LXX : οἱ δὲ ὀφθαλμοὶ Λειας ἀσθενεῖς (astheneis)

VULGATE : sed Lia lippis erat oculis Rahel decora facie et venusto aspectu

S1910 : Léa avait les yeux délicats; mais Rachel était belle de taille et belle de figure.

NBS : Les yeux de Léa étaient doux, mais Rachel était d’une très grande beauté.

S21 : Léa avait les yeux fragiles, tandis que Rachel était belle à tout point de vue.

SEMEUR : Léa avait le regard tendre, mais Rachel était bien faite et d’une grande beauté.

BAN : Léa avait une mine chétive, et Rachel était belle de taille et belle de visage.

NFC : Léa avait le regard terne, tandis que Rachel était bien faite et ravissante.

PDV : Léa a un regard sans expression, mais Rachel est belle à voir et elle est charmante.

De Sacy : Mais Lia avait les yeux chassieux; au lieu que Rachel était belle et très agréable.

CRAMPON : Lia avait les yeux malades; mais Rachel était belle de taille et belle de visage.

AMIOT : Léa avait les yeux éteints; Rachel, belle prestance et belle mine.

LIE : Les yeux de Lia étaient sans éclat, mais Rachel était bien faite et belle de visage.

OSTY : Léa avait les yeux faibles, tandis que Rachel était bien faite et belle à voir.

JER : Les yeux de Léa étaient doux, mais Rachel avait belle tournure et beau visage.

CHOU : Les yeux de Léa ? Mous. Rahél était de tournure belle et belle à voir.

MESCH : Et les yeux de Léa – sont tendres et Rachel – était belles de formes – et belle à voir

Pourquoi la torah nous donne t-elle ce genre de détails sur l’aspect physique de ces deux sœurs. Au premier abord, nous pourrions croire que l’une est défavorisée par rapport à l’autre, mais ce n’est pas là le message auquel il faut nous arrêter.

L’hébreu utilise l’adjectif Raqot qui est au pluriel pour décrire l’état des yeux de Léah. On trouve cet adjectif 16 fois dans la Première Alliance. Il peut désigner un veau tendre (Gn18.7), l’état physique d’un enfant (Gn 33.13). Parfois, il est employé pour désigner une parole douce que l’on adresse à un ami accablé.

Ce n’est pas la première fois que la torah fait éloge de la beauté féminine. C’était déjà le cas pour Saraï lorsqu’ Abram descendit en Égypte (Gn 12.11) et de même pour décrire la jeune adolescente Rebecca (Gn24.16) et donc de Rachel.
Cet adjectif beau en hébreu Yaphet est aussi attribué à deux jeunes hommes, Joseph (Gn 39.6) et David (1Sm 16.12).
Or, Salomon avec la sagesse que Dieu lui avait accordée ira jusqu’à dire : Mensonge que la grâce ! Vanité que la beauté ! La femme qui craint l’Éternel est seule digne de louanges. (Pro 30.31)

Rachi commente ainsi : Parce qu’elle se croyait destinée à ‘Essaw, et elle en pleurait. Tous ses pleurs en avait affectés sa vue. Tout le monde disait : « Rivqa a deux fils, et Laban deux filles. L’aînée sera pour l’aîné, et la cadette pour le cadet » (Beréchith raba 70, 16).

Le midrach raconte qu’au réveil, lorsque Jacob découvrit l’aînée à la place de Rachel, Léah lui répondit : De même que tu as trompé ton père qui avait perdu la vue (Gn 27.1) en volant la bénédiction de ton frère Essav, tu récoltes ce que tu as semé. On te fait ce que tu as fait.

Rabbi Israël, dans le traité Taan. 24a explique que lorsqu’une fiancée possède de beaux yeux, il est inutile d’examiner son corps en détail. Mais avec celle qui a des yeux « moins attirants » ou « plus ordinaires », il est nécessaire de regarder si elle n’a pas d’autres défauts. Pourquoi tant d’injustice, alors que la couleur de nos yeux, comme la forme de notre nez ou de notre dentition ne dépend pas de nous mais d’un héritage héréditaire ? Pourquoi Léah était-elle défavorisée physiquement ? La suite du récit nous révèle que bien qu’ayant une défaillance de la vue, cette femme Léah avait la capacité de donner la vie là où la matrice de Rachel était fermée. Si nous aurions posé la question à Rachel de savoir si elle préférait la beauté ou la joie d’être mère, sa réponse aurait très certainement été la seconde. La beauté passe, elle se défraichit et si c’est pour finir seule à quoi bon, alors que des enfants sont la joie et la fierté d’une mère. On constatera que les trois matriarches, Sara, Rebecca et Rachel sont décrites comme étant belles mais toutes les trois furent stériles. Que penser de cela ?

Si vous lisez la suite du récit, vous voyez la détresse dans laquel Rachel tombe car elle réalise qu’elle est stérile. C’est une chose terrible à l’époque. Elle ira jusqu’à préférer la mort que de rester stérile (Gn 30.1), au grand désarroi de Jacob.

A présent, je partage l’analyse pertinente de Frédéric Badin dans son livre : Jacob, Léa et Rachel aux Editions Excelsis.

« Lorsqu’il se mit à la recherche d’un roi pour Israël, le prophète Samuel fut d’abord impressionné par la carrure imposante de l’aîné des fils de Jessé. Inspiré par Dieu, il fut ensuite conduit à désigner le benjamin, un jeune berger : David.  » L’homme voit ce qui frappe l’œil, mais Dieu regarde au cœur...». Bien qu’il eût aussi une belle apparence, David fut choisit pour ses qualités de cœur. Pourtant, par un jour d’oisiveté, le roi David commit une faute lourde de conséquences : charmé par la beauté de Beth-Sheba – cette femme était fort belle- il mit tout en œuvre pour coucher avec elle. Il constata peu de temps après qu’elle était enceinte. Il décida de commandité le meurtre déguisé de son mari, sur le champ de bataille où il eut dû se trouver lui-même avec son armée, pour jouir enfin du privilège de l’épouser. L’homme de cœur aurait-il oublié la leçon enseignée par Samuel ? »

L’homme regarde à ce qui frappe les yeux, mais l’Éternel regarde au cœur. ( 1Sm 16.7)


Qu’y a-t-il derrière les yeux ?

On ne se regarde plus dans les yeux, on regarde les yeux… J.Brun – La nudité humaine

« On ne voit bien qu’avec le cœur. L’essentiel est invisible pour les yeux. » Antoine de St Exupery- Le petit prince

La Bible est pleine d’yeux. Dans de nombreux cas, le mot hébreu ayin עין signifiant « œil » est utilisé pour faire référence à l’organe physique qui fait partie du visage humain. Mais tout aussi souvent, le mot « œil » fait référence à une caractéristique plus profonde de la personne. C’est parce que dans l’ancien Israël on considérait les yeux d’une personne comme le reflet de sa véritable personnalité.

Les yeux font passer nos émotions. Pour voir si quelqu’un ment, on lui demande souvent : regarde moi dans les yeux , car beaucoup de chose passent par les yeux.

La Bible évoque les yeux pour d’autres circonstances que le sens de la vue.


• La Bible met en garde contre ceux qui regardent les nécessiteux d’un « œil méchant », ayin ra’ah – qui refusent avec amertume d’offrir leur aide (Deutéronome 28:54).
• Se comporter avec miséricorde ou avoir de la pitié, c’est avoir un « œil miséricordieux » חס עין ḥas ayin (Deutéronome 7:16)
• Les yeux peuvent trahir une grande arrogance : room einav רוּם עֵינָיו, signifiant « yeux levés » (Ésaïe 10:12).
• Son contraire est shaḥ einaim שַׁח עֵינַיִם, « yeux baissés » – C’est un signe qui distingue les humbles qui, d’après Job 22:29, seront sauvés par Dieu. 

Jésus dira dans le Sermon sur la montagne : L’œil est la lampe du corps. Si ton œil est en bon état, tout ton corps sera éclairé. ( Mt 6.2). C’était un proverbe connu de son temps, « avoir le bon œil » signifie être généreux alors que « le mauvais œil », c’est être avare. C’est dans ce contexte de richesses que Jésus l’emploie.

Je termine avec ce magnifique passage, éloge de la femme vertueuse.
      

Proverbes 31.26 Elle ouvre la bouche avec sagesse, et des leçons empreintes de bonté sont sur ses lèvres.
27 Elle dirige avec vigilance la marche de sa maison, et jamais ne mange le pain de l’oisiveté.
28 Ses fils se lèvent pour la proclamer heureuse, son époux – pour faire son éloge :
29 “ Bien des femmes se sont montrées vaillantes – tu leur es supérieure à toutes ! ”
30 Mensonge que la grâce ! Vanité que la beauté ! La femme qui craint l’Éternel est seule digne de louanges.
31 Rendez-lui hommage pour le fruit de ses mains, et qu’aux Portes ses œuvres disent son éloge !

FDC Israël 1977 – Les 4 matriarches