11 juin 2026
Alexandre Nanot

Tite 3.13 : Zénas, le nomikos

Voyons d’abord quelques traductions : 
S21 (2007) : Aide avec empressement Zénas, l’expert de la loi.
Bayard (2001) : Occupe-toi avec soin du départ de Zénas, l’homme de loi.
Colombe (1978) : Aie soin de pourvoir au voyage de Zénas, le docteur de la loi.
NFC (2019) : Aie soin de fournir à Zénas, le spécialiste de la loi.
Chouraqui (1985) : Pourvois soigneusement au voyage de Zènas, maître en tora.
TOB (2010) : Veille avec zèle au voyage de Zénas le juriste. 
Maredsous (1968) : Occupe-toi avec soin du voyage du juriste Zénas.
FC (1982) : Aie soin d’aider Zénas l’avocat
PDV (2000) : Occupe-toi bien du voyage de Zénas l’avocat.
NTB (2026) : Prends bien soin du voyage de Zénas, l’expert en droit.

Alors que je poursuivais mon travail de traduction du Nouveau Testament, je suis arrivé à ce verset de Tite 3:13. J’ai consulté plusieurs traductions pour avoir une idée de ce que l’on pouvait trouver et j’ai vite constaté qu’il y avait deux groupes, donc deux possibilités de traductions du mot nomikos qui définit ce qui était Zénas. J’ai en quelque sorte écrit cet article pour justifier mon choix dans la NTB.

Le mot nomikos est un adjectif dérivé de deux racines grecques : νόμος – nomos : la loi, la règle, la coutume et la forme suffixée en -ικός -ikos indique la capacité, l’aptitude ou la fonction relative à l’action. Littéralement, nomikos signifie « Qui est propre à établir des lois » ou « relatif à la législation ».
Ce terme revient neuf fois dans le NT : Mt 22.35 ; Luc 7.30 ; 10.25 ; 11.45-52 (3 fois) ; 14.3 ; Tite 3.9 et 13.

La question porte sur le terme grec nomikos. S’agit-il d’un juif expert en torah ou bien d’un expert en droit romain ? Le personnage en question est mentionné exclusivement dans l’Épître de Paul à Tite. Nous sommes ici dans le monde gréco-romain et l’homme s’appelle Zénas, un nom équivalent à Zénon ; probablement une abréviation de Zénodore = don de Zeus. Zénas serait donc un grec converti à la foi en Jésus.

Dans les Évangiles, comme au sein du judaïsme de l’époque, il n’y a pas vraiment de différence pour les Juifs entre la torah et le droit, car les deux sont confondus. Il est évident qu’il y a de la législation dans la torah et parmi le clan des Pharisiens se trouvaient ceux qu’on appelait les “experts en Torah”. (Mt 22.34-35 ; Lc 7.30 ; 11.43-45 ; 14.3). On trouve chez Matthieu un nomikos – un expert en Torah (un docteur de la Loi) qui tente de piéger Jésus : 

Matthieu 22.35 (NTB) : Et l’un d’entre eux, un expert en torah (nomikos), l’interrogea pour le mettre à l’épreuve : Maître, quel est dans la Torah le plus grand commandement ?

Or le terme était, lui aussi, employé dans la culture grecque. Les papyrus de l’époque montrent que nomikos était le terme officiel pour désigner un avocat, un jurisconsulte ou un notaire romain. Les linguistes penchent donc majoritairement pour dire que Zénas était un juriste civil chrétien ; on peut y voir un avocat ou bien un notaire, et non un rabbin ou un expert de la Torah.

Zénas est le seul « expert en droit » mentionné nommément dans le corpus paulinien. S’il est un juriste grec/romain, cela montre l’infiltration de l’Évangile dans les classes professionnelles instruites. Mais s’il est un scribe juif, cela montre la continuité entre la connaissance de la Loi et la foi au Christ. 

Zénas dans les Écrits apocryphes chrétiens.

Il existe un écrit apocryphe, daté du IIe siècle, intitulé les Actes de Paul et Thècle où il est question d’un Zénas. 

  1. Or, comme Paul montait à Iconium, après sa fuite d’Antioche … 2. Un homme, nommé Onésiphore, ayant entendu dire que Paul allait arriver à Iconium, sortit avec ses fils Sémaia et Zénas, ainsi qu’avec sa femme Lectra à la rencontre de Paul afin de l’accueillir chez lui. Tite, en effet, lui avait décrit quel était l’aspect extérieur de Paul ; car il ne le connaissait pas physiquement, mais seulement spirituellement. 

Il est très probable que l’auteur des Actes de Paul ait puisé le nom de Zénas (ainsi que celui d’Onésiphore, mentionné en 2 Timothée 1:16) dans les Épîtres Pastorales pour donner une impression d’historicité et de continuité avec les textes pauliniens connus, tout en lui attribuant un nouveau rôle familial dans cette fiction hagiographique. 

Source  : Les Écrits apocryphes chrétiens, vol. 1 – Bibliothèque de la Pléiade

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