19 septembre 2026
Alexandre Nanot

Le témoignage des Évangiles est sûr !

par le Pasteur Jean-Marc Thobois
Septembre 1997 – Magazine Expérience

« Je connais Jésus à peu près aussi bien que si j’avais vécu en Judée aux environs de l’année 50. À cette époque, j’aurais pu avoir entre les mains le texte qui est notre « Marc » actuel… J’aurais évidemment pu obtenir des renseignements complémentaires sur des points de détail en interrogeant des personnes ayant connu Jésus, mais le texte qui nous donne l’essentiel de la vie de Jésus existait déjà à cette époque. En fait, si j’avais interrogé des personnes ayant connu Jésus, je serais à peine mieux renseigné que je ne le suis maintenant ! »
Ainsi s’exprimait, peu avant sa mort survenue il y a quelques années, l’abbé Jean de Carmignac, un des plus grands spécialistes des relations entre les évangiles et les fameux manuscrits de la mer Morte. Et l’abbé de Carmignac d’ajouter : « La valeur historique des évangiles est telle qu’il n’y a à peu près aucun document de l’Antiquité qui soit aussi fiable historiquement, c’est pourquoi je considère qu’il est raisonnable d’engager sa vie sur le témoignage de ce vieux livre et de le considérer comme vrai, notamment dans ce qu’il nous dit de Jésus, de sa vie, de sa passion, de sa résurrection, de sa divinité, et en acceptant ce témoignage, je crois rester aussi en accord avec la recherche scientifique.
Comme tant d’autres savants, l’abbé de Carmignac a passé sa vie à sonder la fiabilité des témoignages de l’Évangile.
Depuis des dizaines d’années, en effet, des savants catholiques, protestants, et même juifs, ont été amenés à conclure que les évangiles, loin d’être écrits longtemps après les événements qu’ils relatent, l’ont été avant la catastrophe que fut la ruine de Jérusalem en 70.
Bien avant, la recherche historico-critique avait prétendu le contraire et, se basant sur ses conclusions, R. Bultmann avait affirmé que les évangiles n’étaient pas une relation de faits historiques, mais étaient des témoins de la « foi de l’église primitive, en d’autres termes qu’il s’agissait de « mythes », et que le Jésus de l’histoire » était quasiment inconnaissable. Des découvertes plus récentes se sont inscrites en faux contre de telles conclusions.

Les Évangiles sont des textes anciens et fiables

On admet, généralement, que les évangiles actuels sont issus d’une source commune plus ancienne, aujourd’hui perdue et qui aurait pu être écrite en langue hébraïque. Les travaux de J. de Carmignac, C. Tresmonstant, les professeurs Thiecle et O. Callaghan, ceux de « l’école de Jérusalem pour l’étude des évangiles synoptiques » qui se réunit autour des professeurs D. Flusser et S. Safrai et du pasteur R. Lindsay (à ne pas confondre avec l’école biblique des anciens que l’on croyait Dominicains à Jérusalem) ont montré que les évangiles étaient beaucoup plus anciens que ce que l’on croyait.
Ainsi de nombreux détails de la vie quotidienne en Judée au premier siècle, des coutumes qui disparurent et tombèrent dans l’oubli après 70, et que seuls des contemporains de Jésus pouvaient connaître, sont évoqués dans les évangiles.
Les évangiles mentionnent d’anciennes coutumes juives qui ne sont pas même citées dans la Mishna et le Talmud, tel le fait de donner à l’enfant son nom lors de la circoncision (Luc ch. 1, v. 59 à 63).
Des découvertes archéologiques récentes nous ont permis d’en redécouvrir d’autres. Ainsi l’Évangile de Jean, chapitre 2, nous dit que lors des noces de Cana, on trouvait six vases de pierre « servant à la purification des Juifs ». Depuis les fouilles du professeur N. Avigad, dans le quartier juif de Jérusalem dans les années 70, on sait qu’on fabriquait dans la ville sainte des vases de pierre retrouvés dans ces fouilles et qui étaient exclusivement réservés à des usages religieux. Cet usage disparut après la destruction du Temple et tomba dans l’oubli jusqu’à nos jours.
Les chercheurs cités plus haut situent les plus anciennes traces de nos évangiles autour de l’année 50 après Jésus-Christ, ce qui signifierait que l’Évangile primitif daterait de l’an 40, au plus tard, soit au plus une dizaine d’années après la mort de Jésus. Il ne reste donc plus de temps pour une transformation, une modification, une mythification aboutissant à une mystification.
D’ailleurs, selon le professeur juif S. Safrai, certains disciples lettrés de Jésus auraient pu même prendre « à chaud » des paroles de Jésus sur de petits cahiers, comme le faisaient les disciples des rabbins.
En outre, à l’époque des apôtres, nombreux étaient ceux qui, loin d’être favorables à l’Évangile, étaient au courant des faits : la moindre inexactitude de la part des apôtres aurait été immédiatement exploitée. Souvent les apôtres d’ailleurs interpellent leurs auditeurs en ces termes : « Vous le savez bien vous-mêmes ! » (Actes 2:22). Luc fait mention des « recherches exactes » qu’il a effectuées. 

Depuis les origines les Évangiles n’ont pas varié 

Il y a quelques dizaines d’années, un évêque anglican du nom de Robinson, publia un ouvrage intitulé « Honest to God » qui fut traduit en français sous le titre de « Dieu sans Dieu ». Cet ouvrage rempli d’a priori, d’incrédulité, fit scandale de son temps.
 Quelques années plus tard, le même évêque Robinson publiait un autre livre intitulé « Redating the New Testament » (Redater le Nouveau Testament). Dans sa préface, l’évêque Robinson, expliquait que son intention, en écrivant ce livre, était de montrer que les écrits du Nouveau Testament étaient tardifs, et donc n’étaient pas crédibles, mais en étudiant sincèrement le problème, il était arrivé à des conclusions diamétralement opposées, et avait retrouvé la foi dans ce vieux livre : « Je croyais, disait-il, que le Nouveau Testament était tardif, mais je suis obligé de reconnaître qu’il est ancien. »
L’évêque Robinson était arrivé à ces conclusions par une étude philologique serrée du texte. Il conclut en ces termes : « ll est impossible qu’aucun texte du Nouveau Testament soit postérieur à l’an 70, même en ce qui concerne l’Évangile de Jean. »
Jean de Carmignac pose aussi une question de bon sens : « Toute information radiotélévisée qui nous parvient parfois en quelques instants nécessite un jeu de quatre à cinq intermédiaires. Certes de telles informations sont pour nous très proches dans le temps, mais il y a plusieurs intermédiaires. Pour les évangiles, il y a bien sûr un temps long, mais pour le plus ancien Évangile (sans doute l’Évangile de Marc), depuis le temps où il a été écrit et traduit en grec, il n’a pas bougé.
Entre Jésus et moi, il n’y a pas d’intermédiaire, si ce n’est Pierre qui a connu Jésus, et Marc qui l’a rédigé et traduit en grec. C’est infiniment plus fiable que n’importe quelle information radiotélévisée. parce que le nombre d’intermédiaires est moindre. »
Les manuscrits de la mer Morte retracent minutieusement les concepts, les coutumes, la langue des évangiles. On sait que les textes de Qumran datent tous d’avant l’année 70. Qumran et les évangiles sont donc contemporains. Certaines expressions de l’Évangile se retrouvent à Qumran, par exemple, l’expression  « les pauvres en esprit » ou « les hommes de bonne volonté (on sait depuis Qumrân qu’il faut comprendre cette expression dans le sens de « hommes objets de la faveur divine »). Il s’agit là de ce qu’on appelle des « sémitismes », expression typique de l’hébreu du premier siècle, qui nous est connue grâce à Qumran et qui ont été traduits mot à mot en grec. Le nombre impressionnant de sémitismes propres à l’hébreu du premier siècle dans les évangiles, prouve que le Nouveau Testament reflète bien l’univers linguistique de cette période et de nulle autre.
Nous savons, en outre, depuis les découvertes de Qumrân, que la Bible de Jésus et de l’église primitive était notre Ancien Testament rigoureusement identique à celui qui nous est parvenu par les documents du Moyen Âge. En 1000 ans, le texte biblique n’a pas varié, extraordinaire preuve de sa fiabilité. D’ailleurs ceux qui ont prétendu que les textes du Nouveau Testament étaient récents, l’ont fait parce qu’ils avaient besoin de temps pour expliquer les transformations théologiques qu’ils imaginaient. Ils partaient d’un a priori : les écrits du Nouveau Testament avaient été rédigés longtemps après les événements. C’était une pétition de principe sans aucune valeur scientifique : « Je mets au défi quiconque, de me démontrer que Matthieu a été écrit en 80. En général le seul argument avancé est : c’est ce qu’affirme un tel… ! » écrit Jean Carmignac. 
Un fragment de l’Évangile de Marc redécouvert à Qumrân date des années 50 de notre ère.
En 1972, la papyrologue José O. Callaghan suggéra que certains fragments découverts dans la grotte de Qumran pourraient être le texte de Marc chapitre 6:52-53. Ce serait alors la plus ancienne trace du Nouveau Testament.
Ce fragment est écrit dans un style d’écriture qui a disparu en 50 après Jésus-Christ. Dans la même grotte, il y avait d’autres fragments du Nouveau Testament, par exemple Jean 1:23-24 ; 1 Timothée 3:16 ; Actes 27:38 ; Marc 12:17 ; Romains 5:1-2 ; 2 Pierre 1:15.
Selon le spécialiste israélien des documents de Qumrân, Emmanuel Tov, il pourrait s’agir de documents importés de Rome, où était, pense-t-il, édité l’Évangile de Marc pour le compte de l’église de la capitale de l’empire, et dont l’église de Jérusalem aurait demandé des copies qu’elle aurait cachées avant la chute de la ville en 70.
Le 12 août 1992, le département des recherches criminelles de la police israélienne examina le fragment. Il conclut à son authenticité et au fait qu’il n’avait pas été retouché depuis sa découverte par les Romains au premier siècle – ainsi que l’affirmait Immanuel Tov-dans la grotte où les archéologues le retrouvèrent des siècles plus tard.

Le problème des trois premiers Évangiles

Les trois premiers évangiles ont entre eux tant de ressemblances et de divergences que se pose ce qu’on nomme le « problème synoptique ». Les savants modernes comme l’abbé Jean de Carmignac, Claude Tresmonstant et David Flusser et d’autres ont proposé d’expliquer ces divergences de différentes manières. 
Marc, le plus ancien Évangile, a été, disent-ils, complété par Matthieu qui y a ajouté des documents contenant des paraboles, des apparitions de Jésus ressuscité que Marc n’aurait pas connus. Ces divergences s’expliqueraient par le fait que chaque Évangile s’adresserait à un public donné. Ainsi Marc a donné des détails qui semblaient peu importants à ses lecteurs, tout en redisposant le matériel pour l’organiser autour de cinq grands discours de Jésus, semblables aux cinq livres de la Torah de Moise, montrant ainsi que Jésus est le prophète plus grand que Moise que ce dernier avait annoncé.
Quant à Luc, qui écrivait pour des lecteurs non juifs, il a omis ce qui leur aurait été incompréhensible, telles les controverses avec les Pharisiens sur les lois de purification (Marc 7:5-9 ; Marc 5:1-20).
Souvent bien loin de se contredire, les apparentes contradictions se complètent : dans les rares cas où il n’en est pas ainsi, il nous faut admettre qu’il nous manque encore des données, ces rares cas sont de toute manière trop peu nombreux pour remettre en question la doctrine de l’inspiration de l’Écriture.

On a découvert un bateau de pêche de l’époque de Jésus

Il est intéressant de constater que Cl. Tresmonstrant arrive aux mêmes conclusions que J. de Carmignac et l’évêque Robinson bien qu’avec des méthodes différentes. En 1986, à l’occasion d’une sécheresse survenue dans le lac de Galilée, on découvrit les restes d’un bateau datant de l’époque de Jésus et ayant servi à des pêcheurs du lac. Ce bateau était en tout point semblable à celui que nous décrivent les évangiles et dans lequel Jésus dormait lors de la tempête apaisée. Sa poupe surélevée permet, entre autres, de comprendre comment il pouvait être à l’abri des vagues et ne pas être conscient de la tempête durant son sommeil.
Un des grands spécialistes du lac, Mendel Nun, juif non-chrétien, concluait que les évangiles n’ignoraient rien de ces détails et qu’il n’y a aucune volonté de mystifier. Il a aussi démontré comment les récits évangéliques relatifs à la pêche dans le lac sont rigoureusement authentiques, et dénotent une connaissance des techniques et méthodes de pêche au premier siècle, que seuls des professionnels qu’étaient les apôtres pouvaient maîtriser, et  qui souvent, échappaient même aux commentateurs et traducteurs. On pourrait certainement multiplier les exemples indéniables.
M. Nun concluait en ces termes : « Après avoir étudié cet ensemble de données relatives à la pêche dans le lac ainsi qu’aux phénomènes naturels qui le caractérisent, telles que les tempêtes, les données météorologiques etc… Je conclus que les évangiles ont une valeur historique unique en dépit des nombreuses variantes de détail que le texte original a subies pour toutes sortes de raisons. Un monde inconnu par ailleurs nous y est révélé… L’image qu’il en donne est vraie dans sa simplicité, son dynamisme centré sur la recherche des questions essentielles que l’homme posé par rapport à sa vie. »

Le papyrus d’Oxford

La veille de Noël 1994, le papyrologue allemand Carsten Peter Thiede déclarait dans un article du Times : « Le plus ancien fragment connu du Nouveau Testament se trouve à Oxford… Cette découverte est la preuve matérielle que l’Évangile selon saint Matthieu est le témoignage oculaire écrit par des contemporains de Jésus ».
Il s’agit de trois minuscules fragments de papyrus appartenant au Magdalen Collège se rapportant à l’onction de Béthanie décrite en Matthieu 26. Selon le professeur Thiede, il faut dater ce document des années 50 du premier siècle de notre ère, soit du vivant même de l’apôtre, à peine une génération après la crucifixion.
Ce papyrus provient de la Haute Égypte où il a été découvert en 1901 par le pasteur Charles B. Huleatt, mais personne jusqu’ici ne s’y était véritablement intéressé.
Le document est contemporain du fragment de Marc trouvé dans la grotte Q7 de Qumran. La forme et le style d’écriture de ces derniers correspond à la tradition du Grec parlé à Jérusalem à cette époque, comme le montrent d’autres documents.
Les fragments d’Oxford citent en outre les noms de Dieu le Seigneur (Kurios, en grec) et celui de Jésus. Ces noms sont orthographiés de manière abrégée comme le font les juifs pour le « nom sacré », ce qui sous-entend qu’à cette période on croyait déjà à la divinité de Jésus dont le nom avait le même caractère sacré que celui de Dieu ; ainsi la foi en la divinité de Jésus ne serait pas l’invention tardive de l’église du 2ᵉ siècle, mais bien un élément fondamental de la foi des disciples immédiats de Jésus et de l’église primitive de Jérusalem.
Le professeur Thiede a encore fait le rapprochement entre le document d’Oxford et deux autres papyrii dont l’un se trouve à Barcelone et l’autre à Paris. Pour lui, il ne fait pas de doute que le papyrus de Barcelone appartient au même ouvrage (codex) que celui d’Oxford ; il porte sur les chapitres 3 à 5 de l’Évangile de saint Matthieu, en particulier sur le sermon sur la Montagne. Quant au papyrus P 4 de Paris, il s’agit d’un fragment de l’Évangile de Luc qui lui aussi est contemporain des deux autres.
Un « terminus post quem » (date butoir supérieure) a été attribué à ces documents par un papyrus profane provenant d’Oxythynichos daté de la 12ᵉ année de Néron, soit l’année 65-66 qui permet une chronologie absolue. Et C. Thiede de conclure : « Le Nouveau Testament est aujourd’hui devenu un objet de suspicion culturelle… Il provoque une méfiance instinctive, il est tenu comme une source hautement suspecte, c’est pourquoi on peut dire aujourd’hui à peu près n’importe quoi sur Jésus. Le papyrus d’Oxford vient s’inscrire en faux contre ces présupposés, certes la science ne pourra jamais démontrer que les évangiles sont vrais, mais elle peut prouver qu’ils sont authentiques. C’est ce que la redécouverte du papyrus d’Oxford contribue à faire. »

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