TITE 1.12 Qui sont ces Crétois ?

OST1996 : Quelqu’un d’entre eux, leur propre prophète, a dit:
                « Les Crétois sont toujours menteurs ; de méchantes bêtes, des ventres paresseux.»

PDV : C’est un Crétois lui-même, un de leurs sages, qui a dit :
        « Les Crétois ont toujours été des menteurs, des bêtes méchantes,
des paresseux qui ne pensent qu’à leur ventre ! »

FC 2019 : C’est l’un d’eux, leur propre prophète, qui a dit :
              « Les Crétois ont toujours été des menteurs, des bêtes méchantes, des paresseux qui ne pensent qu’à manger.»

SEM2015 : Un Crétois, qu’il considère comme un prophète, a dit :
                « Les Crétois ont toujours été menteurs; ce sont des bêtes méchantes, des gloutons et des fainéants.»

DARBY : Quelqu’un d’entre eux, leur propre prophète, a dit :
              « Les Crétois sont toujours menteurs, de méchantes bêtes, des ventres paresseux.»

S21 : L’un d’eux, leur propre prophète, a dit: « Les Crétois ?
        Toujours menteurs, de méchantes bêtes, des goinfres paresseux.» 

PLÉIADE : L’un deux, leur propre prophète, l’a dit :
                « Crétois, toujours menteurs, méchantes bêtes, cœurs blasés.»

CHOU : L’un d’entre eux, leur propre inspiré, a dit :
              « Crétois toujours menteurs, méchantes bêtes, panses oisives.»

12. εἶπέν τις ἐξ αὐτῶν, ἴδιος αὐτῶν προφήτης, Κρῆτες ἀεὶ ψεῦσται, κακὰ θηρία, γαστέρες ἀργαί·

Qui est donc ce prophète Crétois ?

On attribue ces vers à Epiménide de Cnosse, poète et philosophe du VIe avant J-C.
Poète, chaman,  personnage mystique et végétarien, il est considéré comme l’un des sept sages selon Plutarque.

D’après la tradition, il serait né dans une famille de bergers près du palais du roi Minos.
On raconte qu’alors, il cherchait un mouton qui s’était égaré ;  il trouva une caverne dans laquelle il tomba et se trouva plongé dans un sommeil qui dura …… 57 ans. Elle semblait être la grotte d’un dieu à Mystères, qui lui accorda pendant son long sommeil la connaissance de la nature et de l’organisme humain, et lui accorda le don de prophétie. Cet épisode inspira à Goethe son poème intitulé Le Réveil d’Épiménide (Des Epimenides Erwachen, 1815).

Après son long temps d’absence auprès des siens, il se fait connaître par sa sagesse et ses connaissances occultes. On le connaît adepte du jeûne, il se nourrit uniquement de substance végétale qu’il conserve dans un sabot de bœuf. On raconte même qu’il peut séparer son âme de son corps et voyager ainsi par l’esprit.

Son corps, paraît-il, est couvert de tatouages, une pratique inconnue en Grèce antique sauf pour le marquage des esclaves, ce qui le rattache à la tradition thrace du chamanisme. L’expression Ἐπιμενίδειον δέρμα / Epimenídeion dérma, « la peau d’Épiménide » est ensuite utilisée pour désigner une chose cachée. 

Platon lui vouait une véritable admiration. Selon Pline (Hist. Nat. VII, 49), Epiménide serait mort âgé de 157 ans.

Les Crétois ne le cachaient pas et aussi annonçaient-ils fièrement que la Crête l’avait vu naître. Il y était adoré, tel un dieu, par les habitants de l’île.

Ces hommes sont qualifiés de menteurs invétérés. Le plus célèbre de leur mensonge affirmait que le dieu Zeus était enterré sur leur île. Et pour soutenir ce mensonge, autant dire que tous les Crétois étaient solidaires. Dans un des poèmes composés par Epiménide intitulé Oracles , il est dit : Crétois toujours menteurs : car ton tombeau, ô prince, les Crétois le possèdent; mais toi tu n’es pas mort.

Epiménide prophète ? Platon dans son ouvrage Lois, I, 642, a noté que dix ans avant que l’évènement ne s’accomplisse, Epiménide aurait prédit l’échec de l’invasion de la Grèce par les Perses.

L’attirance pour les sciences occultes, le chamanisme et le mysticisme, le retour au végétarisme, l’attrait pour les tatouages et la déification de l’homme se faisant l’égal de Dieu ou son propre Dieu, tout cela ne nous interpelle t-il pas ? L’esprit d’Epiménide est de retour en force et ce, 2600 ans plus tard. 

Toujours menteurs

Les Crétois sont donc de « perpétuels menteurs ou toujours menteurs », c’est là les deux seules traductions que nous trouvons. 

Un vrai débat avait été soulevé autour de cette affirmation : Je suis un menteur.

Or si je suis un menteur, en le déclarant, je dis un mensonge, donc je ne suis pas un menteur.

Une expression était bien connue à l’époque : Jouer aux Crétois, c’est à dire « mentir » (krétizein).

Paul encourage de dire la vérité avec amour (Ep 4.15), d’obéir à la vérité (Gal 5.7), d’être vrai et ne pas être hypocrite. Dieu aime la vérité.
Jésus dira que ceux qui aiment et pratiquent le mensonge ont pour père le diable. Jésus donnera à la fin du livre de l’Apocalypse un sévère avertissement : Dehors les chiens, les magiciens, les débauchés, les meurtriers, les idolâtres et quiconque aime et pratique le mensonge. (Apoc.22.14)

Notons que ce passage d’Epiménide que l’on trouve dans la bouche de l’apôtre Paul est également présent dans un autre poème appelé le Discours sur l’Aréopage : « Ceux qui t’ont construit un tombeau, être saint et noble, sont les Crétois menteurs, méchants et bêtes, ventres paresseux. Car loin d’être mort, à jamais tu vis et tu subsistes. Car c’est en toi que nous avons la vie, le mouvement et l’être » qui reprend le verset 28 du chapitre 17 des Actes des apôtres.

Méchantes bêtes

Epiménide affirmait que les bêtes féroces étaient absentes de l’île mais que celles-ci étaient remplacées par certains Crétois dont l’attitude laissait à désirer.

Une autre caractéristique des Crétois était d’être qualifié de méchantes ou mauvaises bêtes, brutes méchantes, animaux sauvages selon les traductions, mais qui exprime le comportement animal, voir bestial de ces hommes.
L’Homme est créé à l’image de Dieu (Gn 1.26-27),  il est tiré de la terre tout comme les animaux mais il reçoit un souffle de Dieu contrairement aux animaux (Gn 2.7). 

L’Homme est un trait d’union entre le ciel et la terre. Les anges étant du ciel, l’Homme lui aussi possède un intellect et une pensée qui lui permet de s’exprimer, il se tient en position vertical.
A l’instar des animaux, l’Homme a besoin de manger, de dormir et de se reproduire pour perpétuer l’espèce. Ce qui fait dire qu’il y a une partie animale en chacun d’entre nous. Cette partie animale a besoin d’être maîtriser afin de ne pas laisser ses pulsions s’exprimer trop largement. Paul les appelle les oeuvres de la chair Gal 5.19 : On connaît bien les œuvres de la chair : liberté sexuelle, impureté, débauche, idolâtrie, cabales, mauvais sort, inimitié, querelle, colère, jalousie, emportement, rivalités, divisions, sectes, envie, excès de boisson, de nourriture, orgie et tout le reste. Je vous le dis et je le répète : ceux qui font ces choses-là n’hériteront pas du royaume de Dieu.

Nous avons là une description de ce que produit le côté animal lorsqu’il n’est pas réprimé. Il est de la responsabilité de chacun de maîtriser ses pulsions et de chercher à développer ce que produit l’Esprit dans la vie du croyant et qui est décrit au verset 22 : bien au contraire, le fruit de l’Esprit produit l’amour, la joie, la paix, la patience, la bienveillance, la bonté, la confiance dans les autres, la douceur et la maîtrise de soi (self control).

Ventres paresseux

“Ventres paresseux ou fainéants”, “des goinfres paresseux”, “cœurs blasés” pour la PLÉIADE, “panses oisives” pour CHOU, “gloutons paresseux” pour la BJC, “gloutons fainéants” pour la BLO, “ventres inutiles” pour la LIENART. AMIOT choisira “panses voraces”. Voilà quasiment toutes les diverses traductions que nous trouvons.

Est-ce à dire que les Crétois préféraient manger plutôt que d’aller travailler ?

Là encore, c’est contraire à l’enseignement de Paul qui dira dans 2 Thess 3.10 : si quelqu’un ne veut pas travailler, qu’il ne mange pas non plus. 

Ces hommes-là ne se refusaient rien, avides, insatiables, obèses à tout point de vue. 

L’Homme animal dans toute sa splendeur.

L’une des œuvres de la chair est la gloutonnerie ou l’excès de nourriture.
Disons-le, la gloutonnerie est un péché.

Mais à quel moment peut-on fixer la limite entre le besoin nécessaire et l’excès ?

Tout est dans la maîtrise de soi. Manger plus que ce que le corps a besoin est un déséquilibre. Un médecin disait : “20% de ce que nous mangeons est utile à notre organisme, le reste sert à faire travailler les médecins”.
Regardez le nombre de maladies dues à la mauvaise alimentation, sans compter les risques d’obésité.

Les Crétois sont qualifiés de ”gloutons” et ce n’est pas vraiment une éloge. 

Ils mangent trop, mal et égoïstement. A ce stade, il est intéressant de s’arrêter sur notre comportement  vis à vis de la nourriture. Regardez comment les gens se comportent face à la nourriture, vous en apprendrez beaucoup plus sur eux. 

Paresseux. Là encore, il y aurait beaucoup à dire. C’est la caractéristique de l’Occident dont tous les points se retrouvent chez Esav, dans l’épisode du droit d’ainesse (Gen 25. 29 à 32).

Décidément, pour Tite, il allait avoir du travail pour changer la mentalité des Crétois et les amener à adopter la mentalité du Royaume de Dieu.

Six cents ans séparaient le poète Epiménide et pourtant, l’apôtre Paul constate que rien n’a changé, ce témoignage est vrai.

Que dirait-il, Paul, s’il venait dans notre génération ? Que rien n’a changé depuis ?….

CONCLUSION

Visiblement, Paul confirme ce que ce poète dit et qui se veut contraire à l’Évangile dont l’expression par excellence est l’amour du prochain, la recherche de l’amour de son prochain.

Il y a un esprit crétois qui sommeille en chacun d’entre nous qu’il ne faut pas réveiller, ni alimenter. Mais au contraire, il faut laisser agir l’Esprit de Dieu en nous. Apprenons à dire la vérité dans l’amour, ne cherchons pas notre intérêt mais celui des autres avant le nôtre, apprenons à nous contenter de ce que nous avons, tout en étant reconnaissant envers Dieu. Ne nous inquiétons pas de quoi sera fait demain car à chaque jour suffit sa peine dira Jésus. 

Dieu parle cependant, tantôt d’une manière, tantôt d’une autre et l’on n’y prend point garde. Jb 33.14