Par le Pasteur Jean-Marc Thobois
Janvier 1996 – Magazine Expérience n° 101
« Quiconque ne persévère pas dans la doctrine du Christ n’a pas Dieu. » (2 Jean v.9).
Dans un temps où s’estompent tous les points de repère, comment pouvons-nous rester dans la doctrine du Christ afin de ne pas « être entraînés par l’égarement des impies » ? Nombre de textes bibliques insistent sur la persévérance : ainsi les premiers chrétiens persévéraient d’abord dans l’enseignement des apôtres. Jésus demande à ceux qui ont cru en lui de persévérer dans sa Parole, afin de connaître « la vérité qui rend libre » (Jean 8:31-32) etc…
Persévérer dans sa Parole implique qu’on la connaisse, qu’on la médite et qu’on l’étudie (Psaume 1). La première garantie contre tous les risques de déviations est donc, d’abord, une solide connaissance de l’Évangile. La Parole de Dieu, nous dit le psalmiste, est une lampe à nos pieds et une lumière sur notre sentier. (Psaume 119:105)
Chaque fois que, dans l’histoire, le peuple de Dieu a redécouvert l’Évangile, un réveil en a résulté, comme ce fut le cas lors de la Réforme, qui répandit la connaissance de la Parole de Dieu dans toutes les couches de la population. Mais, il faut aussi tenir compte des leçons de l’histoire. Le sage, dit le proverbe, est celui qui sait tirer leçon de ses erreurs. Cette maxime proviendrait de Confucius : « L’homme sage apprend de ses erreurs, l’homme plus sage apprend des erreurs des autres », ou de la pensée de Ralph Waldo Emerson : « Celui qui veut tirer des enseignements de ses erreurs doit chaque jour apprendre à surmonter ses craintes ».
Mais ne pourrait-on pas dire qu’est encore plus sage celui qui sait tirer leçon des erreurs de ceux qui l’ont précédé pour ne pas retomber dans les mêmes ornières ? Comme disait un philosophe espagnol George Santayana (1905) : Celui qui ignore les erreurs de l’histoire est condamné à les revivre.
On constate que de nombreuses hérésies et déviations modernes ont des précédents dans l’histoire des églises : un minimum de connaissance du passé aurait donc permis de les éviter. Entre les Ile et VIe siècles, toutes les hérésies eurent lieu, celles qui sont apparues depuis n’étant que des variantes sur un même thème. C’est pourquoi les grandes déclarations de foi, en particulier le symbole de Nicée-Constantinople, sont des garde-fous tellement précieux. Les Réformateurs, qui n’ont jamais remis en question ces grandes déclarations de foi, ont aussi souligné l’importance de la lecture de la Bible, sous l’inspiration du Saint-Esprit.
Le Saint-Esprit éclaire la Parole
Le Saint-Esprit qui a inspiré l’Écriture, peut révéler et appliquer la vérité biblique à notre esprit, si nous le lui demandons humblement. C’est l’Esprit qui vivifie, disait Jésus, la chair ne sert de rien ! (Jean 6:63)
Paul, de son côté, affirmait : Ce sont des choses que l’œil n’a pas vues, que l’oreille n’a pas entendues, qui ne sont pas montées au cœur de l’homme, mais que Dieu a préparées pour ceux qui l’aiment. Dieu nous les a révélées par l’Esprit, car l’Esprit sonde tout, même les profondeurs de Dieu. (1 Corinthiens 2:9-11)
Une connaissance intellectuelle approfondie de l’Écriture ne suffit pas à nous garantir de l’erreur. Le drame des pharisiens, comme des déviations modernes, vient de l’accent mis connaissance uniquement intellectuelle et rationalisante de la Bible, alors qu’elle exige une approche dans l’humilité, la prière, la foi et la confiance. Jésus ne disait-il pas : Je te loue Père, Seigneur du ciel et de la terre, de ce que tu as caché ces choses aux sages et aux intelligents, et de ce que tu les as révélées aux petits. (Luc 10:21)
Le drame des pharisiens d’hier et d’aujourd’hui est là, tout entier. Mais l’illumination du Saint-Esprit n’est pas illuminisme. Pour avoir confondu ces deux réalités, de nombreuses déviations ont surgi dans les églises. Pierre déclarait qu’aucune prophétie de l’Écriture n’est affaire d’interprétation privée (2 Pierre 1:20). Cela signifie que l’Écriture doit être lue dans la communion de l’Église universelle. Pour avoir négligé cette exigence, des réveils qui avaient pourtant bien débuté finirent par dévier. Ce fut le cas notamment pour le réveil montaniste du IIᵉ siècle.
Lire la Bible dans la communion de l’Eglise universelle
Il faut souligner l’importance des ministères (Éphésiens 4) donnés à l’Eglise : Afin que nous ne soyons plus des enfants flottants, emportés à tout vent de doctrine par la tromperie des hommes et leurs moyens de séduction, et que professant la vérité dans l’amour, nous croissions… (Éphésiens 4:14-15). Paul met aussi en garde contre ceux qui veulent être docteurs de la Loi, mais qui ne savent pas ce qu’ils disent.
C’est le Seigneur lui-même qui a établi des apôtres, des prophètes et des docteurs (Éphésiens 4-11). Il va de soi que l’autorité de ces derniers ne provient que de la conformité de leur enseignement avec celui du Nouveau Testament : Nous, nous sommes de Dieu, celui qui est de Dieu nous écoute, celui qui n’est pas de Dieu ne nous écoute pas, c’est par là que nous reconnaissons l’Esprit de la vérité et l’esprit de l’erreur. (1 Jean 4:6)
Ce n’est pas parce que telle autorité ecclésiale enseigne telle ou telle opinion et doctrine qu’elle sera obligatoirement orthodoxe. Paul lui-même déclarait : Mais si nous-mêmes, ou si un ange du ciel vous annonçait un évangile différent de celui que nous vous avons annoncé, qu’il soit anathème ! (Galates 1:8)
Il est toutefois réjouissant de constater que tout au long des siècles, grâce au témoignage des serviteurs de Dieu fidèles, des milliers de chrétiens de par le monde ont vécu la réalité des choses de Dieu, parfois dans des conditions difficiles, et que, dans les moments d’assoupissement spirituel, Dieu a toujours permis que quelques-uns le cherchent au travers de sa Parole, et soient la source de réveils pour des multitudes. N’est-ce pas là aussi ce que Jésus a laissé entendre dans Matthieu 16:18 : Je bâtirai mon Eglise et les portes de l’Hadès ne prévaudront pas contre elle.
Je bâtirai mon Église
C’est sur le fondement christologique que venait de confesser Pierre, et qui est la pierre de touche de la vraie foi, que Jésus allait construire cette église : Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant (Matthieu 16:16). N’était-ce pas le résumé de tout l’enseignement de Jésus qui annonçait les grandes déclarations de foi ultérieures, dont le symbole de Nicée-Constantinople est le plus célèbre.
Le Seigneur est celui qui construit son Eglise lui-même. Aujourd’hui glorifié, il poursuit ce ministère depuis les lieux célestes. Certes, comme le dit Paul, nous sommes ouvriers avec lui et nous devons veiller à la manière dont nous construisons sur cet unique fondement : le Christ. Mais le Seigneur a promis que les portes de l’Hadès ne prévaudront pas contre son église. Ainsi quelles que soient les difficultés, sujets de tristesse ou de découragement du temps présent, si nous sommes solidement ancrés sur le solide fondement de la Parole de Dieu, telle la maison bâtie sur le roc de la parabole, nous avons l’assurance que les pires tempêtes ne sauraient nous ébranler.



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