PDV : Le SEIGNEUR Dieu fait des vêtements en peau d’animal pour l’homme et la femme, et il les habille de cette façon.

Nulle part dans le texte original vous voyez qu’il s’agit de peau provenant d’un animal. Le fait d’ajouter cet adjectif à « peau » conditionne le lecteur, influence sa façon de lire, et restreint considérablement son interprétation ; ce qui la limite au sens simple. Or, rien dans le texte ne le précise, si ce n’est qu’il leur fit des habits de peau. L’hébreu joue sur ce mot « OR » qui veut dire « lumière » ou bien « peau », cependant, il n’y a qu’une lettre qui change. Rien que sur ce verset, nous pouvons trouver plusieurs interprétations.

Allons voir premièrement comment certaines bibles traduisent ce verset :

MART : Et l’Éternel Dieu fit à Adam et à sa femme des robes de peaux, et les en revêtit.
JER1955 : Yahvé Dieu fit à l’homme et à sa femme des tuniques de peau et les en vêtit.
FC : Le Seigneur fit à l’homme et à sa femme des vêtements de peaux de bête et les en habilla.

Nous avons souvent cette fâcheuse tendance à vouloir faire dire au texte ce qu’il ne dit pas. Ceci est d’autant plus grave dans une traduction, car les traducteurs font lire aux autres ce que l’auteur lui-même n’a pas voulu dire. Par contre, donner plusieurs explications à un même verset est très riche de sens. La Torah étant la parole de Dieu, elle ne peut se limiter à 1, voire à 2 interprétations. Le Talmud enseigne la chose suivante : La Torah est étudiée sous soixante-dix facettes [visages]. D’après le verset de Jr 23.29, cela signifie : de même que le marteau divise la roche en une multitude d’éclats, de même un seul verset frappé fait jaillir d’innombrables étincelles (Traité Sanhédrin, 34a).

Le PRDS, ce qui a donné le Paradis, est composé de 4 lettres P R D S, qui correspondent à 4 niveaux de lecture et d’interprétation :

-Le pchat, c’est le sens immédiat du texte, tel qu’il est écrit. C’est l’interprétation la plus simple
-Le remez fait preuve d’allusion
-Le drach est plutôt symbolique, on utilise la guématria voir d’autre méthode d’éxègese
-Le sod « secret », il ne renvoie à aucun sens. Dans la Cabale, on y accède par des voies mystiques. Pour un chrétien, nous dirions que c’est une révélation que l’on reçoit par le Saint Esprit.

Revenons à notre verset, la première remarque serait d’y voir un sens propre et un sens figuré. Au sens propre, on évoquerait donc une nudité physique et au sens figuré la nudité spirituelle. Quand nous lisons le texte tel qu’il nous est rapporté, nous lisons : L’Éternel Dieu fit à l’homme et à sa femme des tuniques de peau et les en vêtit.

Le sens propre

Revenons quelque peu en arrière… Dieu pose alors la question à l’homme : Qui t’a appris qu’il est honteux d’être nus ? Comment du jour au lendemain, l’homme a t-il eu conscience que c’est honteux d’être nus ? L’arbre de la connaissance du bien et du mal lui a ouvert les yeux sur une réalité : être nu est devenu une chose mauvaise. La sexualité n’est nullement ici remise en question comme les Pères de l’Église l’ont noté ; la sexualité dans le cadre du mariage est conforme à l’acte de la création, d’avant la chute. Adam et Eve avaient réalisé qu’ils étaient nus, alors ils se firent des pagnes avec des feuilles de figuiers. Ils les avaient fait en urgence, c’était un cache temporaire. Dieu va lui-même tailler sur mesure des habits dont Il va les revêtir, afin de cacher leur nudité. Dieu vient au secours de la détresse de l’homme. C’est le sens simple, appelé pchat.

On ne remet pas en cause le texte, on l’accepte simplement dans ce qu’il dit. Les sages d’Israël vont plus loin dans cet acte de Dieu envers l’homme, ils y voient un acte de miséricorde dont chacun doit s’inspirer. Ils nous enseignent l’importance de fournir des vêtements aux pauvres. La honte qu’ils éprouvent est un sentiment difficile à surmonter.
Jésus lui-même dira dans Mat 25.36 : j’étais nu, et vous m’avez vêtu; j’étais malade, et vous m’avez visité…

Passons au sens figuré :

Le vêtement est nécessaire pour couvrir la nudité ; être nu c’est être dans une situation honteuse, ceci à cause du péché. Dans la bible, nous trouvons des exemples de la nudité au sens propre et au sens figuré. On pourrait prendre cette image d’un paon, magnifique oiseau, habillé d’un plumage extraordinaire, ouvrage du créateur ; on dit qu’il a 365 couleurs. C’est ce qui fait toute sa beauté. Déplumez-le et voyez le se promenant tout nu…… C’est comme s’il avait perdu sa gloire. Et bien pour l’homme c’est ce qu’il s’est passé ; il a perdu sa gloire , cet habit de lumière qui l’environnait. Tous les animaux ont un pelage, une fourrure, un plumage à l’exception du serpent et du ver, comme dira David Je suis nu comme un ver (Ps 22.7).

Vous vous souvenez très certainement de ce triste épisode qui survint juste après le déluge, nous lisons en Genèse 9.22 : Noé, qui était cultivateur, commença à planter de la vigne. Ayant bu du vin, il s’enivra, et il se découvrit au milieu de sa tente. Cham, père de Canaan, vit la nudité de son père, et il alla le rapporter dehors à ses deux frères. Alors Sem avec Yapheth prit le manteau de Noé et, l’ayant mis sur leurs épaules, ils marchèrent à reculons et couvrirent la nudité de leur père. Comme leur visage était tourné en arrière, ils ne virent pas la nudité de leur père.

Noé, dans son état d’ivresse s’est laissé entraîner à la débauche, comme l’indique le texte.

Au chapitre 18 du livre du Lévitique, il nous est donné une liste de 27 interdictions sexuelles. Souvent la traduction utilise les termes « tu ne découvriras pas la nudité de …… » SEM dit « tu n’auras pas de relation sexuelle avec …. » – Comme ça au moins, c’est dit clairement.

Sem et Yaphet ont recouvert la nudité par le vêtement, tout comme Dieu l’avait fait pour Adam, ce qui relève Noé de sa position.

Jean 21.7 : Alors le disciple que Jésus aimait dit à Pierre: C’est le Seigneur ! Et Simon Pierre, dès qu’il eut entendu que c’était le Seigneur, mit son vêtement et sa ceinture, car il était nu, et se jeta dans la mer.

Visiblement, Pierre éprouva de la honte quand il apprit que le Christ ressuscité le regardait . Sa réaction fut de se vêtir et il se jeta dans la mer pour cacher sa nudité.

Au sens figuré, nous trouvons deux textes en Apocalypse qui décrivent la nudité comme un état de faiblesse, de pauvreté et de dénuement spirituel,

Apocalypse 16.15 : Voici, je viens comme un voleur. Heureux celui qui veille, et qui garde ses vêtements, afin qu’il ne marche pas nu et qu’on ne voie pas sa honte !

On reconnaît là le parallèle avec Adam et Eve.

L’Eglise de Laodicée avait les moyens pour se vêtir dans le luxe, pourtant le Seigneur lui reproche le contraire, on comprend donc que cette nudité est un langage spirituel.

Ap 3.14 : Écris à l’ange de l’Église de Laodicée: Voici ce que dit l’Amen, le témoin fidèle et véritable, le commencement de la création de Dieu:
15 Je connais tes œuvres. Je sais que tu n’es ni froid ni bouillant. Puisses-tu être froid ou bouillant !
16 Ainsi, parce que tu es tiède, et que tu n’es ni froid ni bouillant, je te vomirai de ma bouche.
17 Parce que tu dis: Je suis riche, je me suis enrichi, et je n’ai besoin de rien, et parce que tu ne sais pas que tu es malheureux, misérable, pauvre, aveugle et nu ,
18 je te conseille d’acheter de moi de l’or éprouvé par le feu, afin que tu deviennes riche, et des vêtements blancs, afin que tu sois vêtu et que la honte de ta nudité ne paraisse pas, et un collyre pour oindre tes yeux, afin que tu voies.
19 Moi, je reprends et je châtie tous ceux que j’aime. Aie donc du zèle, et repens-toi.

Passons au Remez, si je prends la note de la bible Scofield, nous lisons : (3.21) Habits de peau : une allusion à christ qui a été fait justice pour nous (1Cor 1.30). Dieu pourvoit les premiers pécheurs d’un vêtement, pour qu’ils puissent paraître en sa présence. On notera au passage la méthode d’interprétation qu’utilisa Cyrus Ingerfield Scofield tout au long de ses notes. Il utilise très fréquemment la méthode du Remez.

Pour la majorité des évangéliques, la traduction PDV leur conviendra et certains iraient même jusqu’à y lire L’Éternel Dieu fit à l’homme et à sa femme des tuniques de peau provenant « d’un agneau » et les en vêtit. C’est cette interprétation qui revient le plus souvent, celle que Dieu a sacrifié un agneau, une innocente victime, pour sauver les pécheurs. C’était là une préfigure qui annonçait la mort de Jésus, lui l’Agneau de Dieu, qui 3400 ans plus tard, donnera sa vie pour sauver ceux qui mettraient leur foi en Lui.

Lorsqu’Adam et Eve ont désobéi à l’ordre que Dieu leur avait donné, ils ont perdu leur innocence, connaissant le bien et le mal ; leur relation privilégiée avec Dieu a été rompue ; la mort entre dans l’homme ainsi que la maladie ; la souffrance et le labeur du travail s’installent.

Pour les Orthodoxes et les Pères syriaques, ces « tuniques de peau » sont le vêtement de la condition humaine déchue. Elles remplacent le vêtement de gloire qui était la condition dans laquelle Adam et Eve étaient avant de désobéir.

Cette peau est sujette à la maladie, aux blessures, et à la mort. Point de fontaine de Jouvence pour retarder le vieillissement ; les pommades antirides n’y feront rien. À cause de notre nature de péché, notre enveloppe est vouée à la poussière, mais l’espérance de la résurrection d’entre les mort est nôtre.

Revenons au verset L’Éternel Dieu fit à l’homme et à sa femme des tuniques de peau et les en vêtit. Quand nous lisons ce verset, nous comprenons que L’Éternel Dieu leur fit des tuniques pour mettre sur leur peau. De fait, au lieu de lire L’Éternel Dieu fit à l’homme et à sa femme des tuniques de peau et les en vêtit, nous interprétons L’Éternel Dieu fit à l’homme et à sa femme des tuniques pour la peau et les en vêtit.

 

אור la Lumière – עור la peau

Un Midrash enseigne que dans la Torah de Rabbi Meir il était écrit que : « D.ieu leur fit des tuniques de lumière « Or « au lieu de « tuniques de peau (‘Or) ». Rabbi Yohanan dit : Il est écrit « des tuniques de peau » car elles adhéraient à la peau, en effet l’ange Gabriel serait habillé d’un vêtement émanant de lui et faisant corps avec lui. Après la Chute d’Adam et d’Eve,  » Dieu leur fit des tuniques de peaux « ,  » Kotnoth ‘Or « .

Le Zohar explique qu’avant la Chute, Adam et Eve étaient revêtus de vêtements de lumière. La désobéissance a fait fuir la présence de Dieu qui les entourait. Ils ont donc aussitôt remarqué leur nudité. Ils étaient nus et à nu.

Adam est donc vêtu d’un habit à deux faces, l’un intérieur qui brille lorsque le corps est vêtu pour couvrir la nudité, et l’autre profane qui chasse la Shékina si le corps est dévêtu. Le vêtement protège, les habits sont là pour garder la lumière intérieure. C’est la base de la Tsniout, la pudeur, dont Pierre fait éloge. Regardez la société :plus les années avancent, plus le corps est exhibé, la pudeur est chassée des écrans, des plages, des lieux publics : Ce qui conditionne pour les jeunes, une norme vestimentaire, qui va à l’opposé de ce que la bible enseigne. C’est comme si l’on voulait s’affranchir des conséquences du péché : « Oui ils étaient nus, mais pourquoi devrions-nous en avoir honte ? » Tel est l’Homme moderne, sans Dieu et perdu.

Plus un corps est dévêtu, plus il perd de la lumière ; plus il est protégé, plus il émane une lumière spirituelle.

Il est important de comprendre quel était l’état d’Adam avant la chute, car la résurrection d’entre les morts, espérance des rachetés, des élus et des appelés, nous ramènera à cet état de félicité, qui était en Eden, là où la gloire de Dieu environnait Adam et Eve.

D’ailleurs Eve et Adam étaient d’après Rabbi Yehouda, enveloppés d’une auréole de lumière. Ce rayonnement faisait que nul ne s’apercevait de sa nudité. Mais en fautant, l’auréole de gloire disparut et il ne resta plus que les vêtements qui couvraient leur peau. Rabbi Itzhak évoque le fait que l’unique vestige de cette transparence est la lunule (partie blanche en forme de lune) à la racine des ongles.

Prenons de la hauteur, car les deux scènes suivantes se déroulent sur des montagnes.

Exode 34.29 : Moïse descendit de la montagne de Sinaï, ayant les deux tables du Témoignage dans sa main, en descendant de la montagne ; et il ne savait pas que la peau de son visage rayonnait, parce qu’il avait parlé avec l’Éternel.
33 lorsque Moïse eut achevé de leur parler, il mit un voile sur son visage.
34 Quand Moïse entrait devant l’Éternel, pour lui parler, il ôtait le voile, jusqu’à ce qu’il sorte ; et quand il sortait, il disait aux enfants d’Israël ce qui lui avait été ordonné.
35 Les enfants d’Israël regardaient le visage de Moïse, et voyaient que la peau de son visage rayonnait ; et Moïse remettait le voile sur son visage jusqu’à ce qu’il entre, pour parler avec l’Éternel.

Moïse jouissait d’une relation privilégiée avec Dieu, il lui parlait face à face, comme on parle à un ami. Son visage s’imprégnait de la gloire de Dieu. Il était dans le même état qu’Adam avant la chute. Il devait se couvrir le visage d’un voile à la vue des enfants d’Israël. En effet, ceux-ci ne pouvaient supporter de voir son visage : c’était intenable.

La Transfiguration

Marc 9.2 : Six jours après, Jésus prit avec lui Pierre, Jacques et Jean, et il les conduisit seuls à l’écart sur une haute montagne. Il fut transfiguré devant eux;
3 ses vêtements devinrent resplendissants et d’une telle blancheur que personne sur la terre ne peut blanchir ainsi.
4 Elie et Moïse leur apparurent; ils s’entretenaient avec Jésus. S21

[…] Et il fut transfiguré devant eux ; et son visage resplendit comme le soleil, et ses vêtements devinrent  blancs comme la lumière. DARBY

La métamorphose ne semble concerner que les vêtements de Jésus. Dans la littérature apocalyptique, la blancheur extrême du vêtement est un attribut céleste :  » Un Vieillard prit place : son habit était blanc comme de la neige  » (Dn 7, 9).
La transformation lumineuse est l’apanage des élus :  » Vous apparaîtrez brillants comme les luminaires célestes  » (1 Henoch 104, 2).

 

אור la Lumière – עור la peau

« Aour » Aleph Vav Resh אור – lumière, ne diffère que par une lettre du mot peau, ‘Or – Ayin Vav Resh עור . Le remplacement de l’Aleph, qui désigne l’unité et la transcendance, est la conséquence de la « faute ».
Le Ayin est l’antithèse de l’Aleph, lumière devient peau ; la peau qui est matérialité et une chose de ce monde.

Enfin, si l’on utilise la guématria de ces deux mots « O »r et « Aour », on obtient respectivement 15 et 9.

L’écart entre les deux étant de 6 qui représente le Vav, axe du monde, lien de l’En haut et de l’En-bas…la lèvre, vav

D’une certaine manière l’homme devint ainsi aveugle, déduction appuyée par le fait que les lettres du mot lumière – אור aleph vav rech (‘Or) – peuvent former par homonymie le mot « aveugle « qui se dit iver (mais avec la lettre ayin et non aleph). Dans ce même sens, le texte biblique raconte que Dieu dessilla les yeux d’Adam et Eve après qu’ils eurent mangé du fruit défendu, qu’Il les rendit aveugles à cette lumière et qu’ainsi, ils découvrirent qu’ils étaient nus… tu ne sais pas que tu es malheureux, misérable, pauvre, aveugle et nu .

Nous pouvons donc dire que ces tuniques sont des tuniques de peau opaque car elles rendent l’homme aveugle, mais elles sont encore en quelque façon des tuniques de lumière en ce sens qu’elles laissent malgré tout transparaître la toute-puissance du Créateur.

Le Meam Loez, oeuvre de Yaacov Couli (1730) nous rapporte : « Dieu prit la peau que le serpent avait perdu et en fit des vêtements pour Adam et Eve ». D’autres disent que Dieu créa un animal du nom de Ta’hach dont sa peau était brillante et bigarrée. C’est cette même peau qui fut utilisée pour couvrir le tabernacle (Ex 25.5).

 

A.NANOT