28 avril 2026
Alexandre Nanot

Job 5.7 : les aigles ou les étincelles

NFC : C’est l’être humain qui est né pour vivre la misère, comme les étincelles pour voler en l’air. 

PEU : Mais si l’homme est né pour mal faire, c’est alors que les flammes s’élèvent.

CAHEN : L’homme serait (donc) né pour le malheur, comme les fils de la flamme élèvent leur vol !

CRAMPON : … de telle sorte que l’homme naisse pour la peine, comme les fils de la foudre pour élever leur vol. 

PIROT : C’est l’homme qui engendre la peine, comme s’envolent les fils de l’éclair.

GLAIRE : L’homme est né pour la peine, comme l’oiseau pour voler.

TOL : l’homme, lui, est né pour la misère, comme les aigles sont faits pour s’envoler. 

JER : C’est l’homme qui engendre la peine comme le vol des aigles recherche l’altitude.

GIGUET : Mais l’homme est né pour se rendre malheureux comme les petits des vautours pour voler sur les hautes cimes.

CHOU : Oui, l’humain est enfanté pour la peine, et les fils de Rèshèph se haussent pour voler.

Vulgate (405) : homo ad laborem nascitur et avis ad volatum

Septante : ἀλλὰ ἄνθρωπος γεννᾶται κόπῳ, νεοσσοὶ δὲ γυπὸς τὰ ὑψηλὰ πέτονται.

Le texte massorétique hébreu dit : כִּי־אָדָם לְעָמָל יוּלָּד וּבְנֵי־רֶשֶׁף יַגְבִּיהוּ עוּף 

רֶ֫שֶׁף – resheph

Il est important de comprendre le contexte et se rappeler que ce n’est pas Dieu qui parle, mais Éliphaz de Téman, l’un des amis de Job. Ici, Éliphaz essaie de convaincre Job que le malheur ne surgit pas de la terre sans raison (v. 6). Pour lui, la souffrance est une loi de la nature humaine au même titre que la gravité fait monter l’étincelle (ou que les démons du fléau volent).

Les fils de l’éclair peuvent être compris comme étant les aigles, considérés pour les anciens comme l’oiseau de la foudre. À la deuxième ligne le mot traduit par étincelles (ou par aigles) correspond à l’hébreu fils de Résheph. C’est là le nom d’un dieu cananéen de l’orage. Mais rien ne nous oblige à voir ici une allusion à ce mythe. Le mot est employé ailleurs dans le sens de flamme, inflammation, fièvre (Dt 32.24 ; Ha 3.5 ; Ct 8.6) ou la foudre (Ps 76.4 ; 78.48) sans aucune connotation mythique. L’idée qu’il pourrait s’agir d’oiseaux est appuyée ici et ailleurs par les versions anciennes. Les étincelles comme les aigles s’assemblent vers le haut. Il est difficile de faire un choix. D’ailleurs cela ne tire pas à conséquence pour le sens du passage.

Pourquoi certains traduisent “étincelles” et d’autres “les aigles” ?

Le mot rešep dérive d’une racine signifiant « brûler » ou « s’enflammer ». Littéralement, les benê-rešep sont les « fils de la flamme ». Dans le contexte d’un feu, ce qui « naît » de la flamme et s’élève naturellement vers le haut, ce sont les étincelles, mais elles ne sont qu’éphémères. C’est le choix de la majorité des bibles modernes (Louis Segond, Colombe, NBS).

Dans le Proche-Orient ancien, Resheph était également le nom d’une divinité cananéenne de la peste et de la foudre. Il était souvent représenté ou associé à des flèches décochées ou à des créatures ailées (parfois des démons ailés apportant la maladie). Chouraqui conserve le nom propre « fils de Rèshèph », faisant référence à une divinité cananéenne de la peste ou des fléaux. Par extension, le terme a été compris par certains traducteurs anciens comme désignant des oiseaux de proie au vol rapide (vautours, aigles ou faucons). C’est certainement dû au choix de la Septante (traduction grecque ancienne) qui utilise neossoi gypos (« petits du vautour »). C’est pour cela que certaines bibles comme la Bible de Jérusalem ou la TOB dans ses notes, mentionnent les oiseaux ou les aigles.

Pour la majorité des Pères, ce verset n’est pas une fatalité, mais une conséquence spirituelle de la chute d’Adam.

Grégoire le Grand (Morales sur Job) : Pour lui, la « peine » (labor) est l’héritage d’Adam. Si l’homme était resté dans le Paradis, il serait né pour la contemplation. Puisque l’homme a voulu s’élever par orgueil, il est condamné à s’élever par l’effort et la souffrance. Grégoire souligne que la vie présente est un combat nécessaire pour retrouver la patrie céleste.

Jean Chrysostome utilise ce verset pour consoler. Si la souffrance est inhérente à la naissance humaine, alors le chrétien ne doit pas s’étonner de l’épreuve. C’est une loi de nature depuis le péché, et l’accepter est le début de la sagesse.

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