15 janvier 2022
Alexandre Nanot

Nombres 4.6 – De quelle peau s’agit-il ?

  Nombres 4.5 Aaron vient avec ses fils quand le camp part ; ils détendent le voile et en couvrent l’arche du témoignage ; 6. Mettent dessus une couverture de peau de…
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Nombres 4.5
Aaron vient avec ses fils quand le camp part ; ils détendent le voile et en couvrent l’arche du témoignage ;
6. Mettent dessus une couverture de peau de ta’hasch, étendent un drap entièrement de laine bleue par dessus, et y placent les barres. (Trad. Samuel Cahen, 1831)

Il est bien de replacer dans son contexte le sujet que nous allons évoquer. L’Éternel donne des instructions très précise à Moïse son serviteur au sujet du tabernacle, tant pour sa construction mais aussi pour le démontage. Rien n’est laissé au hasard, aucune initiative personnelle de la part des lévites. L’Éternel est un Dieu de précision.

Nous pouvons classer en 2 catégories la traduction du mot tahach que l’on retrouve dans les différentes bibles. La première catégorie se rapporte à la peau d’un certain animal :

  • Segond 1910 : dans une couverture de peaux de dauphins
  • Semeur : dans une housse de peau de dauphin
  • Bible des peuples : dans une couverture de peau de poisson
  • PDV : Ils couvriront tout cela avec une belle peau d’animal
  • Pirot-Clamer : dans une couverture de peau de veau marin
  • Chouraqui : sur le couvercle en peau de dugon
  • Darby : dans une couverture de peaux de taissons
  • TMN 2018 : dans une couverture en peaux de phoques
  • Luther & King James : des peaux de blaireau

et la seconde catégorie à une étoffe ayant une couleur particulière :

  • Ostervald 1881 : dans une couverture de peaux de couleur d’hyacinthe
  • Segond TBS Esaïe 55 : dans une couverture de peaux teintes en bleu
  • De SACY : avec des peaux violettes
  • P. De Beaumont : d’une étoffe bleue
  • Bible juive complète : une couverture de cuir fin
  • NFC : dans une solide housse de cuir

L’hébreu dit ceci : Bémik’seh or Tahach

 

 

 

La question est de savoir ce que peut bien signifier le mot tahach, est-ce une peau d’animal ou une couleur d’étoffe, ce qui n’est pas la même chose.

On retrouve ce mot comme nom propre 1 fois en Genèse 22.24, 6 fois dans le livre de l’Exode, 7 fois dans le ch.4 du livre des Nombres ainsi qu’une mention chez Ézéchiel 16.10 : Je te donnai des vêtements brodés, et une chaussure de peaux de Tahach ; je te ceignis de fin lin, et je te couvris de soie.

La LXX est la plus ancienne traduction du Tanakh (La bible hébraïque), traduction grecque établie à Alexandrie et qui date de -270 av. J.-C. La LXX a traduit par une couverture de peaux bleues.
Le Targoum Yeroushalmi I emploi une couverture en peau de sasgona. On n’est pas plus avancé…
Les plus anciennes traductions datant d’après le XVIe telle que l’ Ostervald ou De Sacy ont toutes traduites par une étoffe de couleur bleue, violette ou hyacinthe, mais la traduction vers une peau d’animal est assez tardive. Pendant longtemps, on a pensé que le tahach ne serait donc pas un animal mais une couleur (bleu profond, comme un saphir). Des anciennes traductions comme Aquila, Symmaque, Theodotion, St Jérôme et F. Josèphe traduisent eux aussi par une couleur d’un ton bleu.

Segond dans sa traduction de 1880 avait systématiquement traduit le mot tahach par couverture de peaux teintes en bleu et ce sont les révisions après sa mort dont celle de 1910 qui l’ont remplacé par une couverture de peaux de dauphins, mais jamais Louis Segond n’a traduit tahach par dauphins. C’est là aussi un détail qui vous permet de savoir si votre traduction est une 1880 ou 1910. La Bible Ésaïe 55 TBS à souhaité garder le travail de Louis Segond donc vous trouverez tahach = teinte en bleu dans les 14 occurrences bibliques.

Bost relève une remarque intéressante quand à cette peau ou tissu, il dit : Le contexte n’est pas d’un grand secours ; il s’agit de la quatrième couverture du tabernacle, de celle qui recouvrait et cachait les autres ; si l’on s’attache à l’idée qu’elle devait servir à protéger les autres contre les intempéries de l’air, on penche vers l’opinion qui fait de cette couverture quelque chose de grossier, mais de solide ; si l’on s’attache au contraire à l’idée que c’était une couverture extérieure, et par conséquent, la seule visible, du tabernacle, on penche vers l’opinion qui en fait un ornement, un objet de luxe. Notons que certains sont des animaux impurs, étaient-ils convenable de les utiliser en contact avec les objets les plus saints du tabernacle ?
Quant au dauphin ou au phoque, où donc au bon milieu du désert pouvaient-ils aller les chercher ?

On le voit bien sur l’image ci-dessous, la quatrième couverture devait certainement être imperméable et solide pour protéger des intempéries.

 

Elie Munk quant à lui rapporte selon les propos du Talmud Sabb. 28 a :  עֹ֣ור תָּ֑חַשׁ  la peau de tahach est un animal qui ne vécut qu’à l’époque de Moïse. La Guemara précise que Dieu fit venir du désert cet animal vers Moïse. Sa peau était de très belles couleurs éclatantes et il possédait une corne sur le front.

J’avais posé la question à Jean-Marc Thobois, sa réponse : Quant au tahach personne ne sait ce qu’est cet animal. J’ai consulté à ce sujet les plus grands spécialistes et aucun n’a eu de réponse.

Un autre détail : Lorsqu’ Abram quitte Ur en Chaldée (Gn 11.31), il est accompagné de son frère cadet Na’hor. Nous lisons quelques chapitres suivant (Gn 22 v 20 à 24) et nous avons la liste de la descendance du frère d’Abraham. La femme de Na’hor, Milka lui donna 8 fils dont Bethuel qui engendrera Rebecca et qui deviendra la femme de Isaac. Na’hor eut aussi une concubine nommé Réouma, qui enfanta quatre fils. Le troisième porte de nom de Tahach, exactement le même mot employé. A cette époque là, lorsque l’on donnait un prénom à l’enfant, cela une vraie signification et était en lien avec sa naissance. Juste quelques exemples :

  • Gn 4.1 : et  Eve conçut, et enfanta Caïn ; et elle dit : J’ai acquis un homme avec l’Éternel.
  • Gn 5.29 : et il appela son nom Noé, disant : Celui-ci nous consolera à l’égard de notre ouvrage et du travail de nos mains
  • Gn 25.25 : Et le premier sortit, roux, tout entier comme un manteau de poil : et ils appelèrent son nom Ésaü.
  • Gn 25. 26 : Et ensuite sortit son frère, et sa main tenait le talon d’Ésaü ; et on appela son nom Jacob
  • Gn 29.32 : Enceinte, Léa enfante un fils et crie son nom : Reoubén. Ru-ben signifie voyez un fils, c’était son premier-né
  • Gn 30.11 : Et Léa dit : Quelle chance. Et elle appela son nom Gad. Chacun des fils de Jacob reçoit un nom de circonstance décrit dans ce ch.30
  • 1 Sam 1.20 : Anne ayant conçu, enfanta un fils, qu’elle nomma Samuel,  car, dit-elle, je l’ai demandé à l’Éternel. 
  • 1 Sam 4. 21 : et elle appela l’enfant I-Cabod, disant : La gloire s’en est allée d’Israël.
  • Math 1.21 : Et elle enfantera un fils, et tu lui donneras le nom de Jésus ; car il sauvera son peuple de ses péchés. Yeshoua signifie Ya – Dieu et  Shoua – sauve.

Alors, pour revenir à ce bébé de Réouma qui vient de naître et a qui l’on donne de nom de tahach, est-ce que ce nom lui est donné en relation avec la couleur de sa peau ou bien au toucher de sa peau ? Nous voyons donc un dilemme chez les traducteurs lorsqu’ils sont confrontés à ce mot. Dans la traduction de la BRH, j’ai préféré garder le mot tahach comme c’est souvent le cas quand on est face à des mots difficiles. Mais il semble plus logique que ce soit une sorte de peau d’animal qui devait être là pour protéger, voir imperméabiliser les objets précieux et telle devait être la fonction de la couverture extérieure du tabernacle.

 

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