Récemment, une vidéo m’a été partagée sur l’utilisation de la bible éthiopienne par un leader charismatique. En effet, le “Pr GeorDavie” (le père spirituel tanzanien de Kathryn Krick) a été pris en flagrant délit de promotion de la vaste escroquerie des « Bibles éthiopiennes » qui inonde Amazon et les réseaux sociaux : des ouvrages bon marché générés par IA prétendant contenir des livres perdus, des textes d’Hénoch censurés et des révélations secrètes que la Bible du roi Jacques et les Églises occidentales auraient soi-disant supprimé. Tapez « bible éthiopienne » sur votre barre de recherche Amazon et vous verrez vous-mêmes. Des titres accrocheurs comme « Procurez-vous dès maintenant La Bible Éthiopienne Complète en français et accédez à l’un des héritages bibliques les plus complets conservés jusqu’à nos jours ». On trouve sur Amazon beaucoup de Bibles éthiopiennes, mais qui sont davantage des éditions personnelles à but commercial, mais aucune provenant d’une maison d’édition sérieuse.
Qu’est-ce donc que cette bible ? D’où vient-elle ? Ces bibles que l’on trouve sur les plateformes marchandes sont-elles fiables ou a-t-on à faire à une vraie arnaque ?
Le canon des livres à travers les dénominations
La Bible de l’Église orthodoxe éthiopienne contient bien 81 livres, ce qui en fait le canon chrétien le plus vaste et le plus complet. Elle est traditionnellement écrite en guèze, la langue liturgique ancienne de l’Éthiopie.
La Bible juive n’a retenu que 39 livres reconnus comme inspirés.
Les bibles protestantes ont 66 livres dans leur canon biblique (39 + 27).
Les catholiques en possèdent 75 livres (39 + 9 + 27).
Les bibles dites œcuméniques et éthiopiennes telles que la TOB 2010 ont finalement 81 livres.
Dans les bibles catholiques, on trouve systématiquement ces 8 livres appelés deutérocanoniques par les catholiques et apocryphes par les protestants.
- Judith
- Tobie
- 1 Maccabées
- 2 Maccabées
- Baruch + lettre de Jérémie
- Sagesse de Salomon (de Ben Sira)
- Ecclésiastique ou Siracide
- Ajoutons Esther grec (107 versets)
- Daniel grec (comprenant un chapitre 13 : Suzanne ; un chapitre 14 : Bel et le dragon et un long chapitre 3 : Le Cantique des trois enfants n’est pas un livre indépendant, mais une section de Daniel.)
Les orthodoxes ajoutent 6 livres supplémentaires à leur canon :
- 3 Esdras
- 4 Esdras
- 3 Maccabées
- 4 Maccabées
- Prière de Manassé
- Psaume 151
Et ça s’arrête là ! Tout autre ajout n’a pour motivation que l’appât du gain, de propager de fausses doctrines ou de prétendre proposer la bible la plus complète. Les 16 livres ajoutés ne sont pas pour autant dangereux ou à bruler, mais utiles pour l’instruction. Il faut nuancer. Ils n’ont et ne seront jamais reconnus comme inspirés au même titre que les 66 livres. Ils n’ont ni la force, ni l’autorité des Écritures (2 Timothée 3:16).
Le canon de la Bible pour les 27 livres NT a été fixé définitivement en 367 dans une lettre d’Athanase. Ce canon ne s’est pas fait en un jour, mais c’est l’aboutissement d’une succession de concile. Le Concile de Laodicée (363) a déclaré que seul l’Ancien Testament (y compris les 9 livres apocryphes) et les 26 livres du Nouveau Testament devaient être lus dans les églises (L’Apocalypse n’était pas encore retenue). Ceci dit Athanase ajoutera dans sa lettre : « Pour vous fortifier davantage, je vais ajouter à ce que j’ai dit cet autre mot nécessaire : il y a d’autres livres en dehors de ceux-là, ils n’ont pas été canonisés, mais définis par nos pères afin que les lisent ceux qui sont récemment entrés et qui désirent apprendre le discours de la piété : la Sagesse de Salomon, la Sagesse du fils de Sirach, Esther, Judith, Tobie, la Didaché des Apôtres – et encore le Pasteur (d’Hermas) ». Non pas qu’Athanse les reconnaisse comme inspirés, mais il en encourage la lecture.
Venons-en à ces bibles dites “éthiopienne”. Voici le détail complet et structuré de ce que contiennent ces bibles douteuses que l’on trouve sur Amazon. Elles sont toutes des traductions générées par l’IA et vérifiables par 5 indices, de plus, les auteurs sont souvent des pseudos dont on ne sait rien sur eux. Certaines ont 180 livres au sommaire voir pour d’autres modèles 201 livres. Comment de 66 livres, on peut passer à 180 voir 200. Il n’y que regarder la table des matières et, oh surprise, nous constatons la présence de certains écrits intertestametaires (Ces écrits sont a situé entre Malachie, le dernier des prophètes et la venue de Jean le baptiste), à cela s’ajoute des écrits gnostiques dont le plus connu est l’Évangile de Thomas ainsi que bon nombre de livres apocryphes chrétiens (on en trouve pas moins de 70). Je vous laisse regarder la quatrième de couverture. (photo ci-dessous).
Le mot bible est piégé dans le sens où il désigne une bibliothèque, une compilation de plusieurs livres. D’où parfois l’appellation de « Sainte Bible » pour parler des 66 livres, par opposition à d’autres livres non reconnus, mais tout en prenant garde de ne pas voir dans l’adjectif « saint » quelques chose de sacré ou magique, mais comme étant « mise à part ». Donc, une Bible contenant les 66 livres pourra s’appeler « sainte Bible ».

La suite ressemble à une approche gnostique, avec la possibilité de pouvoir accéder à quelque chose de plus spirituel, de mystique, comme si la révélation transmise dans le Nouveau Testament n’était pas suffisante.

Il est donc important de mettre en garde quiconque voudrait faire des enseignements bibliques, de la théologie ou sortir des doctrines à partir des livres présents dans ces bibles éthiopiennes, l’exception des 66 livres inspirés. Ces autres livres sont tous classés parmi les apocryphes, à cause des sources douteuses d’où elles proviennent et de leur enseignement gnostique, hérésies combattues par l’Église dans les trois premiers siècles. Malheureusement, comme beaucoup ignorent l’histoire, on retombe toujours dans l’hérésie, comme le modaliste niant le dogme de la Trinité.


0 commentaires