Alors ils retournèrent à Jérusalem, depuis le mont appelé des Oliviers, qui est près de Jérusalem, à la distance d’un chemin de sabbat.

Actes 1.12 (COLOMBE)

JER2000 : la distance n’est pas grande : celle d’un chemin de sabbat
BLO : la distance de marche ne dépasse pas ce qui est permis le jour du sabbat
De Sacy : de l’espace du chemin qu’on peut faire le jour du sabbat
FC : à environ une demi-heure de marche
PDV : Ce n’est pas très loin, à un kilomètre environ
SEM1992 : située à un quart d’heure environ de Jérusalem

Que veut dire l’expression « un chemin de shabbat » ? Pourquoi Luc nous donne t-il cette indication ? Des juifs messianiques respectaient-ils encore le shabbat pour que cet élément nous soit rapporté ?

Tout au début du livre des Actes, nous voyons Jésus ressuscité. Il est resté 40 jours avec les disciples et, au terme de ces jours, les voici qui sortent de Jérusalem pour se rendre au Mont de Oliviers d’où Jésus montera au ciel dans une nuée. Littéralement Il fut tiré vers le haut, il s’agit plutôt d’un mouvement vers le haut, que d’une véritable élévation.

Les deux hommes en blanc du verset10 leur annonce que de la même manière que Jésus a été enlevé vers le ciel, il viendra de la même manière Matthieu 26.64, Zacharie 14.4, et nous remarquons que les prophéties annoncent le même processus, il descendra des nuées accompagné de ses saints, posera ses pieds sur le Mont de Oliviers, entrera dans Jérusalem par la Porte Dorée, et y règnera sur toute la terre depuis Yéroushalaïm, selon ce que Pilate dit de lui : ECCE REX – Voici votre Roi (Jean 1-14).

Après que le Seigneur leur fût enlevé, les disciples retournent à Yeroushalaïm, qui est à proximité d’un chemin de shabbat. Quand ils furent entrés, ils montèrent dans la chambre haute, tous d’un commun accord persévéraient dans la prière versets 13 et 14. Ils sont trop nombreux ceux qui lisent et ne s’arrêtent pas sur les détails que nous fournis le texte. L’expression « un chemin de shabbat » ne se trouve qu’ici dans ce texte et nulle part ailleurs dans la Bible. Un chemin de shabbat est la portion qu’il était permis à un juif de parcourir le jour du shabbat hors de leur demeure.

Mais à quoi correspond cette distance ? Pour la comprendre, il faut avoir recours à la tradition juive, qui nous fournira des réponses. Concernant l’observance du shabbat, il faut reprendre l’épisode de la manne, rappelez-vous que ceux qui étaient sortis le jour du shabbat pour en ramasser n’en trouvèrent point. Dieu dit alors à Moshé :

Que chacun de vous reste donc où il est ; que personne ne sorte de chez lui le septième jour.

Exode 16.29

Suite à ce commandement, le judaïsme à légiférer le devoir de pas sortir de chez soi le jour de shabbat. On doit se reposer. Ok direz-vous mais pour aller au temple, pour aller jusqu’au tabernacle, pour aller à la synagogue, il faut bien sortir de chez soi. La Halakha (la voie) c’est-à-dire l’application du commandement selon les rabbins, a calculé une distance maximum à parcourir le jour du shabbat, cette distance est de 2000 coudées, soit environ 1 km (cf. Mishna Eruvin 4.3 ; 4.7 ; 5.7). D’autres rabbins parlent de trois distances différentes permises selon les personnes et les circonstances :

  • la grande distance : 2800 coudées (1440m) probablement celle d ‘Actes 1.12
  • la distance moyenne ou sacrée : 2000 coudées (1050m)
  • la petite ou chemin naturel de shabbat : 1800 coudées (900m)

En Nombres 35.5, la limite qui est fixée aux lévites qui habitaient en banlieue de la ville était de 2000 coudées, pour permettre à ceux-ci de se rendre en ville un jour de shabbat dans la limite qu’ils devaient respectés. Cette distance correspondrait au point de campement le plus éloigné de l’israélite par rapport au tabernacle. Trois tribus étaient établies à chacun des 4 points cardinaux, ayant pour centre le tabernacle.

Luc, donc connaissait cette tradition rabbinique, mais les lecteurs de l’époque aussi. Il est intéressant de constater que Luc est le seul auteur non-juif de toute la bible, et il est celui qui nous donne des détails sur la traduction juive comme aucun des disciples ne l’a fait par exemple en Luc 2.21 donner le nom le 8ème jour, mais aussi en Luc 4.16-20, se lever et s ‘assoir. À l’époque où Luc rédige le livre des Actes des Apôtres, c’est à dire entre 80 et 90 après Jésus-Christ, la tradition est principalement orale et la Michna, la tradition écrite ne le sera qu’autour de l’an 200, tout ça pour dire que Luc et ses lecteurs connaissaient bien ces choses.

Si Luc nous dit que la distance qui sépare le mont des Oliviers et la chambre haute n’est qu’à la distance d’un chemin de shabbat, c’est peut-être parce que l’épisode a lieu un jour de shabbat, c’est à dire un samedi ; c’est du moins ce que pensait Jean Chrysostome, un des Père de l’Eglise dans la 3ème homélie sur les Actes.