LS1910 : Ainsi parle l’Éternel des armées : Le jeûne du quatrième mois, le jeûne du cinquième, le jeûne du septième et le jeûne du dixième se changeront pour la maison de Juda en jours d’allégresse et de joie, en fêtes de réjouissance. Mais aimez la vérité et la paix.
Chouraqui : Ainsi dit IHVH-Adonaï Sebaot : le jeûne du quatrième, le jeûne du cinquième, le jeûne du septième, le jeûne du dixième seront pour la maison de Iehouda exultation, joie, rendez-vous propices. Aimez la vérité et la paix !
Prise en compte du contexte historique
Quelques éléments sur Zacharie pour bien comprendre le contexte : Zacharie est dit fils de Bérékhia et petit-fils d’Iddo (Zacharie 1.1). Il appartenait à une lignée sacerdotale, ce qui signifie qu’il était à la fois sacrificateur et prophète. Il exerce son ministère à Jérusalem après le retour de l’exil à Babylone aux environs de 520 av. J.C. Il est donc contemporain du prophète Aggée.
Quelques repères chronologiques :
586 av. JC : Destruction du Temple. Déportation.
586 à 538 av. JC : Période centrale de l’Exil à Babylone.
538 av. JC : Édit de Cyrus et début du retour.
516 av. JC : Dédicace du Second Temple (fin des « 70 ans » de désolation du sanctuaire).
Son message principal visait surtout à encourager le gouverneur Zorobabel et le grand sacrificateur Josué à achever la reconstruction du Second Temple de Jérusalem, une tâche qui commençait à perdre de son élan. La structure de son livre est complexe, mêlant visions nocturnes mystérieuses, littérature apocalyptique et oracles messianiques.
Notons que Zacharie est l’un des prophètes les plus cités dans le Nouveau Testament. Il prophétise notamment :
- L’entrée triomphale du Messie monté sur un ânon (Za 9.9 ; Jn 12.12-15).
- La trahison pour trente pièces d’argent (Za 11.12 ; Mt 26.15 ; 27.9-10).
- Le côté percé du Messie (Za 12.10, Jn 19.37 ; Ap 1.7).
La datation du livre est plus problématique. On peut considérer que le « Proto-Zacharie » couvre les chapitres 1 à 8 et certains éléments permettent de le dater assez facilement. Le texte lui-même fournit des repères chronologiques précis basés sur le règne de Darius Iᵉʳ. Le livre commence le huitième mois de la deuxième année de Darius, soit en octobre/novembre 520 av. JC (Za 1.1).
La dernière date mentionnée correspond à la quatrième année du roi Darius, soit vers novembre 518 av. JC (Za 7.1). C’est dans ce contexte que le prophète Zacharie encourage la reconstruction du Second Temple de Jérusalem qui fut achevé en 515 av. JC.
Les chapitres 9 à 14 constituent la deuxième partie appelée parfois « Deutero-Zacharie » Cette section est de style et de contenu différents, souvent considérée par les exégètes comme postérieure, probablement du IVe ou IIIe siècle av. JC. Son contenu est d’un tout autre genre et il est introduit par le terme מַשָּׂא – massa’ très fréquemment associé aux oracles contre les nations étrangères.
Quels sont ces jeûnes ?
Dans Zacharie 8.19, il est fait référence à quatre jeûnes particuliers observés par les exilés juifs lors de la période post-exilique, en commémoration des tragédies liées à la destruction de Jérusalem et du Temple par les Babyloniens.
Dieu promet dans Zacharie 8.19 qu’ils se transformeront en jours de joie et de fête, prophétisant la restauration et la bénédiction future pour Juda.
Les mois mentionnés sont basés sur le calendrier luni-solaire hébraïque dont le mois de Nisan est le premier. Ces quatre jeûnes ne sont pas prescrits dans la Torah, mais ils sont toujours observés comme des jeûnes mineurs, fixés par les Sages d’Israël en lien avec des événements historiques tragiques décrits dans les livres des Rois et de Jérémie. La Torah prescrit l’observance du jeûne de Kippour au septième mois (Lev. 23.27).
Dans ce passage, le prophète énumère donc quatre jeûnes liés aux tragédies du siège de Jérusalem qui s’étend de -587 à -586 av. JC :
- Le 4ᵉ mois (Tammuz) : Brèche dans les murs de Jérusalem (2 Rois 25.3-4).
- Le 5ᵉ mois (Av) : Destruction du Temple par Nebuzaradan (2 Rois 25.8).
- Le 7ᵉ mois (Tishri) : Assassinat de Guedalia, gouverneur de Juda (2 Rois 25.25).
- Le 10ᵉ mois (Téveth) : Début du siège de Jérusalem par Nabuchodonosor (2 Rois 25.1).
Voici l’identification de ces quatre jeûnes selon le calendrier hébraïque :
1. Le jeûne du quatrième mois (17 Tammouz)
Ce jeûne commémore la brèche faite dans les murailles de Jérusalem par l’armée de Nabuchodonosor (2 Rois 25. 3-4 ; Jér 39.2 ; 52.6-7) il relate que la famine était devenue si grave que le peuple n’avait plus de pain, et que le neuvième jour du quatrième mois, la muraille fut forcée. (La tradition rabbinique a plus tard fixé ce jeûne au 17, car c’est aussi le jour où l’offrande perpétuelle cessa lors du second Temple). C’est aussi ce jour-là que Moïse brisa les tables de la loi à cause du péché du veau d’or.
2. Le jeûne du cinquième mois (9 Av – Tisha BeAv)
C’est le jeûne le plus triste du calendrier juif. Observé encore aujourd’hui, il marque la destruction par le feu du Temple de Salomon en 586 par Nebuzaradan, le chef de la garde babylonienne (2 Rois 25.8-9 ; Jér 52.12-13). Traditionnellement, on y associe aussi la destruction du Second Temple par les Romains en l’an 70. Ce jour est souvent marqué par des faits catastrophiques pour le peuple juif comme l’appel aux Croisades par le pape Urbain II le 9 Av 4855 (l’an 1095). La signature d’un décret d’expulsion des Juifs d’Angleterre par le roi Édouard Iᵉʳ d’Angleterre le 9 Av 5050 (l’an 1290) et le décret d’Alhambra, visant à expulser tous les Juifs d’Espagne, qui s’appliqua le 9 Av 5252 (l’an 1492).
3. Le jeûne du septième mois (3 Tishri – Jeûne de Guedalia)
Le tsom guédalia ou jeûne de Guédalia est en référence à l’assassinat de Guédalia ben Ahikam, gouverneur juif nommé par les Babyloniens après la chute de Jérusalem, qui marqua la fin de l’autonomie juive et précipita l’exil total (2 Rois 25.25 ; Jér 41.1-3). Les faits racontent comment Ismaël fils de Nethania tua Guedalia à Mitspa. Cet assassinat provoqua la fuite du reste de la population vers l’Égypte, marquant l’extinction totale de la souveraineté juive en terre d’Israël à cette époque. Ce jeûne est toujours observé de nos jours par les juifs religieux. Il est fixé le 3ᵉ jour après Rosh Haschana.
4. Le jeûne du dixième mois (10 Tevet)
En – 588 av. JC, le dixième jour du dixième mois de la neuvième année du règne de Sédécias, l’armée de Babylone établit ses retranchements autour de la ville de Jérusalem. Le siège dura trois années et se termina par la destruction du Temple. Ce jeûne appelé assara bethevet, fut, lui aussi, institué par les Sages d’Israël en commémoration du début du siège de Jérusalem par Nabuchodonosor (2 Rois 25.1 ; Jér 52.4 ; Ézéchiel 24:1-2).
Il est à noter que le jeûne d’Esther, toujours observé, n’est pas mentionné, car il intervient plus tard dans la chronologie. C’est en l’an – 474 av. JC que le jeûne fut publié sous l’initiative de la reine Esther. Il a duré trois jours et trois nuits, durant lesquels les Juifs de Suse ne devaient ni manger ni boire. Ces quatre jeûnes mentionnés dans Zacharie sont toujours observés par le peuple juif de nos jours. Les jours de jeûne fixés par les Sages d’Israël sont en mémoire d’événements tragiques, aux conséquences désastreuses, et ont pour objectif d’éveiller le cœur aux exigences de la Torah et de faciliter ainsi la voie à la T’chouva – la repentance. Le rappel du passé tragique, fruit des égarements du peuple, impose un examen de conscience et inculque la conviction que leur futur dépend de leurs actes. Le peuple juif est fortifié par les prophéties garantissant le retour des exilés et leur rassemblement en Terre d’Israël, et anticipant que le jeûne du quatrième mois (17 Tamouz), le jeûne du cinquième mois (9 Av), le jeûne du septième mois (Tsom Guédalia), le jeûne du dixième mois (10 Téveth) seront transformés pour la maison d’Israël en jours de joie, de réjouissance et de fête selon la conclusion de Zacharie 8.19.



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