quel autre texte. L’ouvrage Recovering Biblical Manhood and Womanhood s’y réfère plus de cinquante fois. Nous avons cependant constaté que cette interdiction est insoutenable. En effet, elle ne peut s’appliquer à n’importe quelle femme, mais seulement à celles qui sont mariées et à leur attitude vis-à-vis de leur mari au sein de l’Église. Nous estimons donc que l’emploi de ce texte pour interdire l’exercice de l’autorité de toutes les femmes sur tous les hommes dans l’Église n’est rien moins qu’une distorsion de l’Écriture. »
Conclusion
Nous avons vu que l’enjeu se situe sur le verbe αὐθεντέω – authenteô qui définit davantage une certaine manière d’enseigner plutôt que l’interdiction même d’enseigner dans l’église. L’autre mot guné peut soit être traduit par « femme » ou « épouse ». Qu’on emploie l’un ou l’autre peut changer complètement le sens du verset. Il est difficile à ce stade de trancher, mais gardons-nous d’avoir une position radicale qui interdirait formellement à une femme d’enseigner sous prétexte que c’est écrit dans la Bible, surtout si l’on a une traduction comme celle de Sacy : « Je ne permets point aux femmes d’enseigner, ni de prendre autorité sur leurs maris ; mais je leur ordonne de demeurer dans le silence. » Je pense que lorsque nous rencontrerons Paul, il règlera en quelque sorte ses comptes avec certaines personnes qui lui ont fait dire ce qu’il n’a jamais voulu dire, surtout quand on comprend que les traducteurs interprètent dans leur compréhension.
Enfin, je propose quelques traductions tout aussi bonnes :
Je ne permets pas à une épouse d’enseigner en prenant autorité sur son mari, mais qu’elle reste paisible.
Je ne permets pas à une épouse de vouloir enseigner en usant d’autorité sur son mari, mais qu’elle reste paisible.
Je ne permets pas à une épouse de vouloir enseigner en dominant sur son mari, mais qu’elle reste paisible.
Je ne permets pas à une épouse d’enseigner en abusant d’autorité sur son mari, mais qu’elle reste paisible.
Pour aller plus loin :
Le ministère féminin : https://www.xl6.com/articles/9782755000511-les-femmes-dans-le-ministere-chretien-une-theologie-exegetique
Des femmes pasteurs ? : https://www.xl6.com/articles/9782755005202-des-femmes-pasteurs-ministere-pastoral-feminin-et-ordre-creationnel
Et pourquoi pas les femmes : https://www.xl6.com/articles/9782881500916-et-pourquoi-pas-les-femmes-un-nouveau-regard-sur-les-femmes-dans-la-bible-la-mission-le-ministere-et-le-leadership
Paul et les femmes : https://www.xl6.com/articles/9782356142443-paul-et-les-femmes-nouvelles-perspectives



Très bonne étude précise qui éclaire notre soif de vérité.
Merci pour ce travail, qu’il soit bénéfique à l’avancement du Royaume de Dieu