Qui a déjà lu la Didachè ? Posez cette question dans votre assemblée ou votre communauté et vous serez étonnés de voir le nombre de chrétiens n’ayant jamais lu cet écrit, ni même en avoir entendu parler. Alors qui blâmer ? A qui la faute ? Personne évidemment. Par contre, si elle avait été mise au canon du Nouveau Testament, la question ne se poserait pas. Malheureusement l’apôtre Jean, qui fut le plus jeune des douze et le dernier des disciples à mourir, s’est éteint vers l’an 100 ce qui fait qu’aucun des douze, ayant l’autorité apostolique, n’a pu attester de sa véracité pour qu’il soit intégré au canon. 

Quand on lit ce recueil pour la première fois, on est frappé par le nombre de renvois à l’évangile de Matthieu. Le style de rédaction est typiquement celui d’un juif qui a suivi l’enseignement de Jésus de Nazareth, le messie tant attendu. 
La Didachè fait partie d’une série d’ouvrages composant le recueil communément appelé « les Pères Apostoliques ». Il s’agit là de la première génération des Pères, ceux qui suivent la génération des Douze. Le recueil comprend les livres suivants :

  • La Didachè
  • 2 Épîtres de Clément de Rome
  • Homélie du IIe siècle
  • Lettres d’Ignace d’Antioche
  • Lettre aux Philippiens de Polycarpe de Smyrne
  • Le Martyre de Polycarpe
  • Lettre de l’Église de Smyrne
  • Lettre du Pseudo-Barnabé
  • Fragments de Papias d’Hiérapolis
  • Le Pasteur d’Hermas
  • A Diognète

DATATION

Le récit en question est un document du christianisme primitif, écrit vraisemblablement vers la fin du Ier siècle voire le début du IIe en Syrie ou en Palestine, ce qui en fait l’un des plus anciens témoignages écrits qui nous renseigne sur la vie des premiers chrétiens, l’organisation des Églises, la liturgie du baptême et de l’eucharistie et enseignement catéchétique que recevaient les chrétiens du premier siècle. Pour le Père Audet, la date proposée pour sa rédaction varierait entre 50 et 70.

Si Irénée de Lyon (130-202) la cite dans ses écrits, c’est lors donc que la Didachè est antérieure à cette date, mais d’autres Pères de l’Église comme Clément d’Alexandrie ou bien Origène y font référence, ainsi qu’Eusèbe de Césarée. 
Origène (185-254) mentionne plusieurs livres comme admis au canon mais certains livres sont contestés comme les épîtres aux hébreux, de Jacques, Jude, et d’autres mais aussi Le Pasteur d’Hermas et la Didachè.
Athanase d’Alexandrie (296-373) en conseillait la lecture bien que le texte ne soit pas canonique. 

Ce que l’on peut dire sur le contenu de cet écrit, c’est qu’il s’accorde avec la pensée néotestamentaire, ce qui le considère comme un écrit orthodoxe.

Le seul codex connu à ce jour qui contient la Didachè est le Codex Hierosolymitanus daté de 1056. Cependant, il est absent des Codex Sinaïticus, Alexandrinus et Vaticanus. En 1900, furent retrouvés les six premiers chapitres dans une ancienne version latine.

Après avoir disparu pendant des siècles, le texte de la Didachè a été retrouvé vers 1873 par le métropolite Philothée Bryennios de Nicomédie, dans un manuscrit grec conservé depuis dans la Bibliothèque du Patriarcat grec de Jérusalem.
Ce manuscrit, connu sous le nom de Codex Hierosolymitanus contient l’intégralité de la Didachè, ainsi que l’Épître de Barnabé, les deux épîtres de Clément de Rome, une lettre d’Ignace d’Antioche, et une liste de livres de la Bible déterminée par Jean Chrysostome. Tous ces textes sont la base de ce que l’on appelle les écrits des Pères Apostoliques.

Ce codex fut copié à Jérusalem en 1056 et attribué à un certain « Léon, scribe et pécheur ». Le manuscrit retrouvé est rédigé en grec et s’intitule « Doctrine du Seigneur transmise aux nations par les douze apôtres ».
Le titre de cet écrit est : La Didachè (prononcé “Didakè”) est généralement traduit en français par l’Enseignement des douze Apôtres, l’enseignement ou la Doctrine des Apôtres, choisissez le mot qui vous convient, les deux sont valables. En effet le mot grec « Διδαχή » didakè peut tout aussi bien signifier « enseignement » ou « doctrine » en grec koinè. 

Philotheos Bryennios

SON HISTOIRE

C’est en 1873, au lieu-dit du couvent du Saint Sépulcre de Constantinople, qu’un certain métropolite de Nicomédie, Philotée Bryennios, découvrait cette merveilleuse bibliothèque qui contenait des ouvrages ayant traversé les âges. Alors qu’il  feuilletait un manuscrit daté de 1056, il découvrit, à la suite des écrits de St Jean Chrysostome et des deux lettres que l’on attribue à Clément de Rome, un texte portant le titre  : Διδαχὴ τῶν δώδεκα ἀποστόλων – ce que l’on traduisit : La Doctrine des Douze Apôtres. Un second titre, juste en dessous, semble expliciter le premier : Doctrine du Seigneur enseignée aux nations par les douze Apôtres.
Le couvent de Constantinople dépend du patriarcat grec orthodoxe de Jérusalem, c’est pourquoi le manuscrit y a été transféré et fut nommé Hierosolymitanus, pour être ensuite désigné sous le sigle H. 54.

En 1883 parut l’édition princeps. Une telle  diffusion suscita une véritable révolution de la part des critiques. Peut-être allions nous enfin résoudre, grâce à cet écrit, tous les problèmes concernant la question du baptême, de l’Eucharistie, le contenu de la prédication apostolique le fonctionnement de la hiérarchie de l’Église primitive.Le livret de la Didachè ne se présentait pas comme un inconnu : une liste d’écrits chrétiens, dressée par Eusèbe de Césarée († 339) le mentionnait, le mettant au rang des apocryphes, tout comme le Pasteur d’Hermas, l’Épître attribuée à Barnabé et l’Apocalypse de Jean. Saint Athanase, écrivant en 367, nous apprend dans la Lettre festale 39 que la Didachè est depuis longtemps utilisée en Égypte pour la formation des catéchumènes.

COMPOSITION

Le texte de la Didachè est surtout un petit traité de code moral de liturgie. Le texte est divisé en cinq parties couvrant les seize chapitres. 

-Comportement de la communauté quant à l’éthique (I-VI)

-Liturgie (VII-X)

-Attitude face aux prophètes itinérants et les chrétiens vagabonds (XI-XIII) 

-Règle de la vie communautaire (XIV-XV) 

-L’eschatologie (XVI)

La Didachè s’ouvre sur une doctrine : la doctrine des deux voies : la voie de la vie et celle de la mort. Du chapitre premier au quatrième, il est expliqué en quoi consiste le chemin de la vie. En lisant avec attention ces quatre premiers chapitres, il ressort avec évidence que le texte dénote une influence judéo-chrétienne. Les sentences rappellent vivement le Sermon sur la montagne (Mt 5-7). C’est ainsi que nous pouvons lire : « tu aimeras le Dieu qui t’a créé, en second ton prochain comme toi-même.. », « bénissez ceux qui vous maudissent et priez pour ceux qui vous haïssent… », etc. 

Le deuxième chapitre aborde l’aspect de la seconde table des dix commandements, les devoirs envers son prochain et qui en fait est une suite de restrictions à ne pas violer si l’on veut rester sur la voie de la vie : « tu ne tueras pas », « tu ne commettras pas d’adultère »…; la condamnation de l’avortement est clairement exprimée : « tu ne tueras pas d’enfants par avortement ou après la naissance ».

EXTRAIT

II. Voici maintenant le second commandement de l’enseignement :
Tu ne tueras point (Ex 20.13)
tu ne commettras point d’adultère (Ex 20.14 ; Mt 19.18)
tu ne souilleras point les enfants
tu ne seras point impudique
tu ne déroberas point
tu ne t’adonneras point à la magie
tu ne prépareras point de breuvages empoisonnés
tu ne tueras point l’enfant par avortement et tu ne le feras pas mourir après sa naissance1
Tu ne convoiteras point ce qui appartient au prochain

  1. A l’époque de Marc-Aurèle, Athénagore écrira dans son Apologie: « Nous tenons pour homicides les femmes qui se font avorter et nous croyons que c’est tuer un enfant que de l’exposer.» Cf. Tertullien: « Pour nous à qui tout homicide est défendu, il nous est interdit de détruire le fruit d’une mère dans son sein, avant même que l’homme soit formé. C’est un homicide anticipé que d’empêcher la naissance, car quelle différence y a-t-il entre s’opposer à la naissance d’une âme et l’arracher du corps qu’elle anime ?  » (Apologie 9).

Le troisième chapitre quant à lui ressemble davantage à une exhortation, une prière à ne point commettre le mal. Une exhortation articulée par l’anaphore « Mon enfant », en début de chaque phrase. Il s’agit en effet de conseils qui permettraient d’éviter les meurtres, les adultères, l’idolâtrie. 

EXTRAIT

III. Mon enfant, fuis loin de tout mal et loin de tout ce qui lui ressemble.
Ne sois pas colère, car la colère conduit au meurtre, ni jaloux ni querelleur ni emporté, car de tout cela naissent les meurtres.
Mon enfant, ne sois pas convoiteux, car la convoitise conduit à l’impudicité ; ne tiens pas de propos obscènes et n’aie pas le regard hardi, car de tout cela naissent les adultères.
Mon enfant, ne t’adonne pas à la divination car cela conduit à l’idolâtrie,ni enchanteur, ni astrologue et ne purifie pas par l’externe; ne désire pas même regarder ces choses, car de tout cela naît l’idolâtrie.
Mon enfant, ne sois pas menteur, parce que le mensonge conduit au vol, ni avare ni vaniteux, car de tout cela naissent les vols.
Mon enfant, ne t’adonne pas aux murmures, car cela conduit au blasphème, ne sois pas arrogant ni malveillant, car de tout cela naissent les blasphèmes. Mais sois doux puisque les doux recevront la terre en héritage (Mt 5.5).

Le quatrième chapitre comprend une série d’exhortation à rechercher la compagnie des sages et des saints afin d’acquérir sagesse et maturité. Ce chapitre clôt la voie de la vie

Les chapitres cinq et six s’attardent sur l’autre voie : celle de la mort.

Le septième chapitre décrit la pratique du baptême et du jeûne.

VII. Quant au baptême, baptisez ainsi ; après avoir proclamé tout ce qui précède, baptisez au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit1 dans de l’eau vive. Mais si tu n’as pas d’eau vive, baptise dans une autre eau ; si tu ne peux pas (baptiser) dans l’eau froide,que ce soit dans l’eau chaude.Si tu n’as ni l’une ni l’autre(en quantité suffisante), verse trois fois de l’eau sur la tête au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit 2. Avant le baptême, que celui qui administre le baptême et celui qui le reçoit se préparent par le jeûne et si d’autres personnes le peuvent, (qu’elles fassent de même) ; en tous cas tu commanderas à celui qui va être baptisé de jeûner un ou deux jours auparavant.

1.Notez la formule trinitaire : Le Père, le Fils et l’Esprit Saint.
2.Nous savons là le plus ancien document relatant la pratique du baptême au Ier siècle. On peut observer que la pratique de l’aspersion n’est applicable que dans le cas échéant.

Le huitième chapitre concerne le jeûne et la prière. Il est conseillé de jeûner le mercredi et le jour de la préparation du Sabbat. La prière est celle laissée par le Seigneur : le Pater (Notre Père). La Didachè recommande aux catéchumènes de faire cette prière trois fois par jour.

Le neuvième chapitre est un témoin de la présence de l’Eucharistie dès les premiers siècles. Des instructions précises (et une prière de remerciement est exigée (chapitre dix)) sont données, que ce soit pour le vin ou le pain. La restriction veut que seuls les baptisés au Nom du Seigneur partagent l’Eucharistie.

Extrait

IX. Quant à l’Eucharistie, faites ainsi vos actions de grâces. D’abord pour la coupe : Nous Te rendons grâce, notre Père,pour la sainte vigne de David Ton enfant que Tu nous as fait connaître par Jésus Ton Enfant. A Toi la gloire pour l’éternité. Pour la fraction du pain: Nous Te rendons grâces, notre Père, pour la vie et la connaissance que Tu nous as fait connaître par Jésus Ton Enfant.A Toi la gloire pour l’éternité.De même que ce pain rompu était dispersé sur les collines et que, rassemblé, il est devenu un (seul tout),qu’ainsi soit rassemblée Ton Église des extrémités de la terre dans Ton Royaume. Car à Toi appartiennent la gloire et la puissance par Jésus-Christ pour l’éternité.Que personne ne mange ni ne boive de votre Eucharistie sinon ceux qui ont été baptisés au nom du Seigneur ; car c’est à ce sujet que le Seigneur a dit : Ne donnez pas ce qui est saint aux chiens.

Le chapitre dix comporte deux prières. La première est un remerciement à adresser après l’eucharistie et la deuxième est une prière pour l’Église dont voici l’extrait :

Souviens-Toi, Seigneur, de Ton Église, pour la délivrer de tout mal et la rendre parfaite dans Ton amour et rassemble-la des quatre vents, elle que Tu as sanctifiée pour Ton royaume que Tu lui as préparé, car à Toi appartiennent la puissance et la gloire pour l’éternité.Que la grâce arrive et que ce monde passe. Hosanna au Fils de David ! Si quelqu’un est saint, qu’il vienne; s’il ne l’est pas, qu’il se repente. Maranatha. Amen.

Du chapitre onze au chapitre quinze, nous avons affaire à une partie disciplinaire. Une invitation à se méfier de tous ceux qui oseraient dire le contraire de ce qui est dit dans les chapitres précédents. On doit se réunir le jour dominical pour rompre le pain – après avoir confessé ses péchés.

Extrait

XV. Élisez-vous donc des évêques et des diacres1 dignes du Seigneur, hommes doux et désintéressés, véridiques et éprouvés, car pour vous ils remplissent, eux aussi,l’office des prophètes et des docteurs. Ne les méprisez donc pas, car ils sont chez vous les personnages en honneur avec les prophètes et les docteurs. Reprenez-vous les uns les autres non pas en colère mais en paix, comme vous en avez l’ordre dans l’Évangile et celui qui manque à son prochain, que nul d’entre vous ne lui parle ni ne l’écoute jusqu’à ce qu’il se soit repenti.


1.Les responsables de communautés locales sont appelés episkopoi kai diakonoi, évêques et diacres. Notez la pluralité des évêques et non une présidence en solo.

Le chapitre seize est une conclusion et une invitation à veiller, à être vigilant contre les faux prophètes, en attendant le retour du Seigneur. Ce chapitre traite en fait de l’eschatologie et se clôt donc ainsi : « Alors le monde verra le Seigneur venant sur les nuées du ciel ».

EXTRAIT

Et alors paraîtront les signes de la vérité ; d’abord le signe de l’ouverture du ciel, puis le signe du son de la trompette et troisièmement la résurrection des morts, non de tous il est vrai, mais comme il est dit: « Le Seigneur viendra et tous les saints avec Lui ! ». Alors le monde verra le Seigneur venant sur les nuées du Ciel.

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