Littéralement : Fais (ou fabrique) pour toi un coffre en bois de gopher

S1910 : Fais-toi une arche de bois de gopher

S21 : Fais-toi un bateau avec des arbres résineux

FC : Construis-toi une arche, une sorte de grand bateau en bois de cyprès

CHOU : Fais-toi une caisse en bois de cyprès

PEU : Faites-vous une arche de pièces de bois aplanies

MESC : Fais-toi – une arche de bois de cèdre

1. Le mot “arche ” 

Ce mot français nous piège au sens où nous l’entendons. Ce mot “arche” que nous employons habituellement nous vient du latin arca qui lui-même est une traduction du grec kibotos (mot employé dans la LXX dans le récit du déluge). En effet, la traduction de la LXX rend le mot hébreu du texte massorétique “tevah” par le grec kibotos qui a le sens de coffre ou de boîte, mais l’origine pourrait bien provenir d’Égypte. C’est le basculement du mot grec au mot latin qui nous fait défaut, car il y a cet autre mot arche qui vient du latin arcus qui, lui, fait référence à l’arche d’un pont, la voûte d’une église ou le fond d’un navire renversé. 

Dans la LXX, on retrouve kibotos, ce « coffre » où sont déposées les tables de la loi. Là où beaucoup emploient « l’arche de l’alliance », il faudrait plutôt lire “le coffre de l’alliance”. Toujours ce même mot qui nous piègent ! D’ailleurs, les mensurations montrent bien qu’il s’agissait d’un coffre plutôt que d’une arche. Donc le mot le plus juste serait de traduire par « une caisse » pour ne pas déformer le sens.

Nous avons vu que le mot hébreu tévah est utilisé pour l’emploi du mot caisse de Noé. C’est un mot que l’on retrouve uniquement dans deux passages bibliques, le premier au moment du déluge avec Noé et le deuxième est lié à la survie du bébé qui deviendra le grand Moïse. Ex2.3 : Ne pouvant plus le cacher, elle prit une caisse (Tevah) de jonc, qu’elle enduisit de bitume et de poix … On retrouve le même mot et la même pratique d’étanchéité et ce n’est pas pour rien, on entrevoit déjà un parallèle entre Noé et Moïse.

Au sujet de la matière première, l’hébreu utilise le bois de gopher. « Gopher » est un hapax, c’est-à-dire qu’il ne se trouve qu’une seule fois dans la bible, il est donc difficile de se repérer. Mais les recherches archéologiques et les récits égyptiens nous donnent quelques précisions. Il s’agirait du bois de Cyprès, qui était renommé pour sa durée et sa résistance. Les anciens Égyptiens en faisaient quelquefois des cercueils ; les Grecs modernes le recherchent dans un but semblable, à cause de sa dureté et de son odeur aromatique.

Concernant la poix et le bitume, voici ce qu’indique un des commentaire de Rachi : « Ce mot araméen correspond à l’hébreu zèfèth (« bitume »), et on le trouve dans le Talmud sous la forme de l’ouvrage (Chabbat 67a). En ce qui concerne le berceau de Mochè (=Moïse) enfant, les eaux du Nil étant calmes, il suffisait de l’enduire d’argile à l’intérieur et de poix à l’extérieur (Béréchit Raba 31,10). Il ne fallait pas, en outre, que ce juste pût être incommodé par la mauvaise odeur du bitume. Mais ici, comme les eaux du deluge ont été destructrices, il a fallu du bitume en dedans comme en dehors ».

2.  La forme

Les représentations de l’arche que l’on trouve dans l’imagerie populaire nous piège. On a imaginé toute sorte de représentations de cette arche, mais celles-ci ne sont ni plus ni moins le fruit de l’imagination ou le résultat d’une mauvaise traduction. Si nous nous en tenons strictement à ce que nous dit la bible, nous sont données les côtes de la longueur : 300 coudées soit 150 m, 50 coudées de large soit 25 m et enfin 30 coudées de hauteur soit 15 m. Son volume avoisinerait les 40.000m³ .

Vous serez d’accord avec moi pour constater que ce sont les côtes d’une caisse ou d’une boîte à chaussures et en géométrie on appelle cela un parallélépipède rectangle. On pourrait imaginer un container flottant sur les eaux.

« Tevah » nous l’avons vu utilisé pour désigner une caisse, mais on peut y voir aussi la comparaison avec les côtes d’un cercueil, car après tout, ce cercueil ne flottait-il pas sur une mer cadavérique d’une humanité condamnée à cause de sa dépravation mais voilà, dans cette « boîte », la vie et l’espérance d’une humanité nouvelle allait bientôt remplir la Terre. C’est sans doute de ce mot qu’est venu le nom de la ville de Thèbes, dans la Haute-Egypte, qui était désignée par là comme la ville des tombeaux ou des caisses sépulcrales dans lesquelles on enfermait les momies.

Beaucoup de spéculations arithmétiques ont été apportées au sujet des côtes par les Pères de l’Église. Par exemple, Clément d’Alexandrie, prenant appui sur le texte grec, notera que  300 s’écrit avec la lettre tav, qui est une figure de la croix; 50 serait la rémission des péchés; 30 se réfère à l’âge que Jésus avait quand il commence son ministère terrestre. Un autre Père de l’Église, Origène, qui fut l’un des premiers à allégoriser les Écritures, met quant à lui « la largeur », « la longueur » et « la hauteur » en relation avec la foi, l’espérance et l’amour.

3. L’utilité

L’arche, à proprement parler, n’était pas faite pour naviguer au gré des eaux. Il n’y avait d’ailleurs aucun moyen de gouvernail. Seul la providence divine guidait le navire. En fait, l’arche était pour Noé et les siens bien plus un moyen de refuge qu’un bateau de croisière. Elle était simplement faite pour flotter. Sa forme faisait qu’elle était insubmersible.

Un ingénieur de construction navale à reproduit une maquette à une échelle moindre et lui a fait subir toutes sortes de basculements et ce dans divers courants d’eau. Le résultat est surprenant, le bateau flotte et retombe toujours sur son socle.

Le parallèle entre la caisse du bébé Moïse et de la caisse de Noé est saisissant. Ces deux caisses sont livrées au cours des eaux, ces eaux où règne la mort des premiers-nés mâles et les bêtes sauvages en ce qui concerne Moïse, et la mort et les cris désespérés de l’humanité et des animaux pour Noé. La mort entoure la caisse. Mais la main de Dieu est sur la caisse. En temps normal, soit le bateau se renverse, soit il peut s’égarer et se retrouver dans une mauvaise direction ou encore tomber dans les mains d’hommes méchants. Ces deux caisses étaient livrées à la dépendance de la main de Dieu et il fallait avoir une sacrée foi pour se confier dans celui qui, de là-haut, tenait le gouvernail. Cela nous amène au Ps 29.10  : Le Seigneur siégeait lors du déluge. Dans les deux cas, Dieu a mené à bien son projet et a sauvé des eaux, l’un comme l’autre, ces deux hommes pour établir une humanité nouvelle. Moïse sera appelé ainsi parce qu’il a été sauvé des eaux, et lui-même sauvera le peuple d’Israël en le faisant traverser l’eau.

Pour les Pères de l’Église, beaucoup d’entre eux ont fait un parallèle entre l’arche et l’Église. Saint Augustin, lui, va plus loin, identifiant l’arche comme le corps de Christ, je cite : « L’arche qui doit sauver de la catastrophe du déluge n’est-elle pas une figure évidente de l’Église sauvée par le bois où est suspendu le médiateur de Dieu et des hommes ? Les mesures même de sa longueur, de sa hauteur et de sa largeur représentent le corps humain dans ses proportion et cette porte ouverte sur le flanc de l’arche, c’est le côté du crucifié percé par la lance, cette plaie par où entrent et sortent ceux qui viennent à lui ».  

Un théologien catholique Dom Calmet n’était pas contre les diverses interprétations que l’on peut  faire dire au texte : « Chacun, dit-il, peut abonder dans son sens sur la manière dont ceci s’exécuta; pourvu que la certitude du fait n’en souffre pas ».

Ce coffre est un type du Christ qui offre à chacun la possibilité d’entrer dans le salut offert par Dieu en Jésus-Christ. Le bois représente la croix, unique chemin pour entrer. La croix, c’est accepter Jésus-Christ comme seul Sauveur du Monde. Et comme Dieu dit à Noé : Entre dans l’arche, toi et toute ta famille ! N’est-ce pas là une invitation qui est lancée à tous ceux qui veulent entrer dans le salut de Dieu et ainsi s’épargner la colère du jugement à venir ? La porte est encore ouverte, alors n’hésite plus, ne tarde pas.