ERASME et le Textus Receptus –Texte reçu

L’un des piliers de la réforme est le Sola Scriptura, l’Ecriture seule. Mais pour ce faire, il est préférable d’avoir accès à la bible dans sa langue. Le début du XVIe siècle voit la levée de grands humanistes dont Erasme est le prince. Pour beaucoup d’entre eux, il est essentiel de revenir aux langues. Rappelons que tout cela est aussi rendu possible grâce à l’invention de l’imprimerie en 1455. 

La première édition d’un Nouveau Testament grec qui fut imprimé date du 10 Janvier 1514.
Il s’agit de la Bible polyglotte d’Alcalá appelée Complutensis éditée par le cardinal d’Espagne Ximénès de Cisneros, régent du Royaume de Castille et confesseur en titre d’Isabelle d’Aragon.
Il en fut imprimé 600 exemplaires mais qui ne furent malheureusement diffusés pas avant 1522 faute d’approbation formelle pour publication. L’ouvrage est présenté en 6 volumes, dont chaque volume est une traduction du Nouveau Testament. L’un contient la Septante grecque, un deuxième volume comprend un Ancien Testament hébreu, un troisième un targum d’Onqelos du Pentateuque, un quatrième la Vulgate et le cinquième volume est un Nouveau Testament en grec. Le sixième volume est un lexique hébreu-araméen et la grammaire de Zamora.

Dans le même temps parait le Quincuplex Psalterium, oeuvre de Lefèvre d’Etaple, éditée en 1509 et légèrement révisée en 1513. L’ouvrage est une présentation commenté des psaumes en latin.

Le projet d’Erasme vit le jour un mois d’avril 1515 alors qu’il se trouvait à l’université de Cambridge, c’est là qu’un certain Beatus Rhenanus lui partagea la proposition d’un éditeur nommé Johann Froben.
Celui-ci semble vouloir être le premier à éditer un Nouveau Testament grec, espérant devancer le Complutensis du cardinal Ximénès de Cisneros.

Érasme de Rotterdam fut donc chargé par l’imprimeur bâlois Johann Froben de compiler un Nouveau Testament grec. Le temps est court et le travail doit se faire à la hâte.Erasme prit le projet à coeur et pour se faire, il se rendit à la bibliothèque des Dominicains dans la ville de Bâle et y trouva 7 manuscrits de la famille Byzantine relativement récents (Xe, XIIIe et XVe).

Voici le détail de ce qu’il disposait : 

  • Minuscule 1 eap – Complet sauf l’Apocalypse XIIe siècle
  • Minuscule 1rK – Livre de l’Apocalypse XIIe siècle
  • Minuscule 2e – Évangiles XIIe siècle
  • Minuscule 2ap – Actes des Apôtres et Épîtres XIIe siècle
  • Minuscule 4ap – Épîtres de Paul XVe siècle
  • Minuscule 7p – Épîtres de Paul XIIe siècle
  • Minuscule 817 – Évangiles XVe siècle 

Erasme a donc à sa disposition deux manuscrits des évangiles, deux lots des épîtres de Paul, un des Actes des Apôtres et des épîtres catholiques, et une partie de l’Apocalypse, les six derniers versets étaient manquants. Compilant le tout, il procéda à une correction de son travail et, pour les fragments manquants de l’Apocalypse, il utilisa le texte de la Vulgate qu’il traduisit en grec. Le travail de la première édition est visiblement fait avec précipitation et contient bon nombre d’erreur, mais il est très bien accueilli.

Ce Nouveau Testament grec d’Érasme fut édité cinq fois entre 1516 et 1535.

La première édition date du 1er mars 1516. Elle fut parut chez l’éditeur bâlois Johann Froben et s’intitule Novum instrumentum. L’ouvrage se présente sur deux colonnes, à gauche figure le texte grec, à droite le texte latin. Il s’agira donc pour l’heure du premier Nouveau Testament en grec. L’une des corrections, dont la Vulgate fit entorse au texte est en Marc 1.15 disant : “Faites pénitence et croyez à l’évangile”, Erasme corrige et traduit par : “Repentez-vous et croyez à l’évangile”

Cette première édition est dédicacée au pape Léon X.
Dans sa préface, Érasme écrit :

« C’est aux sources mêmes que l’on puise la pure doctrine ; aussi avons-nous revu le Nouveau Testament tout entier d’après l’original grec, qui seul fait foi, à l’aide de nombreux manuscrits des deux langues, choisis parmi les plus anciens et les plus corrects (…). Nous avons ajouté des notes pour justifier nos changements, expliquer les passages équivoques, ambigus ou obscurs, rendre moins facile dans l’avenir l’altération d’un texte rétabli au prix d’incroyables veilles. »

— Érasme, Lettre 384

La deuxième édition porte le nom de Novum Testamentum omne et paraît en 1519.
Imprimée à Haguenau en Alsace, c’est ce texte grec de base qu’utilisa Martin Luther pour traduire son Nouveau Testament en allemand. Luther ne perdit pas de temps, en deux mois sa traduction fut terminée. ( déc. 1521 – fév. 1516). A l’époque, il fut dit : Erasme a pondu l’oeuf, Luther l’a couvé.

López de Zúñiga, dit Stunica, qui était l’un des éditeurs de la Complutensis du cardinal Ximénès reprocha à Érasme d’avoir omis le passage de 1Jn 5,7b-8a (Comma Johanneum). Érasme répliqua qu’il n’avait trouvé cette leçon dans aucun manuscrit grec ; qu’on ne pouvait donc véritablement parler d’« omission », mais plutôt de prudence. Pour López de Zúñiga, les manuscrits latins sont plus fiables que les manuscrits grecs. Érasme montra alors que certains manuscrits en latin ne contenaient pas le passage cité.


La troisième édition quant à elle date de 1522 et verra  l’insertion du comma Johannique, une variante trinitaire que l’on trouve dans 1 Jn 5.7b-8a et qui subsiste aujourd’hui encore dans certaines bibles telle que la TBS, la Colombe, Crampon, Pirot-Clamer et bien évidement la Martin et la célèbre Ostervald qui toutes deux utilisent le Texte reçu pour le Nouveau Testament.
Pour ce qui est du comma johannique, le premier manuscrit qui contient ce passage est un manuscrit latin du VII siècle, aujourd’hui à Munich.
Cette troisième édition fut utilisée par William Tyndale pour son English New Testament, la première traduction en anglais du Nouveau Testament, publiée à Worms en 1526.
Robert Estienne (1503-1559), lui aussi l’utilisa pour son Nouveau Testament en grec, ainsi que les auteurs des traductions anglaises de la Geneva Bible (1560) et de la King James (1611), tous se baseront également sur cette 3ème édition d’Erasme.

Une quatrième édition paraît en 1527, ce Nouveau Testament se présente en trois colonnes: le texte grec qu’il reprit de la Complutensis, la Bible polyglotte d’Alcalá, une colonne contenant la Vulgate et la traduction latine d’Erasme lui-même. Il reprend la correction du livre de l’Apocalypse en près de 90 passages. 

La cinquième et dernière édition date de 1535. Erasme est alors à Genève, elle paraîtra un an avant sa mort. Dans cette ultime édition, le texte de la Vulgate a disparu.

Les travaux d’Erasme ont ouvert la voie. Robert Estienne (1503-1559), qui fut aidé par son fils Henri (1528-1578), a publié quatre éditions du Nouveau Testament grec : 1546, 1549, 1550  et une dernière en 1551 que l’on appelle Édition royale. Cette dernière comporte, pour la première fois, la division du texte en versets et que nos bibles actuelles ont gardé. Ces éditions reposent toutes sur la Complutensis d’Alcalá d’une part et sur les travaux d’Érasme d’autre part et sur une quinzaine de manuscrits dont le célèbre codex D appelé Codex Bezae. Estienne utilisa cependant une série de codex qu’il trouva à Paris et qu’Erasme n’avait pas consulté.

En 1624, Abraham et Bonaventure Elvézir, des imprimeurs hollandais publient à leur tour une édition compacte du Nouveau Testament grec qui fut inspirée par l’édition de Théodore de bèze en 1565. Une deuxième édition fut publiée en 1633 avec pour la première fois la mention en latin : Textum ergo habes, nunc ab omnibus receptum: in quo nihil immutatum aut corruptum damus.  « Vous avez donc le texte reçu par tous, dans lequel nous n’indiquons rien d’altéré ou de corrompu ».

Tel est la première apparition de ce que l’on appelle le Textus Receptus.

Les premiers traducteurs qui s’affranchirent du texte reçu furent Arnaud et Rilliet en 1858.

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