17 avril 2022
Alexandre Nanot

Exode 12.40 – Vous avez dit 430 ans ?

PDV : Le peuple d’Israël est resté 430 ans en Égypte. NBS : Au bout de quatre cent trente ans, ce jour même, toutes les armées du SEIGNEUR sortirent d’Egypte. …
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PDV : Le peuple d’Israël est resté 430 ans en Égypte.

NBS : Au bout de quatre cent trente ans, ce jour même, toutes les armées du SEIGNEUR sortirent d’Egypte. 

MESCHONNIC : Et le temps de la demeure – des fils d’Israël – qu’ils ont demeuré en Egypte Trente années et quatre cent années.

LXX : Or, le séjour que les fils d’Israël avaient fait tant dans la terre d’Égypte que dans celle de Chanaan, avait duré quatre cent trente ans.

Le Codex Alexandrinus contient les mots « eux-mêmes et leurs pères », après « Khanaan ».

Dans les traductions qui ont suivi le texte massorétique, nous lisons que les fils d’Israël restèrent simplement 430 ans “En Egypte” là où les mentions “en Egypte et dans le pays de Canaan” figurent dans les LXX et le texte Samaritain. Qu’est-ce à dire de ces deux versions ? Les hébreux sont-ils restés 430 ans en Egypte comme le dit le texte massorétique ou faut-il compter ces 430 années depuis un autre moment ?

CHRONOLOGIE

Le travail de la chronologie biblique n’est pas si facile que ça en partie dû au différence que l’on trouve entre le Texte Massorétique et ceux des LXX et parfois même entre les données que l’on trouve dans le Targoum.

Exemple en Gn 11.12
TM : Arpaxad vécut 35 et il engendra shelakh
LXX : Arphaxad vécut 135  ans, et il engendra Caïnan

Gn 11.25
TM : Après la naissance de Térah, Nahor vécut 119 ans
LXX : Et Nahor vécut, après avoir engendré Terah, 129 ans
Targoum Y : Après avoir engendré Terakh, Nakhor vécut 116 ans

Si nous voulons calculer les 430 années dans la chronologie, à savoir si les hébreux sont bien restés en Egypte, comme le dit le texte massorétique, nous arriverions à Abram, or il faudrait plutôt compter ces 430 années à partir du moment où Joseph fait descendre son père Jacob et ses frères pour les installer au Pays de Goshen et de là, jusqu’à la sortie d’Egypte sous la conduite de Moïse. Or, il n’y a véritablement que 210 années qui se sont écoulées. 

Si l’on prend comme point d’arrivée la sortie d’Egypte la 430e années et si l’on remonte jusqu’au point de départ 0, nous nous rendons compte que cela nous amène 5 années avant qu’Abram quitte Our en Chaldée. L’Eternel lui ayant parlé la première fois en Gn 11.31 et rapporté en Gn 12.1

-1813 : Naissance d’Abram

-1738 : Abram quitte Harran à 75 ans (Gn 12.5)

1727 : Naissance d’Ismaël (Gn 16.3)

-1713 : Naissance d’Isaac (Gn 21.5)

-1676 : L’Akheda (Isaac 37 ans)  et mort de Sara à 127 ans (Gn 23.1)

-1653 : Naissance de Jacob, Isaac à 60 ans (Gn 25.26)

1523 : Jacob arrive en Égypte (Gn 47.9) ajouter 210 années et nous arrivons en 

-1313 : Date de la sortie d’Égypte et Don de la Torah au Sinaï

Un autre détail en hébreu, si nous lisons comme l’a fort bien traduit Henri Meschonnic : Et le temps de la demeure – des fils d’Israël – qu’ils ont demeuré en Égypte trente années et quatre cent années. שְׁלֹשִׁים שָׁנָה, וְאַרְבַּע מֵאוֹת שָׁנָה

Nous trouvons à la 400e année la promesse accomplie en la naissance d’Isaac et les 30 années à la première mention de la promesse à Abram.

Cette découpe est intéressante car nous la retrouvons en grec dans le passage de Paul aux Galates, et je n’ai trouvé que la Bible de Genève 1669 qui a pris soin de traduire le kaï en grec qui signifie ET : Or les promesses ont été dites à Abraham, et à sa semence. Il ne dit point “et aux semences”, comme parlant de plusieurs mais comme d’une, “et à ta semence”, qui est Christ. Voilà donc ce que je dis, quant à l’alliance antérieurement validée par Dieu, la Loi qui a paru quatre cent ET trente ans après ne l’annule pas, et ainsi rendrait vaine la promesse. (Ga 3.16-17)

Nous retrouvons un exemple de ce type au sujet de la mort de Sara (Gn 27.1), le texte hébreu  décompose ainsi : Et ce sont les vies de Sarah cent ans et vingt ans et sept ans, les années des vies de Sarah. De là, on peut comprendre que sa vie fut partagée en trois grandes périodes…

Il est intéressant là aussi de consulter le Targum Yeroushalmi qui rend ce passage d’une façon amplifiée :

« Les jours où les enfants d’Israël habitèrent en Égypte furent de trente semaines d’années, ce qui fait deux cent dix ans ; mais le nombre était de quatre cent trente ans depuis que Yahvé avait parlé à Abraham, depuis l’heure où il avait avec lui, le quinze de nisan, passé entre les morceaux, jusqu’au jour où ils sortirent d’Égypte. Et ce fut au terme des trente ans, qu’il y eut depuis la conclusion de ce pacte jusqu’à la naissance d’Isaac, et des quatre cents ans, qu’il y eut depuis le moment où naquit Isaac jusqu’à ce qu’ils sortirent, libérés d’Égypte, et ce fut ce jour même que toutes les armées de Yahvé sortirent, libérées, du pays d’Égypte. »

Le verset suivant (v.41) précise qu’au bout de quatre cent trente ans, ce jour-là même, toute l’armée du Seigneur sortit de l’Egypte – ce qui fait dire que le pacte contracté avec Abram eut lieu le 15 de Nissan eut lieu, jour pour jour, 430 ans auparavant.

Rachi commente ainsi : Trente ans et quatre cents [30 et 400] ans. Il s’est écoulé, entre la naissance de Yits‘haq et maintenant, quatre cents ans (V. Rachi sous Beréchith 15, 13 et sous supra 6, 18). C’est à partir du jour où Avraham aurait une postérité que devait s’accomplir la promesse : « Savoir, tu sauras, que sera étrangère ta descendance sur une terre qui ne sera pas la sienne » (Beréchith 15, 13).

Et trente ans ont passé entre cette annonce, faite lors de l’alliance entre les bêtes découpées, et la naissance de Yits‘haq. On ne peut pas soutenir que ce nombre d’années est celui du temps passé en Égypte. En effet, Qehath faisait partie de ceux qui sont « descendus » en Égypte. Si l’on additionne sa durée de vie [cent trente trois ans (supra 6, 18)] à celle de ‘Amram [cent trente sept ans (supra 6, 20)] et aux quatre-vingts ans qu’avait Mochè, le total est inférieur à quatre cents, et encore ne tient-on pas compte de l’âge qu’avait Qehath lors de sa venue en Égypte, ni des années de vie commune des pères et des fils.

L’exil en Égypte n’a donc pas pu durer quatre cents ans, d’où la nécessité de considérer les autres « séjours » comme autant d’exils. Il en est ainsi de ‘Hèvron, « où demeurèrent (gar, dans le sens d’une résidence précaire) Avraham et Yits‘haq » (Beréchith 35, 27) ou encore du « pays de Kena‘an, le pays de leurs séjours dans lequel ils ont résidé » (supra 6, 4). D’où la nécessité d’admettre que l’annonce : « sera étrangère ta descendance sur une terre qui ne sera pas la sienne » a pris effet lorsque Avraham a eu un fils.

Cependant, si tu comptes les années qui séparent la naissance de Yits‘haq de la sortie d’Égypte, tu n’en trouveras que deux cent dix. C’est l’une des anomalies qu’ont relevées et corrigées à l’intention du roi Ptolémée les soixante-dix Anciens, auteurs de la traduction des Septante (Meguila 9a).

Il est difficile de comprendre Rachi sur cette dernière phrase : Cependant, si tu comptes les années qui séparent la naissance de Yits‘haq de la sortie d’Égypte, tu n’en trouveras que deux cent dix – alors qu’il y a 400 ans. Est-ce là une erreur de compréhension ou de traduction des écrits de Rachi ?

Pour conclure, il serait plus juste de traduire ce passage d’Exode 12.40 en combinant les LXX et celle de Meschonnic rendant ainsi ce verset : Et le séjour que les fils d’Israël avaient fait dans la terre d’Égypte [et en terre de Canaan] – trente années et quatre cents années.

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