Vous connaissez tous cette parole de Jésus prononcée lors du sermon sur la montagne (Mt 7.12; Lc 6.31) que l’on appelle la Règle d’Or.

Ainsi, tout ce que vous voulez que les hommes fassent pour vous, faites-le vous-mêmes pour eux ;
car c’est là la loi et les prophètes.

Les sages d’Israël ont commenté, disant qu’elle était une reformulation du commandement : Tu aimeras ton prochain comme toi-même (Lv 19.18). Cette règle est la synthèse ou l’essence des six commandements du Décalogue qui se rapportent aux relations humaines.

Nous trouvons cette règle dans un écrit apocryphe daté d’environ -200 av J-C que l’on appelle le livre de Tobie au chapitre 4 :

5. Mon enfant, sois tous les jours fidèle au Seigneur.
12. Garde-toi, mon enfant, de toute inconduite.
15. Ne fais à personne ce que tu n’aimerais pas subir.
Ne bois pas de vin jusqu’à l’ivresse, et n’aie pas la débauche pour compagne de ta route.
16. Donne de ton pain à ceux qui ont faim, et de tes habits à ceux qui sont nus.

Mais il faut savoir que cette règle d’or n’était pas une nouveauté dans la bouche de Jésus, les juifs connaissaient cette maxime à la différence qu’elle était à la forme négative. Jésus, lui la cite sous la forme positive. C’est à Hillel l’Ancien (env. 70 av. JC) que l’on doit cette formule dans le récit suivant :

Un goy, c’est-à-dire un non-juif se présenta un jour devant Chammaï et lui demanda : « Enseigne-moi toute la Torah pendant que je me tiens sur un pied ». Chammaï le repousse avec sa règle d’architecte qu’il tenait dans ses mains. « L’étude de Torah est l’œuvre de toute une vie et tu voudrais la connaître en 5mn… ». Repoussé, le goy se rend alors auprès de Hillel pour lui faire la même requête. « Écoute, lui dit-il, je suis prêt à me convertir à la seule condition que tu m’enseignes toute la Torah pendant que je me tiens sur un pied ».Hillel l’accueille et lui dit : « Ce qui est haïssable à tes yeux, ne le fais pas à ton prochain, voici toute la Torah et le reste n’est que commentaire de ce passage. Va et étudie ! » (Talmud, traité Chabbat 31a). La différence de réaction peut s’expliquer ainsi : Bien qu’ayant dit « accueille toute personne avec douceur », Chammaï tient entre ses mains la règle d’architecte qui symbolise la rectitude, estimant que la Torah ne peut être comprise et appliquée que si l’on s’y engage totalement. Pour Hillel, il s’agit d’un long apprentissage à construire pas à pas. Il ne choisit pas le verset de la Torah « Aime ton prochain comme toi-même » (Lv 19.18), mais propose une voie moins ardue en énonçant la même exigence d’une manière moins idéalisée, plus proche du vécu.

Mais la règle d’or, dans sa forme négative se trouvait incluse dans le codex de Bèze dans la réponse du décret apostolique, ce codex que certains spécialistes considèrent comme ayant été l’original des Actes des Apôtres. Mais très vite, avec certains Pères de l’Église tels que Justin Martyr ou l’hérétique Marcion, qui furent conditionnés par la pensée occidentale, les marques trop présentes d’un judaïsme furent expurgés de certains passages, comme celui-ci :

Actes 15. 27-29 : Nous envoyons donc Jude et Silas, annoncer cela par la parole.
Car il a paru bon au Saint-Esprit et à nous de ne pas nous imposer de charge autre que celle qui est nécessaire :
s’abstenir des viandes sacrifiées aux idoles, du sang [.] et de l’impudicité.
et tout ce que vous ne voulez pas qu’il vous arrive, ne pas le faire à autrui.
De cela vous gardant vous-mêmes, faites le bien étant conduits dans le Saint Esprit. Portez-vous bien.

Paul, dans sa lettre aux Romains reprendra la synthèse des commandements en reprenant ce verset : car celui qui aime son prochain a accompli la Torah ; l’amour ne fait point de mal au prochain, l’amour est donc la plénitude de la loi (Rm 13.8,10).

Cette règle d’éthique par excellence n’est pas exclusive au judaïsme, on la retrouve dans certaines religions et systèmes philosophiques comme énoncé par Confucius qui enseignait : « Ne faites pas à l’autre ce que vous ne voulez pas qu’on vous fasse. » Le philosophe grec Epictète lui aussi aurait dit : « Ce que tu cherches toi-même à éviter comme souffrance, ne l’impose pas à un autre. » Même chez les stoïciens nous retrouvons cette maxime : « Ne fais pas aux autres ce que tu ne voudrais pas qu’on te fasse ». Nous pourrions citer Luther, Bossuet et d’autres qui à leur tour l’ont reprise.

Vous aurez noté qu’à l’exception de Jésus, toutes ces formulations sont sous la forme négative. Qu’est-ce à dire ? C’est qu’il est impossible à l’homme pécheur, de par sa nature, d’aimer naturellement l’autre, si ce n’est pour l’intérêt personnel que cela lui procure ; ce qui est, vous l’aurez compris purement égoïste. Réalisons comme l’a repris Paul qu’ « Il n’y en a pas un qui fasse le bien, pas un seul » (Rm3.12). Serions-nous donc incapables d’aimer véritablement, sans une motivation purement égoïste ou un simple intérêt personnel ? Reconnaissons humblement notre incapacité d’aimer, d’aimer sans attendre en retour, d’aimer jusqu’à aller donner sa propre vie. Jésus est dans la chambre haute avec ses douze disciples ; c’est la dernière nuit qu’il passe avec eux car le lendemain, à 9h notre Sauveur sera crucifié. L’essence même de son enseignement est condensé dans ces quatre chapitres 13-14-15-16 de l’Évangile de Jean. L’application des commandements est résumée en cette phrase :

Je vous ai dit ces choses, afin que ma joie soit en vous, et que votre joie soit parfaite.
C’est ici mon commandement : Aimez-vous les uns les autres, comme je vous ai aimés.
Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis (Jn 15.11-13).

Et remarquez que la joie parfaite résulte de l’application de ce commandement. Alors comment en arriver là ? La capacité de vivre de cette manière ne peut venir que de l’extérieur de notre nature déchue. Cela n’est possible qu’à partir du moment où le Saint-Esprit vient habiter en nous. Dès lors, dans la vie du croyant, doit se manifester le fruit de l’Esprit dont la première expression est l’amour, puis la joie qui en découle (Gl 5.22). En Jésus-Christ « l’amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné. » C’est donc par Lui et grâce à Lui que nous pouvons parvenir à cela. Seul l’Esprit du Christ répandu en nous, peut nous rendre capables de nous aimer les uns les autres à tel point que les gens de l’extérieur verront que nous sommes de véritables disciples de Jésus, par l’amour que nous nous portons les uns les autres. Je vous encourage à relire le chapitre 3 de la première épître de Jean.

Maintenant, venons-en aux choses pratiques. Le règle d’or dit : Tout ce que vous voulez que les hommes fassent pour vous, faites-le vous-mêmes pour eux. Tu te plains intérieurement que chaque matin au travail, ton patron ou ton chef passent devant toi sans te saluer, et ça te fait rager. Commence, toi, par les saluer, répands la bonne odeur de Jésus-Christ là où tu es.
Ainsi, tu te plains que personne ne te souris ? Alors fais premièrement aux autres ce sourire que tu aimerais que l’on te fasse. Tu voudrais être valorisé, encouragé ? Commence, toi, à l’égard de ceux qui t’entourent. N’attends pas d’avoir reçu pour donner ce que tu peux donner simplement et qui ne coûte rien (sourires, paroles, temps, gestes d’affections etc…)

Tu es dans ta voiture à un Stop et tu commences à t’agacer de ce que personne ne te laisse passer car il y a une longue file ? La prochaine fois que tu verras quelqu’un dans la situation où tu te trouvais, tu t’arrêteras et tu laisseras cette voiture s’infiltrer, ainsi tu feras à l’autre, à ton prochain, ce que tu aurais aimé qu’il te fasse. Et dans chaque détail de la vie, il devrait en être ainsi, quand tu es à la caisse, assis dans le métro, attendre à faire la queue, bref dans maintes situations. Gardes à l’esprit cette règle d’or et disciplines-toi à l’appliquer. Tu auras, crois-moi, bien plus de témoignages à partager qu’avant. J’ai le souvenir d’une amie que nous accompagnions et qui, un jour se trouvait à la caisse du supermarché. La personne qui payait était visiblement en situation difficile et n’avait pas assez d’argent pour payer la totalité des courses et notre amie a insisté pour payer la différence. Surprise et gênée, ce qui peut se comprendre, cette personne accepta mais lui demanda comment elle pourrait la dédommager ? Promettez-moi que si un jour vous voyez quelqu’un dans la même situation que vous, vous vous souviendrez de ce que j’ai fait pour vous. Belle leçon et belle application de la règle d’or ! Maintenant, réalisons que nous ne devons pas faire pour faire, faire parce que c’est un commandement, mais faire car l’Amour de Christ veut se manifester à travers nous. Nous devons prendre plaisir à faire le bien.

Ceci rejoint une autre parole de notre Seigneur Jésus que Paul cite :

Il y a plus de bonheur à donner qu’à recevoir (Actes 20.35)

« Tu aimeras ton prochain comme toi-même » en 6 langues – Timbre israélien de 1958 en l’honneur du 10e anniversaire de l’adoption de la Déclaration universelle des droits de l’homme par l’ONU en 1948