Par le Pasteur Jean-Marc Thobois
Septembre 1997 – Magazine Expérience n° 108
« Souvenez-vous des prisonniers comme si vous étiez vous-mêmes en prison avec eux et de ceux qui sont maltraités comme étant, vous-mêmes aussi, dans un corps. » (Hébreux 13:3)
Telle est la recommandation donnée par l’auteur de l’Épître aux Hébreux aux destinataires de sa missive. De son temps, les persécutions, hélas, n’étaient pas rares et le Nouveau Testament évoque souvent de telles situations. Aussi insiste-t-il en maints endroits sur l’attitude à adopter vis-à-vis de ceux qui sont persécutés et de ceux qui sont opprimés injustement quelle qu’en soit la raison.
Je te libère
Déjà dans l’Ancien Testament, Dieu se révèle comme le libérateur qui vient prendre un peuple esclave pour le conduire dans la liberté.
À Moïse, Dieu se révèle en ces termes : « J’ai vu la détresse de mon peuple d’Israël en Égypte, j’ai entendu ses plaintes contre ses oppresseurs, j’ai pris conscience de ses souffrances et je suis descendu pour le délivrer de la main des Égyptiens. » (Exode 3:7-8)
Moïse est alors envoyé par Dieu pour libérer le peuple. Sur le mont Sinaï, Dieu parle en ces termes : « Je suis l’Éternel ton Dieu qui t’ai libéré d’Égypte et de la maison des esclaves. »
Pour les sages d’Israël, on peut comprendre cette expression comme un présent. Dieu promet à son peuple de continuer à le libérer de tous les esclavages parce qu’il est le Dieu libérateur.
C’est aussi pour cette raison qu’Abraham est allé au secours de son neveu Lot, emmené en esclavage par le roi Kedorlaomer (Genèse 14:14-16). Parce que Lot était son parent, Abraham n’a pas hésité à le libérer et en a pris les moyens. Il n’est pas resté passif et n’a accepté que Lot et sa famille demeurent en esclavage. Cette attitude d’Abraham nous ouvre une piste de réflexion intéressante si nous la transposons dans le domaine de la persécution, notamment à la lumière de Proverbes 24:11-12 : « Délivre ceux qu’on traîne à la mort et sauve ceux qui vont chancelant au supplice. Si tu dis : nous n’en savions rien, celui qui pèse les cœurs ne le discerne-t-il pas ? Celui qui veille sur ton âme ne le saura-t-il pas et ne te rendra-t-il pas selon tes œuvres ? »
Quant à Isaïe 58:6, il évoque le jeûne auquel l’Éternel prend plaisir : « Le jeûne que je préconise, n’est-ce pas plutôt ceci : détacher les chaînes de la méchanceté, dénouer les liens du joug, renvoyer libres ceux qu’on écrase, et rompre tout joug ? »
Brise les chaînes de l’oppression
À l’époque du Nouveau Testament, les premiers chrétiens ont eu cette attitude vis-à-vis de leurs frères persécutés. Ainsi Saul de Tarse, persécuté par le roi Arétas, fut sauvé par les chrétiens de Damas qui le firent descendre dans une corbeille le long de la muraille. (Actes 9:25 ; Galates 1:23)
De même quand Pierre fut arrêté par Hérode Agrippa : « L’église ne cessait d’adresser à Dieu des prières pour lui. » (Actes 12:5 et 12)
Plus tard, Paul, qui connut si souvent la persécution, demande aux chrétiens de Rome de prier « pour qu’il soit délivré des incrédules de Judée. » (Romains 15:31)
La Bible souligne donc que la puissance de la prière est capable d’ouvrir les portes des prisons les plus hermétiquement closes. Dans certains cas, c’est la seule réponse possible ; mais parfois la prière peut s’accompagner d’une action comme ce fut le cas des frères de Damas à l’endroit de Saul de Tarse.
Le texte d’Hébreux 13:3, où l’auteur dit : « Souvenez-vous des prisonniers », est vraisemblablement à prendre dans le sens que lui donne l’Ancien Testament. Quand Dieu se souvient de quelqu’un, c’est pour lui faire du bien, pour le sauver, le libérer. Se souvenir des prisonniers et des persécutés est, certes, d’abord de ne pas les oublier, ce qui est la tendance naturelle de l’homme charnel lui-même en liberté, mais c’est aussi une invitation à tout faire pour les encourager, les soulager et si possible les libérer. C’est la même pensée que nous trouvons en Matthieu 25:36 : « J’étais en prison et vous êtes venus vers moi. »
À Timothée, Paul exprime sa douleur d’avoir été abandonné par les frères alors qu’il est en prison. Par contre, avec quelle chaleur remercie-t-il les Philippiens qui ont pris la peine de le secourir dans des circonstances identiques (Philippiens 4:10). Il espère bien leur être rendu, grâce à leurs prières (Philémon 22).
Parfois, alors qu’il était en prison, Paul eut de nombreuses visites (Actes 28:30). Lors de sa deuxième captivité à Rome, Paul rend grâce à Dieu pour la consolation que lui a apportée la famille d’Onésiphore qui l’a souvent aidé et fortifié (2 Timothée 1:17-18) à la différence de tant d’autres qui l’ont abandonné.
Prier et agir sont donc les deux attitudes normales requises par la Bible à l’endroit des frères qui souffrent. La prière persévérante du juste, nous dit Jacques, a une grande efficacité et elle est l’arme première et essentielle du chrétien dans tous les domaines, y compris pour la délivrance des persécutés. Mais l’importance de la prière n’exclut pas l’action quand elle est possible et prier ne peut jamais être une excuse pour ne rien faire. La Bible dit ailleurs que celui qui sait faire le bien et ne le fait pas commet un péché.
Brise toute espèce de joug
Mais si notre compassion doit aller en priorité aux frères persécutés, elle ne doit pas se borner à eux. Paul en Galates 6:10 déclare : « Pratiquons le bien envers tous et particulièrement envers les frères en la foi. » Ainsi le chrétien doit se préoccuper de toutes les injustices. Comme le déclarait le prophète Isaïe dans le texte cité plus haut : « Détache les liens de tous les jougs. ». Matthieu 25, dans lequel Jésus définit les critères par lesquels seront jugés les hommes au dernier jour, déclare : « Chaque fois que vous avez fait ces choses au plus petit de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait. »
Si donc il existe une priorité naturelle envers les chrétiens persécutés, la compassion du chrétien va bien évidemment vers tous les opprimés, pour ceux qui souffrent et avec lesquels le Christ s’est identifié comme il l’a montré aussi dans la parabole dite « du bon Samaritain ». Jésus, après avoir dénoncé le comportement du sacrificateur et du lévite, amène le docteur de la loi à reconnaître que le Samaritain abhorré a accompli le commandement : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même », « Va, et toi, fais de même », lui dit Jésus. N’est-ce pas la même parole qu’il nous adresse à nous aussi aujourd’hui ?



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