9 octobre 2026
Alexandre Nanot

Genèse 6.3 : Que sont ces 120 ans ?

S21 (2007) : … car l’homme n’est que chair. Il vivra 120 ans. 
Chouraqui (1985) : Dans leur égarement, il est chair : ses jours sont de cent vingt ans. 
Zadoc Kahn : Leurs jours seront réduits à cent vingt ans. 
Sacy (1701)  : … et le temps de l’homme ne sera plus que de six-vingts ans. 
Amiot (1950) : et le temps de l’homme ne sera plus que de cent vingt ans. 
Peuples : … car il n’est que chair, sa vie ne dépassera plus 120 ans. 
NFC (2019) : ils ne sont après tout que des êtres mortels. Désormais, ils ne vivront pas plus de 120 ans. 
PDV (2000) : En effet, ils vont mourir un jour. À partir de maintenant, ils ne vivront pas plus de 120 ans. 
P. de Beaumont (1981) : À l’avenir, il ne dépassera plus 120 ans.

Semeur (2015) : Ce ne sont que des créatures terrestres. Je ne leur donne plus que cent vingt ans à vivre.

יֹּ֣אמֶר יְהוָ֗ה לֹֽא־יָדֹ֨ון רוּחִ֤י בָֽאָדָם֙ לְעֹלָ֔ם בְּשַׁגַּ֖ם ה֣וּא בָשָׂ֑ר וְהָי֣וּ יָמָ֔יו מֵאָ֥ה וְעֶשְׂרִ֖ים שָׁנָֽה
Vayomer adonaï lo yadone rou’hi vaadam lé’olam béchagam
hou vassar véhayou yamav’ méa vé’éssrim chana 

Quelle interprétation ?

D’après les diverses traductions proposées, deux lectures sont possibles. Ces deux lectures ont donné lieu à deux interprétations différentes par les exégètes juifs et chrétiens.

La première semble aller dans le sens que désormais la vie terrestre n’ira plus au-delà de 120 ans. Moïse étant l’exemple type (Dt 34:7). La NFC et PDV et Pierre de Beaumont ont opté clairement pour cette interprétation-là.

La deuxième est à comprendre comme une durée que Dieu laisse à l’homme, un sursis d’une durée de 120 ans avant que ne vienne le jugement du déluge. C’est le temps de la construction de l’arche. Noé à 480 ans lorsque Dieu lui annonce le décret qu’il va détruire la terre. Or le déluge a lieu lorsque Noé eut 600 ans (Gn 7:6). Nous sommes en 1656, année depuis Adam ou -2105 av J.C. 

John MacArthur, dans son commentaire, dira que c’est la période qui court jusqu’au déluge (1 Pi 3:20) pendant laquelle l’homme eut l’occasion de réagir face à l’avertissement qui lui était donné à propos des limites de la patience divine.

Pour comprendre ce verset, tournons-nous vers les commentateurs juifs :

Rachi commente ainsi : « Par égard pour lui, Dieu a retardé le châtiment du monde. Compte les années de la vie de Mathusalem et tu trouveras qu’elles se terminent dans la 600ᵉ année de Noé. Les 7 jours supplémentaires sont les temps de deuil pour Méthusalem. Par égard pour lui, Dieu a retardé le châtiment de 7 jours. Cette citation se trouve complétée par celle du Talmud qui précise que “les sept jours sont un dernier sursis” qui fut accordé à la génération pervertie après le « grand sursis » de 120 ans, en vue de l’inviter une nouvelle et dernière fois à la pénitence (Sanh. 108 a). »

Le rabbin polonais Jacob ben Isaac Ashkenazi de Janow commentera ainsi : « Je vais les laisser vivre 120 ans au cas où ils décideraient de se repentir. Ensuite, j’enverrai le déluge. »

Le Targoum YBU (traduction araméenne)  rend ainsi : « Yahvé dit : Aucune des générations qui doivent surgir à l’avenir ne sera jugée selon le jugement de la génération du déluge. En vérité le mode de jugement de la génération du déluge est scellé (décidé) devant (moi) : elle sera détruite et anéantie du milieu du monde. Voici que j’avais donné mon esprit aux enfants des hommes, car ils sont chair et leurs œuvres sont mauvaises. Voici que je vous ai donné un délai de cent vingt ans pour qu’ils fassent pénitence et ils ne l’ont point faite.
Shemhazaï et Azaël – ce sont eux qui étaient tombés des cieux -, étaient sur la terre en ces jours-là et aussi après que les fils des grands s’en furent allés vers les filles des hommes et qu’elles leur eurent engendrés des enfants : ce sont ceux qui sont appelés les géants d’antan ».

La Bible annotée va dans le même sens et dit ceci : «  La sentence suivante : Ses jours seront de cent vingt ans, se rapporterait à un raccourcissement de la vie patriarcale par le retrait du souffle vivifiant de Dieu et n’aurait aucun rapport avec le déluge. Mais ce sens n’est pas possible, puisque, même après le déluge, nous trouvons encore toute une série d’hommes qui vivent jusqu’à un âge dépassant de beaucoup cette limite (Arpacsad : 438 ans, Sélah : 433, Héver :  464, etc.). Pour trouver le temps où les hommes ne dépassent pas 120 ans, il faudrait descendre jusqu’aux fils de Jacob (Joseph, 140 ans).
Cette détermination de temps ne peut donc se rapporter qu’au châtiment du déluge, jusqu’auquel s’écouleront 120 ans. C’est le délai de grâce accordé à l’humanité pour se repentir, comme les quarante jours accordés à Ninive et les quarante ans accordés à Israël après le meurtre du Messie en l’an 30 et la destruction du temple en 70 par Titus. Il faut donc prendre le terme d’Esprit de Dieu dans le sens moral et l’appliquer à la lutte de cet Esprit contre les penchants incorrigibles de l’humanité déchue, lutte qui va faire place au châtiment. »

Conclusion

Beaucoup ont cru, à cause d’une mauvaise interprétation de ce verset, que les jours de l’homme seraient considérablement réduits. Et c’est vrai qu’après le déluge, nous constatons une durée de vie limitée comme le patriarche Abraham qui vécut jusqu’à 175 ans, Isaac 180 ans et Jacob 147, son fils Joseph 110 ans et plus tard Moïse 120 ans. Mais la compréhension qu’il faut tirer de ce verset est plutôt celle-ci : Je retiendrai ma colère pendant cent vingt ans, et s’ils ne se repentent pas, j’amènerai sur eux le déluge. Le décret du déluge est un signe de jugement à venir. Cent vingt ans sont un sursis que Dieu laisse à l’humanité. C’est ainsi que pensait aussi saint Jérôme dans sesQuestions hébraïques sur la Genèse.
L’idée que Dieu laisse toujours un temps, un certain temps, pour que le pécheur se repente, est dans la Parole (2 Pi 3:9 ; Apoc 2:21), mais lorsque que le point de non-retour est atteint, le jugement n’est jamais très loin.

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