28 août 2021
Alexandre Nanot

Théodor Herzl, une famille au destin tragique 3/3

Théodor Herzl n’a pas eu une vie facile et dès son plus jeune âge, il est confronté à la réalité de la vie. Le jeune Théodor, alors âgé de 18 ans, fut profondément affecté par la mort de sa sœur Pauline, emportée prématurément par le typhus. Après ce décès tragique, la famille Herzl déménage à Vienne. « Il ne s’est jamais remis de la mort de sa sœur », commentera Derek Penslar.
Dans son testament, le Père du Sionisme, Théodor Herzl écrit, selon sa volonté en qualité de père, que ses trois enfants, Pauline, Hans et Margarethe devaient être remis en famille d’accueil. Julia, sa femme étant dans l’incapacité d’en assumer la charge financièrement, et rappelons qu’au début du 20ᵉ siècle, les femmes ne travaillaient pas et n’avaient pas droit aux prestations sociales.
Le 25 juin 1889, il épousera Julie Naschauer (1868-1907) à Reichenau an der Rax en Autriche. Mais pour la famille, c’est un très mauvais mariage. De cette union, ils auront trois enfants, mais le couple connaît maints problèmes et bien qu’Herzl aime ses trois enfants, Paulina, Hans et Margarithe, il demeure un père absent à cause de ses déplacements et des réunions qu’il voue à la cause sioniste. Julia décédera en 1907, soit trois ans après la mort de son mari. Atteinte d’hystérie, elle était internée dans un hôpital psychiatrique à Vienne.

Photo prise l’année de la mort de Théodor Herzl

Le destin tragique des enfants de Theodor Herzl

Pauline (1890-1930), que Theodor a très certainement dû appeler ainsi en mémoire de sa sœur décédée à 18 ans, est l’aînée des trois enfants. Marquée par la mort de son père alors qu’elle traverse une adolescence difficile — elle n’a que 14 ans —, elle est placée en famille d’accueil conformément aux dernières volontés du leader sioniste. Souffrant de troubles mentaux, elle tente de fuir la réalité de la vie et se réfugie dans la drogue. Après un mariage rompu, des allers-retours à l’hôpital et un désespoir permanent, elle demande, depuis son séjour à Biarritz, son internement dans un asile d’aliénés à Bordeaux. Elle s’y rend le 25 juin 1930 et y est inscrite sous le matricule 9904. Elle n’y restera que quelques mois jusqu’à sa brusque mort survenue le 8 septembre 1930. Elle avait 40 ans.

Hans (1891-1930) est le deuxième enfant. Il est circoncis à l’âge de 15 ans, deux ans après la mort de son père, avant d’être envoyé dans une école privée pour garçons en Angleterre. Très jeune, il manifeste une tendance exacerbée à la dépression et cherche dans la foi de quoi remplir un immense vide intérieur. En 1907, sa mère Julia meurt. Il doit se rendre à Vienne alors qu’il n’a que 16 ans pour y recevoir une urne contenant ses cendres, une expérience traumatisante pour ce jeune homme fragile. Il est pourtant enrôlé dans l’armée britannique lors de la Première Guerre mondiale et obtient un diplôme de maîtrise à Cambridge. Mais le mal de vivre persiste. Il explore successivement la théosophie, le quakerisme et le catholicisme, sans jamais trouver la paix. L’annonce du décès de Pauline, sa sœur aînée, est le coup de grâce. Il s’était installé à Bordeaux pour se rapprocher d’elle, mais la dépression l’enferme dans une impasse. Le 17 septembre 1930, au lendemain même des funérailles de Pauline, Hans se tire une balle dans la tête dans sa chambre d’hôtel de la rue de la Gare à Bordeaux. Il avait 39 ans. Il est alors inhumé au cimetière juif du cours de l’Yser, aux côtés de sa sœur.

La petite dernière s’appelle Margarethe Gertrude (1893-1943), surnommée “Trude”. Elle épouse un riche industriel autrichien du nom de Richard Neumann, de vingt ans son aîné. La dépression qui plane sur la famille comme une malédiction s’empare également de Margarethe, et ses hospitalisations répétées ruinent la fortune du couple. Néanmoins, ils ont un fils, Stefan-Theodor, l’unique petit-fils de Theodor Herzl. Pour le protéger de la montée de l’antisémitisme en Autriche, ses parents l’envoient faire ses études en Angleterre à la fin des années 1930. Restés à Vienne, Margarethe et Richard sont arrêtés par les nazis après l’Anschluss. Déportés en 1942 au camp-ghetto de Theresienstadt (actuelle République tchèque), ils y mourront de faim et d’épuisement face aux conditions de vie inhumaines.

Né en 1918, cet unique petit-fils s’appelle Stefan-Theodor Neumann Norman. Durant la Seconde Guerre mondiale, il est enrôlé dans l’armée britannique où il obtient le grade de capitaine. Entre 1945 et 1946, il visite la Palestine mandataire. L’appel et la vocation de son grand-père font alors écho en lui, et il projette de s’y installer définitivement. Nommé attaché culturel à l’ambassade britannique de Washington, il s’installe aux États-Unis. C’est là qu’il apprend officiellement la terrible réalité de l’extermination de ses parents par les nazis. Submergé par le chagrin et le poids de l’histoire familiale, il se suicide le 26 novembre 1946 en se jetant d’un pont à Washington.

Il ne resta personne de sa propre famille pour poursuivre le rêve de Theodor Herzl. Dans son testament, Herzl demandait à être enterré avec sa famille proche dans l’État juif, une fois que celui-ci aurait été créé. C’est ainsi que le 17 août 1949, un an après la proclamation de l’État d’Israël, sa dépouille ainsi que celles de ses parents, Yaakov et Jeannette, et de sa sœur Pauline, sont inhumées au Mont Herzl à Jérusalem. Plus tard, le 19 septembre 2006, ses deux enfants, Hans et Pauline, y sont à leur tour transférés depuis le cimetière juif de Bordeaux. Enfin, le 5 décembre 2007, le corps de Stefan-Theodor est lui aussi rapatrié des États-Unis pour reposer auprès des siens, refermant définitivement cette tragique lignée.

Théodor Herzl est ses 3 enfants

FDC Israël – Pour le centenaire de sa naissance 1860-1960

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