Ce verset a donné suite à plusieurs interprétations. La question que l’on va se poser est : quel est donc ce rocher sur lequel Jésus fait allusion suite à la déclaration de Pierre ?

Certaines traductions ne rendent pas facilement compréhensible le jeu de mot qui se trouve en hébreu. Alors penchons-nous sur ce verset. Jésus se trouve avec ses disciple à Césarée de Philippe, au nord de la Galilée, au pied du mont Hermon. Nous sommes à quelques jours de sa crucifixion et après avoir entendu tous ses enseignements, vu tous les miracles, les guérisons, les délivrances et même des résurrections, Jésus va leur poser cette question : Qu’est-ce que les gens disent de moi ? Les réponses sont diverses : Jean-Baptiste, le prophète Jérémie, d’autres disent Elie. Mais ce qui intéresse Jésus, entouré de ses douze disciples, c’est ce que eux, après ces trois années passées ensemble, pensent de lui. Simon-Pierre s’exprime sans se faire attendre : Tu es le Christ ou le Messie, le Fils du Dieu vivant.
Cette affirmation, lui dit Jésus, ne vient pas de ta propre intelligence mais c’est mon Père, qui est dans le cieux, qui te l’a révélée. La suite est plus précisément ce qui nous intéresse, mais voyons comment certaines bibles rendent ce passage :

TMN : De plus, moi je te dis : Tu es Pierre, et sur ce rocher je bâtirai mon assemblée

PLÉIADE : Et moi je te dis que tu es Pierre, et sur cette roche je bâtirai mon église

CHOU : Mais moi-même je te dis : Tu es Petros – Pierre -, et sur cette pierre – petra – je bâtirai ma communauté

BJC : Et je te dis encore : Tu es Kéfa [ce qui signifie ‘pierre’] et sur cette pierre je bâtirai ma Communauté

PdeBeaumont : Eh bien ! moi je te dis: Ton nom est Roc; sur ce roc je construirai mon Église

BAN : Et moi aussi je te dis que tu es Pierre et que sur ce roc-là je bâtirai mon Église

OSTV2018 : Et moi, je te dis aussi que tu es Pierre, et que sur ce rocher je bâtirai mon Église

SEG1975 : Et moi, je te dis que tu es Pierre, et que sur ce roc je bâtirai mon Église

De ce passage, trois interprétations sont généralement données :

  • La pierre n’est autre que Pierre
  • Cette pierre concerne la personne de Jésus-Christ
  • Cette pierre est la confession de Pierre

Vous avez lu, nous trouvons roc, roche, rocher, pierre. En grec :  » tu es Petros (masculin), un caillou, et sur cette pétra (féminin), sur ce rocher, je bâtirai… » On voit bien que Matthieu a employé en grec ces deux synonymes de manière à ce que l’un soit un nom propre, l’autre un nom commun.

Au XVIe siècle, alors que les protestants créent une division au sein du catholicisme, toute une remise en question de l’interprétation de certains passages vont être revus par les deux grandes figures de la Réforme. Ce passage remet en question la légitimité du pape. Calvin dira que ce rocher est la foi de Pierre en la nature messianique et la divinité de Christ. Luther, quant à lui, affirme que c’est la personne même du Christ.

1. Point de vue catholique

De ce passage, l’église catholique a fondé la doctrine selon laquelle Pierre aurait la primauté. Pierre et ceux qui lui succéderait auraient l’autorité et la charge de mener l’Église. La charge de Pierre serait, dès lors, transmise de pape en pape. Ceci signifie que le pape actuel est le successeur de l’apôtre Pierre. Ça, c’est que l’église catholique enseigne:

Nous croyons que, c’est à Pierre et tous ses successeurs, les papes, que le Christ a confié l’autorité suprême sur l’Église.

Jusqu’en 325, le seul titre est celui d’évêque de Rome. Le titre de pape n’est pour la première fois attesté pour désigner l’évêque de Rome que sous Marcellin (296-304). L’Annuario pontificio, édité chaque année sous ce nom par le Vatican depuis 1912, est considéré comme ayant la plus haute autorité. L’Annuario pontificio se garde de compter les papes : François y apparaît comme le 266e pape.

La Bible Annotée relève : Qu’y a-t-il dans ce fait qui puisse donner le moindre prétexte aux inventions absurdes et impies de l’Église de Rome ? Un apôtre n’a point de successeurs, Pierre n’a point fondé l’Église de Rome et n’en fut jamais l’évêque; mais l’eut-il été, la prétention des papes à hériter de son rang et de beaucoup plus encore, constitue une impiété. Paul sans doute ne craint pas de montrer l’Église bâtie « sur le fondement des apôtres, » mais il a soin d’ajouter que Jésus-Christ en reste « la pierre angulaire » (Éphésiens 2.20 ; comparez Matthieu 21.42), le seul fondement divin que l’on puisse poser. (1 Corinthiens 3.11 ; 1 Pierre 2.6)

2. La pierre est le Christ

La thèse qui veut voire dans cette pierre la personne de Jésus-Christ, repose sur un certain nombre de versets comme ceux-ci :

Ps 118.22 : La pierre qu’ont rejetée ceux qui bâtissaient est devenue la principale de l’angle.

Éphésiens 2.20 : Vous avez été édifiés sur le fondement des apôtres et des prophètes, Jésus-Christ lui-même étant la pierre de l’angle.

1 Corinthiens 3.11 : Car personne ne peut poser un autre fondement que celui qui a été posé, savoir Jésus-Christ.

3. La pierre est la confession

Tu es le Christ ou le Messie, le Fils du Dieu vivant ! C’est bel et bien sur cette confession que Pierre vient de faire que Jésus veut établir son Église. Feront donc partie intégrante de l’Église tout ceux qui confesseront que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu. Cette déclaration était par ailleurs la seule admise pour être baptisé. Notez la condition qu’en donne Philippe face à l’éthiopien : Qu’est-ce qui empêche que je sois baptisé ? Philippe dit : « Si tu crois de tout ton cœur, cela est possible. » L’eunuque répondit : « Je crois que Jésus-Christ est le Fils de Dieu. » Actes 8.37

Les Pères de l’Église ou Pères Apostoliques avaient une préférence pour cette interprétation. Certes, non pas tous, mais la plus grande majorité d’entre eux. Sur 61Pères principaux, 17 voient dans cette pierre l’apôtre Pierre, alors que les 44 autres défendent l’opinion de la confession comme St Justin, St Augustin, Athanase, St Jérôme, Origène ou Cyrille de Jérusalem, à savoir que Jésus-Christ est cette pierre.

Conclusion

Ce que Jésus veut dire d’une manière plus explicite, c’est : Tu es Pierre – Pétros, c’est-à-dire un caillou ou une pierre, et que sur ce rocher- Pétra, c’est-à-dire cette déclaration que tu viens de faire, sur cette déclaration reposera le fondement de l’Église. Pour tous ceux qui confesseront, après Pierre, que Jésus est le Messie, le Roi d’Israël. Et pourquoi le roi d’Israël ? Parce que lorsque nous disons Christ, c’est une décalque de l’hébreu de machiah – messie. Dire « Jésus-Christ » équivaut en hébreu à Yeshoua Hamachiah, or le messie ou le machiah, c’est celui qui est oint comme Roi d’Israël.