Et la Parole s’est faite homme,
elle a habité parmi nous,
pleine de grâce et de vérité,
et nous avons contemplé sa gloire,
une gloire comme celle du Fils unique
venu du Père.

Le prologue de Jean est l’un des joyaux qui orne la couronne de son Évangile.
La divinité du Christ y est majestueusement exposée.

On notera l’écho retentissant du premier verset de l’évangile de Jean avec le premier verset de la Genèse, ainsi que la lumière en opposition avec les ténèbres.
Les cinq premiers versets de ces deux livres doivent être mis en parallèle. Nous constatons dès lors que Christ (grec-Christos, en hébreu-Machiah,  ce qui se traduit par «celui qui est oint») est cette lumière qui brille du sein des ténèbres.

 

Voyons plusieurs traductions :

LS : Et la Parole a été faite chair, et elle a habité parmi nous
NBS : La Parole est devenue chair ; elle a fait sa demeure parmi nous
TOB 2010 : Et le Verbe s’est fait chair et il a habité parmi nous
JER2000 : Et le Verbe s’est fait chair et il a campé parmi nous
J.D’Arc : Et le Verbe fut chair. Et il a planté sa tente parmi nous
Bayard : La parole a pris chair parmi nous, elle a planté sa tente
LAUS 1872 : Et la Parole a été faite chair, et elle a dressé sa tente parmi nous
Stapfer : Oui, la Parole est devenue chair, et elle a dressé sa tente au milieu de nous

Le texte grec dit : Καὶ ὁ λόγος σὰρξ ἐγένετο, καὶ ἐσκήνωσεν ἐν ἡμῖν

Le verbe grec utilisé est skènoô qui signifie littéralement « planté sa tente ».
Nous pourrions traduire ainsi : La Parole s’est incarnée et elle a tabernaclé parmi nous. C’est ce que ce verbe signifie.

Quoi qu’il en soit, Jean utilise ce verbe pour interpeller ses contemporains, des Juifs hellénistes et les lecteurs de la LXX (Septante).
Ce verbe snoô est calqué sur le mot hébreu Shekhina (prononcé Ch’rina) dont la racine est composée de trois lettres SKN.

La tente de la Rencontre d’ Ex 33.7 est rendue dans la LXX par hé skènè marturiou, litt. la tente du témoignage. C’est là que Moïse rencontrait et parlait avec Dieu.
Plus tard, David choisit de construire un temple pour la résidence de son Dieu, mais c’est son fils Salomon qui le construira.
Pour la dédicace du temple, la Présence de Dieu remplit toute la maison (1Rois 8.10-12).

Vivre se dit en hébreu Sakan, on l’utilise pour dire que Dieu vit au milieu de son peuple.
Dans leur marche au désert, Dieu résidait, ou dirions nous « vivait » au milieu de son peuple dans le Mishkan- le tabernacle.

Dieu commanda à Moïse de construire un tabernacle afin de résider au milieu de son peuple. Ce tabernacle était le cœur du camp. Le point central de l’activité cultuelle et des rencontres. Ce tabernacle, d’aspect extérieur, paraissait semblable à une tente quelconque. Rien qui puisse attirer les regards. Mais à l’intérieur, c’est tout autre. On y trouve des objets d’arts sculptés en or et des odeurs exaltantes de parfums d’encens. Cela illustre bien le Christ fait chair, semblable aux hommes par l’aspect extérieur mais d’essence divine. Sa gloire est comme cachée. L’apôtre dira cependant qu’ils ont contemplé sa gloire ( Jean 1.14; Math 17.1).
Ce tabernacle du désert est une typologie du Christ.

Le Christ, le Logos – Parole de Dieu qui n’a pas été créée, mais qui demeure éternellement. Ce passage insiste sur l’éternité du Fils au sein de la divinité, gloire qu’il partage avec son Père et le Saint-Esprit.
Gal 4.4 nous dit : Mais, lorsque les temps ont été accomplis, Dieu a envoyé son Fils. Un autre passage souligne magnifiquement la préexistence du Christ, son incarnation et son Exaltation, cet hymne célèbre de Phil 2.6-7 : Lui, de condition divine, ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu.
Mais il s’anéantit lui-même, prenant condition d’esclave, et devenant semblable aux hommes.
On appelle ce passage le Kénose, du verbe Kénoo (abaisser). Un mot pour dire que lorsque le Verbe s’est fait chair, il exprime l’homme dans sa faiblesse, dont la nourriture et le repos sont indispensables pour sa survie et dont l’aboutissement est la mort.

Il convient de préciser que Celui qui s’est fait chair n’a pas pour autant cessé d’être Dieu, mais Dieu s’est fait chair en la personne du Christ Jésus. Le Fils de Dieu dans son incarnation était limité à cause de sa nature humaine. (Il eut faim : Mat 4.2; la fatigue :Jn 4.6; il avait besoin de dormir : Mat 8.24, etc….). Saint Augustin dira que le Verbe, en s’incarnant, n’a rien perdu de sa nature divine.

Dire que Dieu s’est fait chair et a habité parmi les siens, c’est aussi reconnaître l’accomplissement de la prophétie d’Es 7.14 : Emmanuel, Dieu avec nous.
Matthieu précisera dans son Évangile, qui est destiné à des Juifs, que la naissance de Jésus est bien l’accomplissement de cette prophétie d’Ésaïe.

Dans la finale de l’Apocalypse, Jean écrira, au chapitre 21, ces paroles qui résonnent encore aujourd’hui : ( nous retrouvons les deux mots clés de notre étude)

1 Puis je vis un nouveau Ciel et une nouvelle terre ; car le premier ciel et la première terre avaient disparu, et la mer n’était plus.
2 Et moi, Jean, je vis la sainte Cité, la nouvelle Jérusalem, qui descendait du Ciel,
d’auprès de Dieu, parée comme une épouse qui s’est ornée pour son mari.
3 Et j’entendis une grande voix du ciel, disant : voici le Tabernacle (sne) de Dieu avec les hommes, et il habitera (snoô) avec eux ;
et ils seront son peuple, et Dieu lui-même sera leur Dieu, [et il sera] avec eux.
4 Et Dieu essuiera toutes larmes de leurs yeux, et la mort ne sera plus ; et il n’y aura plus ni deuil, ni cri, ni travail ; car les premières choses sont passées.
5 Et celui qui était assis sur le trône, dit : voici, je fais toutes choses nouvelles. Puis il me dit : Écris, car ces paroles sont véritables et certaines

 

 

 

Alexandre NANOT

 

 

 

Le campement des 12 tribus au désert, la croix – Christ « la demeure »