Chouraqui : s’il n’a pas épargné l’univers ancien, mais en a gardé huit, dont Noah, héraut de justice, quand il a amené le déluge sur un univers criminel…
S21 : Il n’a pas épargné non plus l’ancien monde, bien qu’il ait sauvé huit personnes dont Noé, ce prédicateur de la justice, lorsqu’il a fait venir le déluge sur un monde impie…
Maredsous : s’il n’a pas épargné l’ancien monde et n’a préservé que huit personnes, dont Noé, ce prédicateur de la justice, lorsqu’il fit fondre le déluge sur un monde d’impies…
Synodale 8ᵉ édition : S’il n’a pas épargné l’ancien monde et n’a préservé que Noé, ce prédicateur de la justice, avec sept autres personnes lorsqu’il fit venir le déluge sur ce monde d’impies…
NBS : s’il n’a pas épargné le monde ancien, mais s’il a gardé le huitième homme, Noé, héraut de la justice, lorsqu’il a fait venir le déluge sur un monde d’impies…
Darby 2006 : s’il n’a pas non plus épargné l’ancien monde, mais a préservé Noé, lui huitième, prédicateur de justice, quand il fit venir le déluge sur un monde d’impies…
Il est surprenant, d’une part, que Pierre relève ce passage de Noé et du déluge dans ses deux lettres : « qui ont été autrefois désobéissants, quand la patience de Dieu attendait dans les jours de Noé, tandis que se construisait l’arche, dans laquelle un petit nombre, soit huit personnes, furent sauvées à travers l’eau. » (1 Pierre 3.20), et d’autre part qu’il relève ce chiffre huit.
À la lecture de certaines traductions comme la S21, on comprend tout simplement que parmi toute l’humanité présente à l’époque du déluge, seuls Noé et les siens, soit huit personnes, ont été épargnés du cataclysme. Ce simple verset nous montre qu’ils étaient simplement huit : Noé et sa femme, ses trois fils et leurs femmes. « Noé sortit donc, ainsi que ses fils, sa femme et les femmes de ses fils avec lui. » (Genèse 8.18 ; voir aussi 7.13).
Pour rendre le texte plus compréhensible, certains (Amiot, Stern, NFC par exemple) remplacent le ογδοον – ogdoon (huitième) en paraphrasant : Noé ce prédicateur de la justice, avec sept autres personnes. Or le texte grec dit littéralement : αλλα ογδοον Νωε – mais Noé, huitième.
Or, si on change le chiffre huit par celui de sept, on perd alors la symbolique de ce chiffre.
Certains manuscrits anciens et certains commentaires ont voulu y voir toutefois une allusion à la place de Noé dans la généalogie de Seth alors qu’il n’est que le dixième depuis Adam. Cette interprétation est plutôt tardive et peut difficilement être acceptée.
Est-ce que ce chiffre huit pourrait vouloir dire autre chose ?
Dans le langage biblique, les chiffres sont souvent porteurs d’un symbolisme qu’il convient d’aborder.
Le chiffre 1 représente l’Unicité de Dieu (Shema Israël) ou l’unité absolue. Le Père et moi, nous sommes UN (Jn 10.30).
Le chiffre 3 représente la plénitude divine, l’insistance, le spirituel (La Trinité, les 3 jours de la Résurrection). C’est le chiffre de Dieu, mais aussi celui du salut et de la délivrance (Osée 6.2 ; Gn 42.17-18 ; Jonas 2.1 ; Matthieu 17.23)
Le chiffre 4 : C’est le chiffre du Monde dans sa plénitude terrestre, les 4 points cardinaux. Le jardin d’Éden était irrigué par 4 fleuves (Pishon, Gihon, Tigre, Euphrate), symbolisant la diffusion de la vie divine vers tout le monde extérieur. Les 4 Évangiles, message pour l’humanité. Rappelez-vous d’Ézéchiel, lorsqu’il demande à l’Esprit de venir des quatre vents pour souffler sur les ossements desséchés. Cela ne veut pas dire qu’il existe quatre vents, mais qu’il fait appel à tous les vents du monde entier.
Le chiffre 6 est le chiffre de l’humanité dans son imperfection. C’est 7 moins 1. C’est le chiffre de l’homme laissé, livré à ses propres forces, sans Dieu (le 666 est le comble de cette auto-divinisation, plagiat de la divinité).
Le chiffre 7 est celui de la perfection, de ce qui est complet et de l’achèvement.
Le chiffre 10 représente la totalité, l’ordre humain. Les 10 commandements, ce sont l’ensemble de tous les commandements. Les 10 plaies d’Égypte, les 10 épreuves d’Avraham, et Apocalypse 2.10.
Le chiffre 12, celui de l’élection, du peuple de Dieu, les 12 tribus d’Israël, les 12 apôtres, les 12 portes de la Jérusalem céleste.
Le chiffre 40 désigne le temps de l’épreuve, de la préparation ou de la transition (40 ans au désert, 40 jours de jeûne de Jésus). C’est le chiffre 4 (le monde) multiplié par 10 (la plénitude temporelle).
Et le chiffre 8 ?
Dans l’eschatologie primitive, le chiffre 8 est souvent lié à un nouveau cycle, un recommencement ou à la résurrection qui survient le 8ème jour. Il désigne une ère nouvelle. Pour les Pères, le chiffre huit est hautement symbolique. Il représente le passage de l’ancien monde au nouveau, la résurrection et le repos éternel. Ils ont souligné que Noé n’est pas seulement le huitième membre d’une liste, mais il en est le restaurateur. Ce chiffre peut suggérer une prééminence hiérarchique dans le cas de Noé.
Voici quelques notes des Pères et Réformateurs :
- Justin Martyr (Dialogue avec Tryphon, CXXXVIII) : Justin est l’un des premiers à lier le chiffre huit de 2 Pierre 2.5 à la résurrection du Christ (ressuscité le huitième jour, c’est-à-dire le lendemain du sabbat). Pour lui, les huit personnes de l’arche sont le type de la nouvelle humanité rachetée par le Christ.
- Cyprien de Carthage : Il voit dans ces huit personnes une préfiguration de l’unité de l’Église. Le déluge est le baptême qui purifie le monde, et le « huitième » (Noé) est la figure de proue de ceux qui échappent au jugement par le bois de l’arche (la Croix).
- Calvin utilise ce verset pour rassurer les protestants de son temps, souvent persécutés et minoritaires. Il écrit : « Le nombre de huit ne doit pas nous induire à mépriser la grâce de Dieu, bien qu’elle ne soit partagée que par peu de gens. »
- Augustin d’Hippone, dans La Cité de Dieu note que Noé est sauvé avec sept autres personnes. Il insiste sur le fait que ce petit nombre souligne la « rareté » des justes face à la multitude des impies. Le « huitième » marque un recommencement, une octave qui reprend la gamme de la création sur un ton nouveau.
- Bède le Vénérable (672-735) appartient à une période tardive, il synthétise bien la pensée patristique dans ses Commentaires sur les Épîtres Catholiques : « Noé est sauvé comme huitième personne parce que, dans le temps du Nouveau Testament, le Christ est apparu comme le dispensateur de la vie le huitième jour, c’est-à-dire après le Sabbat. »
Voyons le lien entre Noé et Jésus, car les deux s’articulent autour du chiffre 8, on parle dans ce cas de typologie. Si le chiffre 7 représente la plénitude de la création, le 8ème jour est donc celui qui vient après la semaine complète : c’est le chiffre du nouveau commencement, de la résurrection et de l’ère messianique. Jésus est ressuscité le lendemain du shabbat, qui est le 7ème jour, ce qui fait du dimanche le 8ème jour. Sa résurrection inaugure la « Nouvelle Création ». Dans la tradition chrétienne, les baptistères anciens avaient souvent une forme octogonale (8 côtés) pour signifier que par le baptême, on entre dans le 8ème jour avec le Christ. Pierre lui-même établit un lien direct entre l’épisode de Noé et le salut en Christ : Cette eau préfigurait le baptême, qui maintenant, vous sauve vous aussi (1Pierre 3.21).
Pour conclure, le lien entre Noé, Jésus et le chiffre 8 montre la transition entre l’ancien monde condamné et le nouveau monde régénéré. Noé sauve sa famille d’une mort physique, tandis que Jésus, le « véritable Noé », sauve l’humanité de la mort spirituelle en nous faisant passer par l’eau du baptême vers le « huitième jour », de la vie éternelle.



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