Jésus a-t-il vraiment existé ? Si oui, de quelle preuve disposons-nous ? Quelles preuves pourrions-nous apporter sur l’existence du Jésus historique à ceux qui en doutent ? Comment un philosophe tel que Michel Onfray en arrive à nier l’exisence du Jésus historique. Dans l’un des ouvrages sur sa Théorie de Jésus, Michel Onfray affirme que le Christ n’a pas existé réellement, mais « textuellement », sous la forme d’une idée. N’entrons pas dans des discours philosophiques, mais allons plus loin. Le théologien Daniel Marguerat dira que « Jésus est le personnage de l’Antiquité sur lequel on est le mieux documenté à la fois quantitativement et qualitativement ».
Hormis les livres saints qui composent le Nouveau Testament, aurait-on, à travers d’autres sources, la preuve que Jésus a bien existé ? Nous savons qu’un tel homme, et quel Homme, n’a pas pu être un simple personnage ordinaire ayant vécu au début de l’ère chrétienne. Le fait même d’employer « ère chrétienne » nous amène à considérer que déjà Jésus a marqué notre calendrier. Cet article cherche à répertorier les sources externes issues d’historiens, de personnages politiques et d’autres auteurs allant du Ie au VIIe siècle.
1. Les sources juives
Flavius Josèphe
L’écrivain juif Flavius Josèphe (37-100) a rédigé une histoire de son peuple, une œuvre magistrale composée de 20 livres. Son titre : Les Antiquités Juives, retrace l’histoire des Hébreux depuis les origines, à partir de la création d’Adam jusqu’à la douzième année du règne de Néron. La suite de l’histoire est racontée dans l’autre œuvre de F. Josèphe : La guerre des juifs contre les Romains. Cette œuvre, la deuxième, est un récit en sept livres qui couvre la période qui va de l’intervention d’Antiochos IV en Judée, qui eut lieu en 175 avant J-C, jusqu’à la chute de Massada en 74 après J-C.
Dans les antiquités juives, Flavius Josèphe évoque, dans un bref passage, la personne de Jésus. Ce passage est appelé communément le Testimonium flavianum (« Témoignage de Flavius »). Voici la traduction du texte grec tel qu’on le lit aujourd’hui dans les manuscrits des Antiquités Juives :
« À cette époque paraît Jésus, un homme sage, si toutefois il faut l’appeler un homme, car il faisait des miracles et était le maître des hommes qui reçoivent la vérité avec joie. Il attira à lui beaucoup de Juifs et de Grecs. Il était le Christ. Lorsque, sur la dénonciation de nos notables, Pilate l’eut condamné à la crucifixion, ceux qui l’avaient d’abord aimé ne cessèrent pas de le faire, car il leur apparut trois jours après, ressuscité, alors que les divins prophètes avaient annoncé cela et mille autres merveilles à son sujet. Et le groupe qu’on appelle d’après lui celui des chrétiens n’a pas encore disparu ».
Flavius Josèphe, Antiquités juives, XVIII, 63-64
Talmud de Babylone
Aussi surprenant que cela peut paraître, on trouve dans le Talmud de Babylone (env. VIe siècle), un passage évoquant là encore Jésus. Le Talmud de Babylone comprend 6 ordres ou livres. Le IVe, appelé Nézikin (les dommages) contient 10 traités et le 4ᵉ porte le titre de Sanhédrin, il s’intéresse plus particulièrement au droit criminel et pénal. Et c’est dans ce traité que l’on trouve ce passage :
« La tradition rapporte : la veille de la Pâque, on a pendu Yeshu. Un héraut marcha devant lui durant quarante jours disant : il sera lapidé parce qu’il a pratiqué la magie et trompé et égaré Israël. Que ceux qui connaissent le moyen de le défendre viennent et témoignent en sa faveur. Mais on ne trouva personne qui témoignât en sa faveur, et donc on le pendit la veille de la Pâque. Ulla dit : — Croyez-vous que Yeshu (dans les éditions plus tardives – Yeshu Hanotsri) était de ceux dont on recherche ce qui peut leur être à décharge ? C’était un séducteur ! et la Torah dit : tu ne l’épargneras pas et tu ne l’excuseras pas (Deutéronome 13.9)… Une tradition rapporte : Yeshu avait cinq disciples, Mattai, Naqi, Netser, Boni et Todah ».
Traité Sanhedrin 43a
Il n’est pas ici question de savoir si la vérité a subi quelques entorses, mais simplement de relever le fait historique du personnage Yeshua.
2. Les sources romaines
Tacite
Dans les Annales de l’historien romain Tacite, écrites vers 116, il est question d’un passage relatant la mise en cause des chrétiens lors de l’incendie de Rome en 64. Incendie qui fut vraisemblablement organisé par Néron lui-même, mais il condamna les chrétiens les prenant comme boucs-émissaires.
« Mais aucun moyen humain, ni largesses impériales, ni cérémonies expiatoires ne faisaient taire le cri public qui accusait Néron d’avoir ordonné l’incendie. Pour apaiser ces rumeurs, il offrit d’autres coupables, et fit souffrir les tortures les plus raffinées à une classe d’hommes détestés pour leurs abominations et que le vulgaire appelait chrétiens. Ce nom leur vient de Christ, qui, sous Tibère, fut livré au supplice par le procurateur Ponce Pilate. Réprimée un instant, cette exécrable superstition se débordait de nouveau, non seulement dans la Judée, où elle avait sa source, mais dans Rome même, où tout ce que le monde enferme d’infamies et d’horreurs afflue et trouve des partisans. On saisit d’abord ceux qui avouent leur secte ; et, sur leurs révélations, une infinité d’autres, qui furent bien moins convaincus d’incendie que de haine pour le genre humain. On fit de leurs supplices un divertissement : les uns, couverts de peaux de bêtes, périssent dévorés par des chiens ; d’autres mouraient sur des croix, ou bien ils étaient enduits de matières inflammables, et, quand le jour cessait de luire, on les brûlait en place de flambeaux. Néron prêtait ses jardins pour ce spectacle, et donnait en même temps des jeux au Cirque, où tantôt il se mêlait au peuple en habit de cocher, et tantôt conduisait un char. Aussi, quoique ces hommes fussent coupables et eussent mérité les dernières rigueurs, les cœurs s’ouvraient à la compassion, en pensant que ce n’était pas au bien public, mais à la cruauté d’un seul, qu’ils étaient immolés. »
TACITE – Annales, livre XV, 44
Pline le jeune
Pline le Jeune, qui fut gouverneur de Bithynie et du Pont (au nord de l’Asie Mineure sur la Mer Noire), écrit en l’an 110-112 à l’empereur Trajan pour lui demander conseil : les chrétiens lui posent des problèmes et il hésite sur la politique à suivre. Dans sa lettre, il parle du Christ (chrestos) en des termes supposant que l’empereur connaît parfaitement le personnage dont le message occasionne ces troubles.
« D’ailleurs, ils [les chrétiens] affirmaient que toute faute, ou leur erreur s’était bornée à avoir l’habitude de se réunir à jour fixe avant le lever du soleil, de chanter entre eux alternativement un hymne au Christ comme à un dieu, de s’engager par serment non à perpétrer quelque crime, mais à ne commettre ni vol, ni brigandage, ni adultère, à ne pas manquer à la parole donnée, à ne pas nier un dépôt réclamé en justice ; ces rites accomplis, ils avaient coutume de se séparer et de se réunir encore pour prendre leur nourriture, qui, quoi qu’on dise, est ordinaire et innocente […]. »
Suétone
Dans ses Vies des douze Césars, vers 120, Suétone écrit au sujet de Claude (41-54) :
« [Claude] chassa de la ville les juifs qui se soulevaient sans cesse à l’instigation d’un certain Chrestus ».
Cette expulsion s’est déroulée vers l’an 50, environ vingt ans après la mort de Jésus. « Christus » et « Chrestos » sont deux mots différents, l’un signifiant « l’oint » (désignant une personne consacrée), l’autre se traduisant par « le bon » et faisant parfois office de nom propre. Sous Claude, Suétone mentionne les « juifs » alors qu’ici, il mentionne les « chrétiens » dans le livre sur la vie de Néron (54-68) :
« [Néron] livra aux supplices les chrétiens, race adonnée à une superstition nouvelle et coupable. »
Suétone, Vie de Néron, XVI, 3
Les lettres d’Adrien (117-138)
La première, écrite vers 125, est adressée au proconsul d’Asie :
Si donc les habitants de la province peuvent soutenir ouvertement cette pétition contre les chrétiens, de manière à ce que l’affaire soit plaidée devant le tribunal, qu’ils se servent de ce seul moyen, et non pas de pétitions ou de simples cris.
La seconde lettre, datée de 133-134, est adressée au consul Servianus :
[…] ceux qui adorent Sérapis font comme les chrétiens et ceux qui se prétendent évêques du Christ sont des fidèles de Sérapis… Même le patriarche lorsqu’il se rend en Égypte est contraint par les uns d’adorer Sérapis et par les autres le Christ… Ils n’ont qu’un seul dieu, l’argent, qu’adorent les chrétiens, les Judéens ainsi que toutes les autres catégories de population.
3. Les sources grecques
Phlégon de Tralles
Quelques années après Josèphe, Phlégon, un affranchi de l’empereur Hadrien (117-138), composa, pour satisfaire la curiosité de son empereur, une œuvre en seize livres dans laquelle il collectionne les faits merveilleux qui ont jalonné l’histoire du monde. Nous ne possédons malheureusement plus cette œuvre, mais nous savons, par des citations qu’en ont fait les anciens auteurs chrétiens ou par leur allusion, que Phlégon mentionnait le tremblement de terre et les ténèbres qui suivirent la crucifixion de Jésus, qui arrivèrent sous l’empire de Tibère. Passage cité dans les Évangiles en Matthieu 27.51 et Luc 23.44. (Source : Phlégon, Origène, Contre Celse II.14.33.59)
Claude Galien
Un peu plus tard, un certain Claude Galien (129-201), célèbre médecin et ami de l’empereur Marc Aurèle, s’exprime au sujet des chrétiens dans un texte conservé en arabe. Il y fait preuve d’une remarquable tolérance, regrettant seulement le caractère entier de la foi qui les attache aveuglément à l’autorité spirituelle de leur fondateur : Pour lui, le Christ est, comme Moïse, un maître digne d’être écouté. (Source : Galien, R. Waltzer – Galen on Jews and Christians – 1949, p.15)
Lucien de Samosate
Reconnu comme satiriste grec de la seconde moitié du deuxième siècle, Lucien de Samosate laissa libre cours à sa dérision à l’encontre de Christ et des chrétiens, mais il ne contesta jamais leur existence :
« Vous savez, dit-il, les chrétiens adorent à ce jour un homme, le personnage distingué qui introduisit leurs nouveaux rites et qui fut crucifié pour cette raison… Vous voyez, ces créatures égarées ont la conviction générale qu’ils sont immortels à jamais, ce qui explique leur mépris de la mort et leur dévotion volontaire, si courants parmi eux. Leur législateur original les a convaincus qu’ils sont tous frères à l’instant où ils se convertissent. Ils renient les dieux de la Grèce, adorent le sage crucifié et vivent selon ses lois. Ils acceptent tout ceci par la foi, avec pour résultat qu’ils méprisent tous les biens du monde, méprisables à leurs yeux ».
Lucien de Samosate, La mort de Pérégrinus, 11-13
4. Autres sources
Mara bar Sérapion (Début du IIe siècle)
Mara est connu pour avoir été un philosophe stoïcien syriaque né en 50 après J.-C. On sait que vers 73 après J.-C., il écrivit une lettre à son fils, l’exhortant sur la sagesse et le destin tragique des sages tels que Socrate, Pythagore et un personnage qui semble énigmatique appelé « Roi Sage », qui aurait été injustement persécuté par les siens. Mara dit que les Juifs ont assassiné le « Roi Sage ». Mara ajoute que Dieu a apporté la désolation et qu’ils ont été « expulsés de leur royaume et chassés dans tous les pays ». Mara termine en disant que le « Roi Sage » et les autres ne sont pas vraiment morts, Socrate n’est pas mort parce que Platon était encore là, Pythagore n’est pas mort grâce à la statue d’Héra, et le « Roi Sage » n’est pas mort grâce aux « nouvelles lois qu’il a promulguées ». Tout porte à croire que Mara faisait référence à Jésus.
Le Coran
La rédaction du Coran ne remonte pas au-delà du VIIe siècle, mais l’on retrouve des échos de traditions antérieures. On y trouve des passages de Jésus, mais sous le nom de ‘Îsâ (Jésus), cité dans pas moins de 10 sourates différentes et son nom reviendrait au moins 25 fois. Les passages décrivent ‘Îsâ comme un prophète et le fils de Marie.
Les anges dirent : O Marie ! Dieu t’annonce la bonne nouvelle d’un Verbe émanant de lui. Son nom est : le Messie, Jésus, fils de Marie ; illustre en ce monde et dans la vie future ; il est au nombre de ceux qui sont proches de Dieu. Dès le berceau, il parlera aux hommes comme un vieillard ; il sera au nombre des justes. Elle dit : Mon Seigneur ! Comment aurais-je un fils ? Nul homme ne m’a jamais touchée. Il dit : Dieu crée ainsi ce qu’il veut lorsqu’il a décrété une chose, il lui dit : Sois ! Et elle est. Dieu lui enseignera le livre, la Sagesse, la Thora et l’Évangile ; et le voilà prophète, envoyé aux fils d’Israël.
(Coran 3,35-49).
Nous les avons punis parce qu’ils n’ont pas cru, parce qu’ils ont proféré une horrible calomnie contre Marie et parce qu’ils ont dit : Oui, nous avons tué le Messie, Jésus, fils de Marie, le Prophète de Dieu. Mais ils ne l’ont pas tué ; ils ne l’ont pas crucifié, cela leur est seulement apparu ainsi. Ceux qui sont en désaccord à son sujet restent dans le doute ; ils n’en ont pas une connaissance certaine ; ils ne suivent qu’une conjecture ; ils ne l’ont certainement pas tué, mais Dieu l’a élevé vers lui : Dieu est puissant et juste.
(Coran 4,156-158).



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