Deutéronome 22.22 : Si l’on surprend un homme en train de coucher avec une femme mariée, tous les deux, l’homme et la femme, seront mis à mort. Ainsi vous ferez disparaître du milieu d’Israël la souillure qu’entraîne le mal.
23 Si une jeune fille vierge est fiancée à quelqu’un et qu’un autre homme la rencontre dans la ville et couche avec elle,
24 vous les amènerez tous les deux à la porte de la ville et vous les ferez mourir à coups de pierres. La jeune fille mourra parce qu’elle n’a pas appelé au secours, bien que cela se soit passé en ville, et l’homme parce qu’il a déshonoré la femme de son prochain. Ainsi vous ferez disparaître du milieu de vous la souillure qu’entraîne le mal.
25 Mais si c’est en pleine campagne que l’homme trouve la jeune fille fiancée et qu’il la viole, lui seul sera mis à mort.
26 Vous ne ferez rien à la jeune fille, car elle n’a pas commis de faute qui mérite la mort. En effet, elle s’est trouvée dans le même cas que lorsqu’un homme attaque son prochain et le tue.
27 Puisque c’est en plein champ que l’homme l’a rencontrée, elle aura eu beau crier, personne n’est venu à son secours.

En lisant ce passage, nous découvrons trois cas de figure qui commencent par un « SI » ; c’est souvent ainsi que procède la Torah. Elle expose toujours le cas d’un geste ou d’une action volontaire ou préméditée et le cas involontaire. Les sanctions ne sont pas les mêmes suivant les cas. Celui qui a prémédité d’assassiner son prochain sera plus sévèrement puni que celui qui tue son prochain accidentellement – homicide involontaire. Cet exemple est largement développé dans le cas d’un propriétaire de bœuf (Exode 21. 28-36).

Mais venons-en au fait. Le premier cas, au v.22 est un adultère avec consentement de la femme mariée. La sanction peut paraître très dure mais cela devait empêcher la contamination au sein du peuple d’Israël. Ce cas est exposé devant Jésus dans le ch.8 de l’évangile de Jean sous le régime d’une Nouvelle Alliance instaurée par le Messie, alors que la grâce prédomine sur la loi. Mais dans ce cas, où est donc cet homme, il n’est nullement fait mention de lui, aurait-il là encore pris la porte de secours et fui ?

Le deuxième cas, v.23, est identique au premier à la différence que l’homme et la jeune fille vierge fiancée ont, couché ensemble. La sanction est lourde de conséquence.

Le troisième cas qui nous occupe, le v. 25 à 27 est celui d’un homme qui viole une jeune fille, elle a beau crier, se défendre, personne n’a pu la secourir. Telle une bête assoiffée, cet homme n’a cherché qu’à assouvir sa pulsion, sans respect, ni maîtrise de lui-même. Il va infliger à une jeune fille un coup mortel, en son corps d’une part, mais surtout dans son âme. Le psychanalyste hongrois Sador Ferenczi parle de l’inceste comme « d’un meurtre sans cadavre ». Il confirme ce que dit la Torah. La Torah est très claire mais selon les traductions, cela peut -être mal rendu :

COL : Tu ne feras rien à la jeune fille ; la jeune fille n’est pas coupable d’un péché passible de mort;
c’est comme si un homme se dressait contre son prochain pour lui ôter la vie.

SEM2015 : Vous ne ferez rien à la jeune fille, car elle n’a pas commis de faute qui mérite la mort.
En effet, elle s’est trouvée dans le même cas que lorsqu’un homme attaque son prochain et le tue.

PDV : Vous ne ferez rien à la jeune fille : elle n’a pas commis de faute qui mérite la mort. —
C’est la même chose quand un homme attaque son frère et le tue. —

TOB2010 : La jeune fille, tu ne lui feras rien, elle n’a pas commis de péché qui mérite la mort.
Le cas est le même que si un homme se jette sur son prochain et l’assassine

PdeBeaumont : On ne fera rien à la jeune fille; elle n’a pas commis de faute qui mérite la mort.
(Le cas est semblable à celui d’un homme qui se jette sur un autre pour le tuer.)

CHOU : À l’adolescente, tu ne feras rien, l’adolescente n’est pas passible de mort,
c’est comme un homme qui se lève contre son compagnon et l’assassine.

QUELQUES FAUSSES IDÉES REÇUES 

  • Un viol n’est pas toujours un acte brutal et violent avec coups et blessures car l’agresseur utilise bien souvent la manipulation émotionnelle, la persuasion, la menace et le chantage.
  • On pense que l’agresseur a commis un acte isolé mais quand les langues se délient, on se rend vite compte qu’il a plusieurs victimes à son actif.
  • On pense que le viol est souvent commis par un inconnu dans le coin d’une rue déserte mais la plupart des cas révèlent qu’il est perpétré dans le cercle familiale par un proche.
  • Les plus défavorisés ne sont pas les seuls touchés, on retrouve des victimes d’abus sexuels dans toutes les classes sociales. En France, les départements du Nord sont malheureusement les plus atteints, la Bretagne est la moins touchée, suivie de la région Rhône-Alpes.
  • On pense que la plus grande majorité des victimes sont des femmes mais les témoignages confirment qu’une grande majorité sont aussi des hommes qui ont subi des agressions sexuelles.

QUELQUES CHIFFRES

Selon les statistiques les plus récentes, 75% des agressions sexuelles ont eu lieu dans le cadre familial (frère, sœur, père, mère, oncle ou concubin). On parle dès lors d’inceste. 45% des cas sont des enfants de moins de 9 ans. Nous savons à quel point ces chiffres ne cessent d’augmenter dès lors que les victimes osent sortir de l’ombre et de la honte.

Parmi les femmes ayant subi un viol, voire des viols à répétition ou des tentatives de viol, 40 % les ont vécus avant 15 ans, 16 % pendant l’adolescence et 44 % après 18 ans. Les hommes sont victimes très majoritairement alors qu’ils sont mineurs. Enfin, c’est dans la sphère intrafamiliale que surviennent l’essentiel des viols et des tentatives de viols. Trois femmes sur quatre, parmi les victimes, les ont subis dans ce cadre.

UN TRISTE CONSTAT

La Torah a été donnée pour protéger les plus faibles et mettre hors d’état de nuire les personnes qui récidivent ou qui sont jugées trop dangereuses. Ce qui est fort dans ce passage, c’est que la Torah met au même niveau le viol et le crime. Quelqu’un qui commet un viol commet un acte qui équivaut à tuer son prochain. Ceux qui ont vécu de tels traumatismes, ne serait ce qu’une seule fois ou à répétition savent les dégâts que cela occasionne dans leur vie. Parler du viol est toujours un sujet délicat, surtout pour ceux qui ont refoulé ou enfoui. Il arrive que le cerveau court-circuite ce moment et le mette dans un coin. Il est comme occulté, on appelle cela un coma post-traumatique. Mais parfois dans une situation extrême, un facteur peut déclencher et ramener à la mémoire ce traumatisme, il est comme réactivé. Il faut alors y faire face et pour beaucoup, c’est comme revivre une deuxième fois ce moment d’horreur.

Les églises ne savent pas aborder ce sujet et les rassemblements du dimanche matin ne sont pas forcément les meilleurs lieux pour en parler. On côtoie tellement de monde qu’au final on ne connaît pas véritablement grand monde. Je peux pourtant vous garantir que nombreux sont ceux qui, dans les diverses communautés, ont vécu des abus sexuels ou des attouchements et n’ont jamais osé en parler. Pourquoi ? Parce qu’il faut être en confiance lorsque l’on confie ces choses. La honte, la peur du jugement, du regard de l’autre, du rejet, que l’autre aille raconter cela à d’autre ou encore qu’il n’y ait pas de répondant tout simplement, ce qui engendre une déception et un isolement. Les incestes sont choses beaucoup plus répandues que vous ne le pensez. Un père qui viole sa fille, un père qui viole ses garçons, un grand-père qui abuse de sa fille et de ses petits-enfants, un voisin tordu qui montrent ses parties à des enfants, une fille de 8 ans qui se fait régulièrement violer sur une péniche alors que son oncle l’emmène gentillement en vacances, un jeune garçon qui abuse de ses demi-sœurs, un moniteur de colo qui sodomise de nuit un jeune garçon, un ami de votre frère qui vous demande de lui faire une fellation alors que vous êtes une jeune fille ou un petit garçon, je sais de quoi je parle, je l’ai vécu … et le cas d’un prêtre avec des jeunes garçons ou qui viole de jeunes filles innocentes sous la menace des feux de l’enfer, bref, toutes ces histoires, je les ai entendues parmi beaucoup d’autres, mais ce ne sont là que des exemples très courants, ces cas sont beaucoup plus répandus que vous ne l’imaginez. Souvent ce schéma de malédiction est comme un fléau dans les familles, c’est une véritable épidémie, un poison dont il est très difficile d’arrêter la propagation. Mais dès lors que l’on ose sortir du silence, le simple fait de le dire à quelqu’un est déjà une victoire.

Ésaïe 37.27 : Ils ont peur, ils ont honte.

Trop d’hommes et de femmes ont un passé très lourd à leur actif et n’ont encore jamais osé en parler. La première chose à faire est de trouver quelqu’un de confiance à qui le dire et sortir de la prison de l’omerta (du silence). Il faut libérer la parole, c’est la confession – faire sortir la parole de soi– Cet article est une voix qui est lancée pour aider ceux et celles qui n’ont jamais osé parler, par peur ou par crainte, de sortir et briser le silence.

Seule l’action bienfaisante de l’Esprit-Saint opérant dans la vie des victimes qui peut guérir et restaurer l’âme meurtrie et ainsi restaurer une identité qui, bien souvent, se retrouve défaillante. Mais il faut savoir que, il y a 2000 ans, Jésus a porté ta honte, ma honte, la honte de ceux qui ont subi un viol, il l’a portée à la croix de Golgotha et, par son sang qui a coulé, il a pourvu à ma guérison et à ta guérison. Car contrairement à l’imagerie populaire, Jésus ne portait pas de linge autour de la taille sur la croix, il était nu, nu et exposé à la honte de tous. En cela, il s’est identifié à chacun d’entre nous, en portant en son corps toute la honte des victimes. La guérison ne s’opère pas d’un coup de baguette magique, mais c’est un processus qui agit dans la mesure où l’on accepte d’être aidé et de laisser Dieu opérer son œuvre. Je vous encourage à sortir de l’ombre, du silence, à oser en parler et à saisir cette main qui aujourd’hui vous est tendue.

Ésaïe 4.1 : Enlève notre honte !

CONSÉQUENCES POST-TRAUMATIQUES

Parfois il faut appeler un chat un chat et ainsi pouvoir mettre des mots sur nos maux, cela permet de poser les choses et d’entamer un processus de restauration. L’agresseur n’a aucune conscience (et c’est le moindre de ses soucis) des conséquences que cela va occasionner chez la victime. Plus la victime est jeune et son identité encore fragile, plus les mécanismes de défense qui vont se développer auront un impact considérable sur sa personnalité. Les conséquences d’un viol ou d’un abus laissent des marques parfois indélébiles dans la vie de la victime et chez les jeunes enfants qui grandissent avec cette brisure de l’âme. Ne pouvant l’exprimer avec la parole, c’est le corps qui va parler et certains troubles ou comportements suspects commencent très tôt à se manifester. Tous ceux qui l’ont vécu pourront s’identifier à divers niveaux.

  • La dépression est la plus courante. 98% des victimes l’ont ressentie. Un sentiment de tristesse qui peut devenir chronique.
  • Les comportements à risques ou addictions : La pornographie, le cannabis, l’alcool, la cigarette mais encore certains comportements comme l’automutilation, les scarifications.
  • Les tentatives de suicide : 86% des victimes ont avoué avoir eu des pensées suicidaires, sans compter ceux qui sont passés à l’acte.
  • Les perturbations, dépendances et dysfonctionnements sexuels ont très souvent pour origine une agression sexuelle. L’agressé devient, pas toujours, mais souvent à son tour un agresseur. Quasiment tous les prédateurs ou pédophiles incarcérés ont subi dans leur enfance un viol ou une agression sexuel. Les conséquences peuvent s’avérer tragique comme ce qui vient d’être dit mais heureusement tous les agressés ne finissent pas ainsi. Certains se battront contre un esclavage de la masturbation souvent à haute fréquence ou compulsive. Mais les conséquences d’une agression sexuelle ont malheureusement ont des répercussions directement au sein de l’intimité conjugale : frigidité, manque de désir, impuissance, vaginisme, dégoût du sexe. Les diverses formes de perversions sexuelles, aussi diverses soit-elles, ont là aussi bien souvent pour origine une agression sexuelle : fétichisme, sado-masochisme, exhibitionnisme, voyeurisme, travestisme, pédophilie, et toutes les paraphilies qui ont pu être recensées (env. 500). Toutes ces distorsions et déséquilibres liés à la sexualité ont bien souvent pour point de départ une agression sexuelle.
  • Les troubles compulsifs alimentaires : Comme nous l’avons dit, c’est le corps qui parle. Anorexie et boulimie sont souvent des réactions suite à un viol ou à un abus sexuel. Derrière la boulimie, il y a très souvent un abus caché. Toutes ces compulsions, aussi étranges que destructrices, créent un contexte d’apaisement et expriment la vengeance.
  • Les conduites phobiques : Ce sentiment de honte produit des comportements qui se traduisent par un excès de propreté, croyant ainsi nettoyer ce qui a été souillé. Ce rituel de propreté est très souvent inconscient, mais bien plus répandu qu’on ne le croit. Il s’exprime par des nettoyages répétés de poussières, des gestes souvent contraignants pour la famille de la victime et qui sont souvent à l’origine de source de conflits.

POUR INFO

Le viol est un acte de pénétration sexuelle commis sur une victime avec violence, contrainte, menace, surprise ou même manipulation (dans ce dernier cas, la victime est trompée par la ruse de l’agresseur).

Tout acte de pénétration sexuelle est visé : vaginale, anale ou buccale, notamment par le sexe de l’agresseur. Il peut aussi s’agir de pénétrations digitales (avec le doigt) ou au moyen d’un objet.

S’il n’y a pas eu pénétration, il s’agit d’un délit d’agression sexuelle.

Il n’est pas nécessaire qu’il y ait des violences physiques pour qualifier un acte de viol.

Le viol est un crime, même s’il est commis par l’époux de la victime, par son concubin ou son partenaire de Pacs. Crime : Infraction la plus grave punissable par une peine de prison (homicide volontaire ou viol par exemple)

La tentative de viol est punie des mêmes peines que le viol. Il y a tentative de viol si l’auteur a essayé de violer sa victime, mais n’y est pas parvenu à cause d’un élément indépendant de sa volonté (exemple : la victime s’est défendue ou des tiers sont intervenus).

Ésaïe 54.4 : Sois sans crainte,
Car tu ne seras pas honteuse ;
Ne sois pas confuse,
Car tu ne seras pas déshonorée ;
Mais tu oublieras la honte de ta jeunesse
Et tu ne te souviendras plus

Pour ceux ou celle qui souhaiterait en parler en privé, vous pouvez écrire à : a.nanot@bibliorama.org
Une équipe d’hommes et de femmes se tient à votre disposition pour vous écouter et vous accompagner.

POUR ALLER PLUS LOIN

Je vous recommande quelques excellents ouvrages traitant de ce sujet :

https://www.xl6.com/articles/9782755003086-les-abus-sexuels-sortir-de-l-ombre

https://www.xl6.com/articles/9782980337017-enfance-dechiree-espoir-pour-les-victimes-d-abus-sexuel-durant-l-enfance

https://www.xl6.com/articles/9782826035183-je-connais-quelqu-un-qui-a-ete-victime-d-abus-sexuels

https://www.xl6.com/articles/9782356140449-les-abus-sexuels-comprendre-et-accompagner-les-victimes

https://www.clcfrance.com/agressions-sexuelles-et-secrets-douloureux_ref_PREA090.html