On trouve ce mot cinq fois dans le texte grec du Nouveau Testament :

Jean 14.16
Et moi, je prierai le Père, et il vous donnera un autre paraclet (allos parakletos), afin qu’il demeure éternellement avec vous.

Jean 14.26
Mais le paraclet, l’Esprit -Saint, que le Père enverra en mon nom, vous enseignera toutes choses,
et vous rappellera tout ce que je vous ai dit .

Jean 15.26
Quand sera venu le paraclet, que je vous enverrai de la part du Père, l’Esprit de vérité, qui vient du Père,
il rendra témoignage de moi ;

Jean 16.7
Cependant je vous dis la vérité : il vous est avantageux que je m’en aille, car si je ne m’en vais pas,
le paraclet ne viendra pas vers vous ; mais, si je m’en vais, je vous l’enverrai .

1 Jean 2.1
Mes petits enfants, je vous écris ces choses, afin que vous ne péchiez point.
Et si quelqu’un a péché, nous avons un paraclet auprès du Père, Jésus-Christ le juste.

Les traducteurs ont toujours un choix à faire lorsqu’ils se confrontent à ce passage. Comment peuvent-ils rendre au plus juste ce mot grec parakletos. L.Segond et ses dérivés (NBS, S21, COL, NEG) ont opté pour le Consolateur; Alfred Kuen dans sa transcription dynamique rend par : donner quelqu’un d’autre pour vous conseiller et vous défendre; Oltramare par un autre directeur; NFC par quelqu’un d’autre pour vous venir en aide. Là où la TOB a préféré garder un autre Paraclet, Tricot choisit de traduire par un autre Intercesseur, C.Tresmontant par un autre avocat de la défense et Chouraqui par un autre réconfort.

André Frossard, quant à lui, a opté pour le Consolateur se référant au vieillard Simon dont Luc nous dit :

Luc 2.25 : Et voici, il y avait à Jérusalem un homme dont le nom était Siméon ; et cet homme était juste et pieux, et il attendait la consolation d’Israël ; et l’Esprit Saint était sur lui.

Ce qui est regrettable, c’est que ceux qui ont fait le choix de traduire par le Consolateur ont restreint considérablement la notion de ce qu’évoque le terme parakletos car la consolation n’est qu’un des aspects du paraklet. Traduire ainsi repose sur un contresens étymologique car le mot dérive de parakaleïn (exhorter, consoler) dans sa forme active, alors qu’ici nous avons à faire à une forme passive klètos qui signifie appelé et para – auprès de.

Déjà, les Pères de l’Église avec Eusèbe de Césarée semblaient fortement influencés et limités dans la seule restriction de ce mot en le rendant par le Consolateur.

On le sent et on le voit bien que chacun essaie de jongler entre l’une ou l’autre mais un choix doit être fait. Personnellement, je garderai paraclet comme l’a fait la TOB, la Jérusalem ou bien la Osty et j’ajouterai en note un complément à la compréhension.

Dans Jean 14.16, Jésus promet la venue d’un autre Paraclet, sous-entendu qu’il se considère lui-même comme étant un Paraclet. Arrêtons-nous un instant sur « un autre » qui, en grec, se dit allos. Le grec a deux mots distincts pour dire autre. Le premier est hétéros qui indique une autre nature comme on le trouve dans hétérogène (composé d’éléments de nature différente) ou hétérosexuel (pour les individus du sexe opposé, de l’autre sexe).
L’autre mot est allos qui signifie autre mais dans le sens « de même espèce » comme si je demanderai à quelqu’un : Cette part de gâteau est délicieuse, peux-tu m’en donner une autre ?

Jean utilise donc l’adjectif allos pour désigner le Consolateur que le Père enverra. Il dit qu’il enverra quelqu’un de la même nature que lui. Nous savons que le Père, le Fils et le Saint-Esprit sont de même nature, d’essence divine, aucun ne se confond car chacun a sa personnalité propre tout en demeurant dans une unité Un. Chaque croyant possède donc deux paraclets : L’Esprit de Dieu, envoyé par le Père qui glorifie Jésus et le Christ qui est assis à la droite de Dieu et qui s’est désigné lui-même comme Avocat ( 1 Jn 2.1).

Qu’est-ce qu’un Paraclet ?

Il est à noter que toutes les fois où il est utilisé, il est en relation avec le thème du jugement. Le Paraclet prend alors le sens précis d’intercesseur, de témoin à décharge devant le tribunal. Nous lisons dans 1 Jn 2.1 que Jésus lui-même fait figure d’avocat. Mais dans un sens où l’avocat grec ancien ainsi désigné n’est pas notre avocat moderne européen ; il ne plaide pas, mais il souffle, il inspire à celui qui se défend devant un tribunal, les paroles de sa défense. C’est ce pourquoi il est un peu risqué de traduire le Paraclet annoncé par Jésus dans l’Évangile selon Saint Jean par « avocat » ou même « défenseur », car, dans nos sociétés occidentales et notre système judiciaire, on est à la limite du contre-sens : en effet l’Esprit Saint ne fait rien « à notre place ». Il ne plaide pas à notre place, il nous insuffle et nous remémore les Paroles du Christ (sous-entendu que nous les ayons lu au préalable et pris connaissance) et nous fait découvrir les paroles du Christ pour nous. Il nous enseigne « le chemin, la vérité et la vie ». L’Esprit est par excellence, selon le mot d’Augustin, le Dieu « plus intime à moi-même que moi-même et supérieur à ce qui est mon sommet » (Confessions, III, 6, 11).

Le Paraclet a aussi la fonction de tuteur ou de protecteur à l’égard de l’orphelin au milieu d’un monde hostile (Jn 14.18; 17.13-16). Jésus se présentait tel le bon Berger de ses brebis tant qu’il était au milieu des siens, mais pendant son « absence », il sera remplacé par « un autre Paraclet », sous-entendu donc que Jésus exerçait cette fonction.

D’où vient ce mot ?

Paraclet en grec se dit παράκλητος – Parakletos et en latin Paracletus. C’est un mot d’origine grecque qui signifie « celui qu’on appelle à son secours », de παρακαλέω « appeler auprès de soi », ou « celui qui intercède », formant les substantifs « avocat », « défenseur » ou d’ « intercesseur ».

Saint Jean est le seul à utiliser ce mot pour parler du Saint-Esprit mais on le trouve dans la littérature pré-chrétienne et dans des écrits profanes auquel on lui attribue le sens de « médiateur » ou d’« intercesseur » voir d’« aide ». Chez Philon d’Alexandrie, il signifie tantôt « intercesseur », tantôt « conseiller » ou « aide ».

Attention ! ne faisons pas l’erreur d’attribuer Paraclet tel un nom propre à la personne du Saint-Esprit car dans son emploi chez Jean, il est quasi souvent associé avec l’ajout de « l’Esprit de Vérité » ou « du Saint-Esprit ». Paraclet est une des fonctions du Saint-Esprit dans la vie du croyant. La venue du Paraclet est liée au départ de Jésus.

Cependant je vous dis la vérité: il vous est avantageux que je m’en aille, car si je ne m’en vais pas, le consolateur ne viendra pas vers vous; mais, si je m’en vais, je vous l’enverra. (Jean 16.7)

Le metourgeman, vous connaissez ?

Littéralement tourgeman signifie le traducteur.

Marcel Jousse, jésuite et anthropologue (dans « Le Parlant, la Parole et le Souffle »), insiste sur le sens judéo-araméen du mot « Paraqlita » dans le contexte d’un enseignement donné par un « maître » en hébreu (langue liturgique qui n’est plus comprise par l’immense majorité des palestiniens au temps de Jésus). Le rabbi-enseignant était assis, il parlait à voix basse en hébreu, à côté de lui se tient debout un Paraqlita-Metourgueman, qui se penche vers le maître pour entendre ce qui lui est dit dans le creux de l’oreille, et il proclame ensuite à voix haute l’enseignement traduit de l’hébreu en araméen compréhensible par tous, en collant le plus fidèlement possible à la version originale de l’enseignement.

Le Paraqlita proclame donc à haute et intelligible voix, et même parfois à voix forte, ce qui était chuchoté à l’oreille, et il rend compréhensible à tous ce qui était dit dans la langue sacrée mais qui demeurait incompréhensible à la majorité. Mais il faut également insister sur le fait qu’il n’invente rien, il traduit le plus fidèlement possible ce qui est dit par le maître, dans la logique du targoum araméen, qui ne peut néanmoins décalquer intégralement l’hébreu et doit expliciter certains termes, selon la logique du midrash. Cette approche permet de comprendre d’une part qu’il ne peut y avoir deux Paraqlita en même temps pour un même enseignant (et donc que l’Esprit-Saint en tant que Paraqlita sera donné après que Jésus soit « remonté vers son Père » : cf. Jean 16,7), mais aussi que Jésus durant tout son enseignement peut aussi être considéré comme le Paraqlita du Père. Selon la logique hébraïco-araméenne, le Paraqlita est le haut-parleur et le traducteur fidèle de celui qui enseigne. NB : si le sens grec est obvie pour la première lettre de Saint Jean (qui l’applique à Jésus-Christ), le sens araméen me semble a priori plus éclairant pour les usages du mot Paraclet appliqué au Saint-Esprit dans l’évangile selon Saint-Jean.

On comprend un peu mieux, dès lors, ces paroles de Jésus aux disciples :

Quand le Paraclet sera venu, l’Esprit de vérité, il vous conduira dans toute la vérité ; car il ne parlera pas de lui-même, mais il dira tout ce qu’il aura entendu, et il vous annoncera les choses à venir. Il me glorifiera, parce qu’il prendra de ce qui est à moi, et vous l’annoncera. Tout ce que le Père a est à moi ; c’est pourquoi j’ai dit qu’il prend de ce qui est à moi, et qu’il vous l’annoncera.

Jean 16.13-14

Nous pouvons comprendre donc que le Saint-Esprit est le metourgueman des paroles et de l’enseignement de Jésus pour nous aujourd’hui. Jean 14.26 : Il vous enseignera toutes choses, et vous rappellera tout ce que je vous ai dit. On peut y voir dans le rôle du metourgueman celui qui prend les paroles de Jésus et nous en donne l’interprétation pour notre aujourd’hui, mais faut-il au préalable avoir « emmagasiné » les paroles de Jésus. D’où l’importance de lire et méditer la Parole de Dieu. On ne peut en faire l’économie. Je vous renvoie à la parabole des deux maisons.

Le Saint-Esprit cherche à glorifier Christ, il ne focalise pas l’attention sur lui. En Jean 14.16-26, nous voyons l’harmonie et l’unité entre le Père, le Fils et le Saint-Esprit, de telle sorte qu’ils forment ce que l’on appelle la Sainte-Trinité.