litt. Voici la “jeune fille” enfantera un fils, on criera son nom : Emmanou El

Voyons quelques autres traductions :

NFC, BAY, PLÉIADE, JER, PDV : la jeune femme

OSTV, MART, DARBY, S21, NEG, TBS : Voici, la vierge sera enceinte

CHOU : Voici, la nubile sera grosse

PEUPLE : Voici – la jeune mère est enceinte

Quel est le sens du mot hébreu ‘alma – עַלְמָה tel que nous le trouvons dans ce verset d’Ésaïe. Est-il question d’une vierge, d’une jeune fille ou d’une jeune femme ? Le mot hébreu ‘alma désigne toujours une jeune fille, or l’hébreu possède un mot pour désigner une vierge, c’est le mot béthoula – בְּתוּלָה. La question que l’on pourrait se poser est celle-ci : Pourquoi Ésaïe a-t-il utilisé ‘alma et non béthoula ?

Ce mot ‘alma – עַלְמָה se retrouve huit fois dans la Bible hébraïque et fait toujours référence à une jeune fille, non-mariée, ce qui revient à dire une jeune fille vierge.

  1. Genèse 24.43 : voici, je me tiens près de la source d’eau, et que la jeune fille (almâh et la LXX utilise parthenos) qui sortira pour puiser, à qui je dirai : Laisse-moi boire, je te prie, un peu d’eau de ta cruche. Le v.16 du même chapitre nous dira qu’elle était vierge et que nul homme ne l’avait connue.
  1. Exode 2.8 : Va, lui répondit la fille de Pharaon. Et la jeune fille (almâh) alla chercher la mère de l’enfant. Il s’agit bien là de Myriam, l’aînée de la famille. On sait Moïse a 80 ans et Aaron 83 lorsqu’ils se présentent tous deux devant Pharaon (Ex. 7.7) Myriam n’avait guère plus de 9 ans.

La première traduction des LXX (-270 avant J-C) opta pour rendre le terme jeune fille par le mot παρθένος – parthenos dans ce passage d’Ésaïe. En grec, parthenos désigne systématiquement une vierge. Dans la mythologie grecque, on parle de deux vierges, la déesse Artémis et celle qui a donné son nom à la célèbre statue : Athéna Parthénos.

Saint Jérôme (vers 380), le traducteur de la Vulgate a rendu ce verset comme ceci : Ecce virgo concipiet et pariet filium et vocabitur nomen eius Emmanuel qui se traduirait par : Voici la vierge concevra et enfantera un fils, et on lui donnera le nom d’Emmanuel.
Vous avez lu virgo, c’est bien écrit une vierge. Donc il s’agit d’une jeune fille vierge comme précisé dans la description de Rebecca : La jeune fille était très belle de visage ; elle était vierge, aucun homme ne l’avait connue (Gn 24.16)

L’Évangile de Saint Matthieu reprend ce passage d’après la version grecque des LXX, c’est pourquoi on lit chez Matthieu – la vierge (παρθένος) deviendra enceinte, là où chez Ésaïe on trouve jeune fille.

INTERPRÉTATION HISTORIQUE

La première interprétation est la plus simple. Elle s’inscrit dans le contexte où cette prophétie est donnée. Plutôt que de trouver appui et confiance en l’Éternel, Achaz préfère recourir à une alliance avec l’Assyrie. Ésaïe rappelle la promesse faite au roi David que jamais il ne manquerait d’héritier sur le trône. La lignée royale de David sera assurée par la Parole de l’Éternel. Quand Ésaïe dit : « le Seigneur lui-même vous donnera un signe », le vous utilisé fait référence à la nation entière et indique que ni Ratsin, ni Pekach, ni personne d’autre ne pourra détruire ou arrêter la lignée de David. Malgré les guerres, les déportations, Dieu a veillé et sa promesse s’est accomplie.

L’autre interprétation fait référence au fils du prophète Ésaïe. Ésaïe eut deux fils, le premier s’appelle Shear Yachouv (un reste reviendra). Il est mentionné au ch.7 au côté de son père quand celui-ci se présente devant le roi Achaz. 

Le chapitre suivant nous raconte la naissance du second fils d’Ésaïe avec, lui aussi un nom prophétique : « je m’approchai de la prophétesse, et elle conçut et enfanta un fils. Et l’Éternel me dit : Appelle-le Maherschalal-Chaschbaz. Car avant que l’enfant sache crier : Mon père, ma mère ! On portera les richesses de Damas et le butin de Samarie devant le roi d’Assyrie. » (Es 8.3-4)

Le passage annonce la chute des deux royaumes et ce, avant que l’enfant ne sache parler, selon la prophétie donnée (Es 8.4). On sait en effet qu’avant que l’enfant n’ait eu trois ans, ces deux rois étaient morts, conformément à la prophétie. Dans ce cas, la jeune fille ‘alma que le texte décrit comme une prophétesse n’était plus vierge étant donné qu’elle en était à son deuxième fils. Certains vont jusqu’à supposer que la première femme du prophète était morte et qu’il venait de se remarier.

ACCOMPLISSEMENT MESSIANIQUE

Ésaïe donne un signe au roi Achaz. Ce signe sera miraculeux car Dieu est un Dieu de miracle. Sara n’a- t-elle pas enfanté alors qu’elle était âgée de 90 ans ; Anne était stérile et pourtant Dieu lui a accordé un fils – Samuel. Élisabeth, la femme de Zacharie était à l’exemple de Sara avancée en âge et l’espoir d’avoir des enfants était éteint. Pourtant, le Seigneur dira par la bouche de son serviteur, le prophète Jérémie : Voici, je suis l’Éternel, le Dieu de toute chair ; quelque chose est-il trop difficile pour moi ? (Jr 32.27)

Bien sûr, que le croyons, mais face à de telles situations, qui humainement parlant semblent impossibles, n’aurions-nous pas une part d’incrédulité comme Zacharie ?

Le prophète Ésaïe annonce donc quelque chose d’inouïe qui va dans la suite du caractère miraculeux de l’enfantement des femmes, évoqué à l’instant. Mais dans ce cas, ce n’est plus une femme ménopausée, avancée en âge ou bien une stérile qui va concevoir un fils, mais pour le coup, ce sera une vierge. Une vierge ? Comment une vierge peut-elle être enceinte ? Eh bien, c’est là le miracle de Dieu. Lisons Luc ch.1 au verset 26 :

Voici l’ange Gabriel, le messager qui rend visite à Myriam (Marie) et lui dit : « Ne crains pas, Myriam ! Oui, tu as trouvé grâce auprès de Dieu. Voici, tu concevras dans ta matrice et enfanteras un fils. (L’ange reprend mot à mot la prophétie d’Esaïe) Tu crieras son nom : Iéshoua. Il sera grand et sera appelé Fils du Très-Haut. L’Éternel, le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David, son père. Il régnera sur la maison de Jacob pour toujours, sans fin pour son royaume. »
Myriam dit au messager : « Comment cela peut-il être, puisque aucun homme ne m’a connue ?»
Le messager répond et lui dit : « L’Esprit Saint viendra sur toi, la puissance du Très-Haut te couvrira de son ombre, ainsi ce qui va naître, saint, sera appelé Fils de Dieu ».

Matthieu prend le soin d’insister sur le fait que l’Ange Gabriel est envoyé vers une jeune fille qui est vierge pour bien attester le caractère prophétique de cette annonce :
Au sixième mois, l’ange Gabriel est envoyé par Dieu dans une ville de Galilée du nom de Nazareth, vers une vierge (bethoula), promise à un homme du nom de Joseph, de la maison de David, et le nom de la vierge : Marie (Lc 1.26). Nous avons là deux promesses liées au Messie : Il naîtra d’une vierge et sera issu de la lignée de David.

La suite de Matthieu nous dit : Et on lui donnera le nom d’Emmanuel, ce qui signifie Dieu avec nous (Mt 1.23b). Une question revient souvent, pourquoi au v.21 l’appelle-t-on Jésus et non Emmanuel ? Le nom d’Emmanuel est davantage utilisé comme un titre que comme un nom propre. Ceci fait clairement allusion à l’incarnation du Fils de Dieu comme étant, dans son sens littéral, “Dieu au milieu de son peuple”. Comme Dieu était présent au milieu de son peuple dans le désert en la manifestation de la Sh’rina qui reposait sur le tabernacle, Jean fait écho dans son prologue en disant que Le Verbe ou le Logos est venu « tabernacler » au milieu des siens. (voir l’article https://www.bibliorama.org/jean-1-14-il-a-plante-sa-tente-parmi-les-siens/)

UN SECRET MESSIANIQUE ?

Le judaïsme de l’époque de Jésus croyait que le messie naîtrait d’une vierge selon l’interprétation d’Ésaïe 7.14. D’une part, la prophétie le dit d’une manière explicite et d’autre part à cause d’une « erreur » que l’on retrouve dans le texte hébreu dans une autre prophétie messianique. Des fautes, il y en a quelques-unes que l’on retrouve dans le Tanakh (comprenez la Bible hébraïque ou notre Première Alliance) mais les copistes, soucieux et consciencieux, n’ont jamais voulu corriger ces « fautes » qu’ils considéraient comme volontaires de la part de Celui qui les inspirait et, de ce fait l’on croyait qu’un secret messianique était caché derrière cette faute et qu’il fallait donc le percer. Voici le passage en question :

Ésaïe 9.5 : C’est qu’un enfant nous est né, un fils nous est accordé : la souveraineté repose sur son épaule, et on l’a appelé Conseiller merveilleux, Dieu fort, Père éternel, Prince de la Paix. 6. Accroître la souveraineté et une paix sans fin au trône de David et à son royaume, le soutenir et l’affermir par le droit et la justice, dès maintenant et à jamais. Voici ce que fera le zèle de l’Éternel des armées.

Le verset 6 dans la Bible hébraïque commence par ce mot : Lemarbe – et tout de suite, ceux qui lisent l’hébreu constateront la faute. La deuxième lettre, le mem est écrit sous sa forme « sofite » (finale) alors qu’il se trouve à l’intérieur du mot. C’est le seul cas recensé dans tout le Tanakh.  Les Sages en ont conclu, ainsi que le précise le rabbin Radaq (1160-1235), la « fermeture » du mem durera jusqu’à la venue du Messie. Moïse Nahmanide (1194-1270) plus connu sous le du Ramban a lui aussi confirmé, selon cette prophétie que le messie naîtrait d’une vierge. 

Cela signifie que le messie dont parle le prophète naîtra d’une vierge contre le cours de la nature et que le mystère de l’incarnation sera clos et secret.

Les sages d’Israël ont cherché une autre raison à cette faute volontaire dont Ésaïe, sous l’inspiration divine, a écrit ce mot. Ils ont conclu qu’à l’annonce de cette prophétie jusqu’à la naissance du Messie, il devait s’écouler 677 ans. Mais là encore, difficile de s’accorder avec les différentes chronologies.

Voilà donc ce que l’on peut dire de cette prophétie messianique qui annonçait la venue du messie, ce grand mystère de l’incarnation dont Jean nous dira : Et le Verbe fut chair. Et il a planté sa tente parmi nous (Jn1.14). Oui, le prophète ne s’était pas trompé, Jésus-Christ est bien né d’une vierge en sorte qu’il est véritablement le Fils de Dieu et le Sauveur du monde.