2 mars 2026
Alexandre Nanot

Jean 3.16 : Être perdu ou être détruit ?

CHOURAQUI : Oui, Elohîm aime tellement l’univers qu’il a donné son fils unique, afin que tout homme qui adhère à lui ne périsse pas, mais ait la vie en pérennité.

JEANNE D’ARC : Car Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné le Fils, l’unique-engendré, pour que tout homme qui croit en lui ne se perde pas, mais ait vie éternelle.

FC (1982) : Car Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que tout homme qui croit en lui ne meure pas mais qu’il ait la vie éternelle.

NFC : Car Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que toute personne qui croit en lui ne périsse pas mais qu’elle ait la vie éternelle.

SEMEUR (2015) : Oui, Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils, son unique, pour que tous ceux qui placent leur confiance en lui échappent à la perdition et qu’ils aient la vie éternelle.

PEUPLES : Oui, comme Dieu a aimé le monde ! Il a donné le Fils unique pour que celui qui croit en lui ait la vie éternelle et n’aille pas à sa perte.

R. P. de Carrière (1835) : Car Dieu a tellement aimé le monde, qu’il a donné son Fils unique, pour être immolé sur la croix afin que tous ceux qui croient en lui, comme en celui qui est la victime de propitiation par laquelle il peut obtenir la rémission de ses péchés, ne périssent point, mais qu’ils aient la vie éternelle.

TMN (2018) : Car Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que tous ceux qui exercent la foi en lui ne soient pas détruits mais aient la vie éternelle.

Que désigne le verbe ἀπόλλυμι – apolloumi ?

Nous allons aborder ici, par un simple exemple du verbe ἀπόλλυμι – apolloumi, la doctrine des châtiments « éternels », je mets “éternels” entre guillemets car ce mot peut nous jouer des tours. Nous verrons qu’une traduction peut être orientée.Disons premièrement, qu’au niveau de la doctrine, il existe au moins 3 écoles d’interprétation :

1) Ceux qui pensent que les condamnés seront tourmentés pour l’éternité.

2)  Ceux qui pensent qu’au final, après une purification par le feu, tous seront sauvés. C’est la position de l’universalisme.

3) Ceux qui pensent que le sort des méchants est de cesser d’exister. On appelle cela l’annihilationisme. La ruine éternelle signifierait être privé d’existence comme sanction perpétuelle. C’est la position des Témoins de Jéhovah et des Adventistes du 7e jour.

On constate donc que la traduction du monde nouveau a choisi de traduire le verbe ἀπόλλυμι – apolloumi par détruire alors qu’il signifie « être perdu ». Ce choix n’est pas anodin mais il est en lien avec leur position. Le verbe apollumi ne signifie pas l’annihilation ou le fait de cesser d’exister, mais plutôt la perte de la fonction ou du but pour lequel on a été créé.

On retrouve ce mot ou ce verbe apolloumi dans trois contextes majeurs chez Jean et les synoptiques :
Le premier est celui d’un objet égaré ou d’une personne perdue : Ce verbe même que l’on retrouve comme un refrain dans le chapitre de Luc 15. C’est le cas de la brebis perdue ou la drachme (Luc 15.4, 8). Elle existe toujours, mais elle n’est plus à sa place, elle est donc considérée comme « perdue » pour son propriétaire. Le fils cadet est perdu, bien que vivant, mais il est considéré comme étant perdu/mort car il est déconnecté de la présence du père, il a quitté la maison. Cette condition fait de lui un perdu. Luc 15.24 : parce que celui-là, mon fils que voici, était mort et il est revenu à la vie ; il était perdu et il est retrouvé !

Le second désigne une ruine matérielle : Comme une outre qui éclate et devient inutile. Matthieu 9.17 : On ne met pas du vin nouveau dans de vieilles outres, sinon les outres éclatent, le vin se répand et les outres sont perdues.

Enfin, c’est le sens de la perdition spirituelle : C’est le sens de Jean 3.16. Il s’agit d’une ruine spirituelle éternelle, un état de séparation définitive d’avec Dieu, être coupé de la source de la vie. Le terme « perdu » dans ce contexte définit la condition de rupture spirituelle totale et de jugement final, dont le Christ est venu précisément délivrer l’humanité. (Dieu a tant aimé le monde – afin que quiconque croit en Lui). Le verbe même agapèo veut dire que Dieu aime tous les êtres humains, d’une manière inconditionnelle, mais tous ne l’aiment pas en retour.

En théologie, l’annihilationisme ou « immortalité conditionnelle » est la doctrine selon laquelle les impénitents, les damnés, après avoir subi un jugement, subissent une destruction totale de leur être (corps et âme) plutôt qu’un tourment éternel conscient. Pour les annihilationistes, l’idée d’un tourment conscient et infini est une importation grecque étrangère à la pensée hébraïque, laquelle voit le jugement final comme une « seconde mort » (Apocalypse 20.14) signifiant l’annulation pure et simple de l’existence de l’être. Les termes grecs apolloumi (détruire) et olethros (ruine) selon eux, signifient l’arrêt de l’existence.

Parmi les théologien qui soutiennent l’annihilationisme, John Stott (1921-2011) est probablement le plus célèbre. Bien qu’il soit resté prudent, il a admis dans son dialogue avec David Edwards (Essentials : A Liberal-Evangelical Dialogue) que l’annihilationisme lui semblait plus conforme aux Écritures que les tourments éternels.

Nous voyons donc à partir de ce simple verset, qu’une traduction peut être orientée selon la position que le traducteur ou le comité de traduction adopte. D’où la nécessité de faire une école biblique ou de théologie pour connaître au minimum ces choses.

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