LXX : Le Seigneur m’a créée au commencement de Ses voies

SEG : L’Éternel m’a créée la première de ses œuvres

TBS : L’Éternel m’a possédée dès le commencement de ses voies

S21 : L’Éternel me possédait au commencement de son activité

SEM2015 : L’Éternel m’a donné naissance tout au début de son activité

SYN : L’Éternel m’avait auprès de lui quand il commença son œuvre

TOB 2010 : Le SEIGNEUR m’a engendrée, prémice de son activité

LIEN : Yahweh m’a donné l’être, prémices de ses voies

JER 1955 : Le Seigneur m’a faite pour lui, principe de son action

Ce verset est l’un des plus battus en brèche et il est source d’hérésies à cause d’une mauvaise traduction car c’est toujours le cas lorsque l’on fait entorse au texte sacré. 

Segond traduisit dans sa première traduction en 1880: L’Éternel m’a créée, la première de ses oeuvres. La révision de 1910 a gardé cette erreur mais à partir de 1975 les choses évoluent rendant par : L’Éternel me possédait (COL); L’Eternel m’a acquise (NEG 1979); Le SEIGNEUR m’a produite (NBS).

Les traductions plus anciennes telles que la version grecque d’Aquila, Symmaque et Théodotion suivies de la Vulgate ont préféré utiliser « posséder, acquérir ».

La LXX et la Peshitta rendent par “créer”.

CRÉER OU POSSÉDER

En hébreu, nous avons deux verbes pour créer. Le premier que l’on trouve dans Gn 1.1 : בָּרָא bara – c’est l’acte du Dieu créateur, on appelle cela ex-nihilo, c’est-à-dire créér à partir de rien, il n’y a que Dieu qui puisse faire cela. 

Le deuxième verbe  עַש ‘asa est utilisé lorsque l’on fabrique ou l’on crée à partir d’une matière préexistante, comme un potier va faire un vase avec de l’argile ou un menuisier va faire une armoire avec comme matière première le bois.

Cependant, aucun de ces verbes n’est utilisé dans ce verset.

Voyons ce verset de plus près : 

Litt : L’Eternel m’a possédée, première de ses voies, avant les oeuvres faites d’alors.

Le verbe utilisé ici est qânâh קָנָה – il veut davantage dire « posséder, acquérir ou acheter », c’est la base du nom Caïn, le premier fils d’Eve qu’elle nomme ainsi parce qu’elle l’a acquis grâce à l’Eternel.

On retrouve ce même mot dans ce passage de Genèse 14.19 et 22 : Il bénit Abram, et dit : Béni soit Abram par le Dieu Très-Haut, maître קָנָה du ciel et de la terre !
Nous pourrions ainsi traduire : le Possesseur du ciel et de la terre.

La Bible Annotée commente : L’Eternel m’a possédée. Nous avons rendu le verbe kana tantôt par fonder (Genèse 14.19), tantôt par établir (Deutéronome 32.6), tantôt par acquérir (Proverbes 4.7; Genèse 47.22; Esaïe 11.14); par donner l’être (Genèse 4.1), on enfin par acheter (Genèse 25.10); mais jamais par créer. Si l’auteur avait voulu parler de la création de la Sagesse, il aurait employé le verbe bara. Cependant le verbe posséder, auquel nous avons eu recours, doit être entendu en ce sens que cette possession a été précédée par une acquisition : Dieu m’a préparée / m’a mise et m’a eue à sa disposition / Comme prémices de ses voies, ou plus exactement : de sa voie, c’est-à-dire de son activité.

QUI EST CETTE SAGESSE ?

Ce verset est souvent évoqué en théologie systématique lorsque nous abordons le chapitre de la Christologie et plus précisément la Préexistence du Christ. Parler de la Préexistence de Christ, c’est dire que le Messie (Christ et la traduction grecque de Machiah-Messie) existait de toute éternité, mais disons plus précisément avant son incarnation.

La Sagesse en question dans ce verset est une hypostase du Fils, une personnification du Christ avant son incarnation. Des théologiens comme Berkhof, Thiessen ou Payne. D’ailleurs la suite du verset mentionne : j’étais à ses côtés comme son maître d’œuvre / Sans cesse, objet de ses délices / je dansais devant lui, jour après jour. Dire que la Sagesse était à l’œuvre comme “artisan” ou “maître d’œuvre” auprès de Dieu implique l’idée d’une personnalité distincte. Wayne Grudem note : Le fait que Dieu ait possédé la sagesse voudrait simplement dire que Dieu le Père a commencé à diriger et à faire usage de la puissance créatrice de Dieu le Fils au moment où la création a commencé : Le Père a invité le Fils à participer à l’œuvre de la création. 

Dire que la Sagesse évoquée dans ce passage est une description du Fils de Dieu est une affaire classée depuis longtemps, mais dire que la Sagesse a été créée revient à dire que le Fils n’est pas éternel, vu qu’il a un commencement, ayant été créé. C’est le parti qu’en ont tiré les Témoins de Jéhovah concluant d’après ce passage que Jésus-Christ n’est pas Dieu mais la premières des créatures.

Saint Jérôme, dans la Vulgate rend ainsi : Dominus possedit me.  Est-ce en réaction à l’Arianisme qui faisait rage et qui voyait dans le Fils un être créé par Dieu.

La Trinité, un sujet complexe, mais néanmoins la révélation biblique nous permet d’approcher ce mystère. Dieu se révèle en trois hypostases (personnes) à savoir le Père, le Fils et le Saint-Esprit. Chacune d’elle est d’essence divine et de toute éternité. Le Fils est de toute éternité, il n’a ni commencement, ni fin. Il n’y a pas un temps où il n’était pas, sinon il ne serait pas Dieu. 

Croire que le Fils est engendré de toute éternité du Père posa problème et une querelle fit rage au IVème siècle conduite par un dénommé Arius qui, lui, ne le concevait pas. 

Selon Arius, le Fils et le Saint-Esprit n’ont jamais existé à l’état latent en Dieu de toute éternité, mais ils ont été créés, affirmation qu’il reprit de la traduction des LXX : Le Seigneur m’a créée, première de ses oeuvres…éktisen me (me créa).

Dans un de ses écrits, Arius écrivit : « Le Fils a une origine, mais Dieu, lui, est sans origine.»  Il niait aussi que le Fils puisse être égal au Père, le Fils étant une créature, le Père étant le créateur, ils sont par conséquent de substance différente. 

Après une lutte acharnée qui opposa Arius contre Athanase, le Concile de Nicée (325) proclama que le Père et le Fils sont de même essence divine, consubstantiels (homoousios), plus tard en 381, le Concile de Constantinople affirmera que le Saint-Esprit est lui aussi de même nature. Arius fut excommunié.

Comme quoi, une mauvaise traduction amène à une mauvaise compréhension donc une mauvaise théologie et c’est dès lors la porte ouverte aux hérésies.

Ensuite, il est dit “ Première de ses oeuvres ” – grec arkhé,  môt hb équivalent à béréchit – au commencement, mais on peut aussi rendre par Principe, Chef, la tête. Ce titre sera très tôt repris comme l’une des dénominations du Christ dans la littérature apostolique et patristique et Justin suivi d’Origène évoqueront d’après ce verset la génération du Fils de Dieu. Peu après le concile de Nicée, la distinction du v.22 -me créa et le v.25 – il m’engendra deviendra une clé d’interprétation christologique de première importance dont Grégoire de Nizianze fera l’usage. A signaler que Irénée de Lyon quand à lui voit dans ce passage non le Christ mais l’Esprit-Saint.

Paul reprendra dans sa lettre aux Colossiens ce thème l’appliquant à Christ avec deux mots clés : Et c’est lui qui est la tête kephale κεφαλή, 

du corps de l’Église ; il est le commencement arche ἀρχή. Titre repris par ailleurs dans la lettre à l’Église de Laodicée : le principe de la création de Dieu (NEG), l’auteur de la création de Dieu (COL), Celui qui a présidé à toute la création de Dieu (SEM) ou Le gouvernant de toute la création de Dieu (BJC). Christ est l’agent de la création, il est la Parole Créatrice de la pensée du Père opérant par l’Esprit-Saint.

CONCLUSION

Traduire l’Éternel m’a créé en parlant de la Sagesse comme hypostase du Fils, c’est faire entorse au texte, ce qui engendre des hérésies dont certains vont tirer partie. Cela reviendrait à dire que le Christ est une créature, qu’il n’est pas de toute éternité car ayant eu un commencement. Cela revient à dire que le Fils n’est pas Dieu, mais qu’il est la première créature, ce que soutenait Arius et, plus proche de nous,ce que soutiennent les Témoins de Jéhovah.

Jésus Christ est le même hier, aujourd’hui et éternellement. Il est l’agent créateur auprès du Père par l’action du Saint-Esprit. Les trois sont distincts mais de même nature et d’essence divine,  partageant l’éternité et la Gloire.

– Timbre d’Israël 1972 –
En tête de la sagesse : Acquiers la sagesse