BRH : Or, il advint, tandis qu’ils étaient là, que le terme de sa grossesse arriva. Et elle enfanta son fils, le premier-né, et elle l’emmitoufla et le coucha dans une mangeoire, parce qu’il n’y avait pas de place pour eux dans la salle.

VIOT : Ce fut pendant qu’ils se trouvaient à Bethléem qu’arriva le moment où elle devait enfanter. Elle mit au monde son Fils premier-né, l’emmaillota et le coucha dans la mangeoire d’un écurie parce qu’il n’y avait pas de place pour eux dans l’hôtellerie.

BRUCKBERGER : Or, pendant leur séjour à Bethléem, sa grossesse vient à terme, et elle enfanta son fils premier-né. Elle l’emmaillota et le coucha dans une mangeoire d’étable, parce qu’il n’y avait pas de place pour eux à l’auberge.

PERNOT : Or, il arriva, durant qu’il était là, que furent révolus les jours de son enfantement, – elle enfanta son fils premier-né et l’emmaillota et l’entendit dans une crêche, parce qu’il n’y avait pas de place pour eux au caravansérail.

TMN 2018 : Elle donna alors naissance à son fils, son premier-né. Elle l’enveloppa de langes et le coucha dans une mangeoire parce qu’il n’y avait pas de place pour eux dans la salle prévue pour les voyageurs.

Nous allons nous arrêter sur trois mots clef dans ce verset à savoir : fils premier-né, la mangeoire et l’hôtellerie.

1. Le Fils Premier-Né

Le mot πρωτότοκον- prototokos, du grec ancien πρῶτος – protos qui signifie  « premier » et de τόκος tókos qui se comprend par « engendré ».

Nous le trouvons employé 9 fois dans tout le Nouveau Testament (Lc 2.7 ; Rm 8.29 ; Col 1.15,15 ; Héb 1.6, 11.28, 12.23 et Ap 1.5). Dans tous ces passages, il est attribué à Jésus-Christ comme titre de Premier-Né ou Premier-Engendré.

Il n’est pas à confondre avec μονογενής-monogenes qui signifie Fils unique et qui, lui aussi est présent 9 fois (Lc 7.12, 8.42, 9.38 ; Jn 1.14 et 18, 3.16 et 18, Hb 11.17 et 1 Jn 4.9). Excepté chez Luc, il est employé pour désigner “un fils unique” dont l’évangéliste relate trois miracles, qui sont le fils de la veuve de Naïn, celui de la fille de Jaïrus qui a douze ans et celui du fils épiliptique ; toutes les autres occurrences font référence à Jésus-Christ comme étant le Fils Unique (monogènes) de Dieu.

Le Premier-Né de toute éternité

Jésus est le Premier-Né, il est de toute éternité. Il n’y a pas de moment où le Fils n’est pas. Il est l’auteur de la création de Dieu (Ap 3.14 S21).

Il n’est pas comme certains pourraient le prétendre la première des créatures de Dieu. Une certaine lecture ou plutôt une mauvaise interprétation peut amener à l’Arianisme. Si Christ avait été « la première création » de Dieu, c’est le mot prõtoktisis qui aurait été utilisé. Voici ce qu’on trouve sur le site des Témoins de Jéhovah, en réponse à la question « Quand Jésus a-​t-​il été créé ?» : Jésus a été créé avant Adam. En fait, Dieu a créé Jésus, puis l’a utilisé pour faire toutes les autres choses, y compris les anges. C’est pourquoi la Bible appelle Jésus « le premier-né de toute création » de Dieu (lire Colossiens 1.15, 16). Avant de naître à Bethléem, Jésus était un ange. Il vivait donc au ciel. Puis, au moment voulu, Dieu a transféré la vie de Jésus dans le ventre de Marie pour le faire naître humain (lire Luc 1.30-32 ; Jean 6.38 ; 8.23).

La souverainté du Premier-Né

L’expression « premier-né » nous amène à comprendre deux choses au sujet du Christ :

  1. C’est lui qui précède la Création entière et il est souverain sur toute la Création. A l’époque de l’Ancien Testament, le premier-né était non seulement celui qui était né le premier, mais il avait aussi la dignité et la supériorité qui accompagnaient ce fait (voir Ex 13.2-15; Deut 21.17). Lorsque Jésus dit de lui-même qu’il était « le premier » (ho prõtos en Ap. 1.17), il faut le comprendre comme signifiant « le tout premier ».
  2. Ensuite, le terme « premier-né » souligne sa souveraineté. « Et moi, je ferai de lui le premier-né, le plus élevé des rois de la terre » (Ps 89:28). Tout comme on peut le constater en Apocalypse 1.5, où on appelle Christ par le titre de « le premier-né des morts (Col. 1.18), et le prince des rois de la terre » ce psaume royal fait référence non seulement à David, mais attribué au Messie. Ainsi, l’appellation « premier-né » fait référence tant à sa primauté sur toute la Création (dans le temps) qu’à sa souveraineté sur celle-ci (conformément à sa position).

Cette précision de premier-né chez Luc n’est pas exclusive car nous la trouvons chez Matthieu. En effet, certaines traductions utilisant le Textus Receptus ont dans Matthieu 1.25 l’ajout de [premier-né].

L’interprétation Catholique

De ce passage, les Catholiques ont établi le dogme de la virginité perpétuelle de Marie déclarant que Marie serait restée vierge pendant et après la naissance de Jésus. Dans le catholicisme, plusieurs théologoumènes font partie du dépôt de la foi. Les Évangiles de l’enfance en sont un exemple. On doit cela à un évangile apocryphe daté du IIe siècle appelé Le Protévangile de Jacques où nous est relaté la naissance miraculeuse de Jésus dans la grotte et le constat par la sage-femme que Marie est restée vierge.

Dans ce passage de Luc 2.78, presque toutes les bibles catholiques ont en note ceci : Non seulement Jésus était son premier-né, mais fils unique. Marie est toujours demeurée vierge.

Alors qu’en est-il des frères de Jésus ?

Pour l’Église catholique, les « frères » de Jésus cités dans le Nouveau Testament ne font plus l’objet de débats depuis la promulgation du 11 octobre 1992 du Catéchisme de l’Église catholique, qui dispose en son article 500 que « si l’on objecte parfois que l’Écriture mentionne des frères et sœurs de Jésus (cf. Mc 3.31-35 ; 6.3 ; 1 Co 9.5 ; Ga 1.19), l’Église a toujours compris ces passages comme ne désignant pas d’autres enfants de la Vierge Marie : en effet Jacques et Joseph, « frères de Jésus » (Mt 13.55), sont les fils d’une Marie disciple du Christ (cf. Mt 27.56) qui est désignée de manière significative comme « l’autre Marie » (Mt 28.1). Il s’agit de proches parents de Jésus, selon une expression connue de l’Ancien Testament (cf. Gn 13.8 ; 14.16 ; 29.15 ; etc.) ».

Le ‘prototokos

Toutefois pour les protestants, Jésus est décrit dans les Évangiles comme ayant eu des « frères », nous connaissons Jacques (Gal 1.19 et 1 Cor 15.7), Joset/José ou Joseph suivant les manuscrits, mais aussi Jude et Simon (ou Siméon), ainsi que des « sœurs » (Mc 6.3 ; Mt 13.56).

Mais nous pourrions alors nous poser la question : Pourquoi Luc n’a t-il pas employé dans ce cas l’expression de Fils unique (monogènes) de la Vierge ?

Dans un texte aussi construit dont les mots, chez Luc sont pesés et les détails non choisis au hasard, on peut voir dans ce titre une première amorce qui désigne en Jésus le Premier-Né (prototokos) consacré de droit à Dieu, accomplissant de ce fait la Loi du Lévitique lors de sa Présentation au Temple, et destiné à racheter en réalité « la multitude de ses frères ».

Luc est soucieux de montrer à quel point Marie et Joseph sont respectueux en tout point vis à vis de la Torah du Seigneur, il n’y a qu’à s’arrêter sur le chapitre 2 aux v. 21 à 24 et 41-42. C’est assez surprenant que de tels détails soient rapportés par Luc, lui le seul auteur non-juif de toute la Bible.

2. La mangeoire  

Il est assez facile de constater que toutes les traductions survenues après l’an 2000 ont abandonné l’emploi du mot crèche au profit de la mangeoire. Cela est dû à l’usage que l’on en fait de nos jours comme désignant la crèche comme un lieu d’accueil collectif pour garder les petits-enfants.

Mais c’est bien une mangeoire qu’il faut comprendre. Ce mot grec φάτνῃ/ phatne est exclusif au vocabulaire Lucanien (Lc 2.7, 12.16 et 13.15). Dans les LXX, Ésaïe 1.3 emploi aussi φάτνῃ/ phatne. Il conviendrait donc de traduire mangeoire plutôt que crêche. St Jérôme, dans la Vulgate emploie le mot latin praesepio qui désigne bien là encore une mangeoire.

Au milieu de l’étable, salle d’accouchement de dernière heure, Joseph va improviser le berceau qui doit recevoir le Roi des rois, Dieu fait chair et ce, à l’aide de la mangeoire des animaux domestiques. Quelle descente pour le Fils de Dieu !

Paul, dans un hymne aux Philippiens dira de l’incarnation de Jésus : Il était dans la même condition que Dieu et il n’a pas considéré cette égalité avec Dieu comme un butin à garder pour lui, mais il s’est dépouillé lui-même, il a pris la condition de l’esclave ; il est devenu semblable aux hommes, il s’est montré homme dans toute son apparition ; il s’est humilié lui-même, il s’est soumis jusqu’à mourir, mourir même sur une croix ! (Ph 2.6-8)

Celui qui venait d’avoir la vie est né dans une mangeoire taillée dans le bois et mourut sur une croix pour donner sa vie.

Mais d’où vient la tradition de présenter l’âne et le bœuf dans la crèche entourant Marie, Joseph et le petit enfant. Très certainement de ce passage d’Ésaïe et du livre des Proverbes.

Ésaïe 1.3 : Le bœuf connaît son possesseur et l’âne la crèche (phatne) de son maître.

Prov 14.4 : S’il n’y a pas de bœuf, la crèche est vide.

Note BRH : Certaines mangeoires, qui étaient taillées dans la pierre, pouvaient ressembler à un tombeau. Dans la coutume juive, la personne morte était enveloppée dans des vêtements funéraires. Lorsque Luc déclare que Yéshoua a été emmailloté et couché dans une mangeoire, au niveau sod (caché), il est en train de nous montrer l’image d’un enfant né pour mourir.

3. L’hôtellerie

Quelle est donc cette salle que certains traducteurs ont rendu par l’hôtellerie ou auberge? Le mot grec kataluma – κατάλυμα désigne une pièce, une salle. On le trouve dans un passage lié à la naissance de Jésus et quand celui-çi fait préparer la dernière Pâque dans une salle aménagée (Lc 22.11).

Le mot “hôtellerie” – πανδοχεῖον ne se trouve qu’en Luc 10.34, c’est l’endroit où le Bon Samaritain va déposer le blessé.

Kataluma désigne un endroit où l’on peut faire halte, dételer son animal (katalów, «détacher», «dételer»), un endroit où l’on peut à la rigueur passer la nuit.

La fait qu’il n’y eut point de place pour eux comme le précise Luc peut s’expliquer simplement aux circonstances dues à l’afflux des gens venus pour le recensement décrété par César Auguste.

Je crois qu’il est davantage question d’un caravansérail, une sorte de bâtiment d’accueil. Au premier étage se trouvait une salle commune où pouvaient manger et se coucher les pèlerins ou les voyageurs, une sorte de lieu d’escale et, au rez-de-chaussée se trouvait l’étable, l’endroit où les voyageurs laissaient leurs bêtes pour qu’elles se nourrissent et se reposent.

Comme tenu que la salle était pleine et que Marie allait accoucher, par décence, l’accouchement eut lieu au rez-de-chaussée, au milieu de l’étable. On comprend dès lors la présence d’une mangeoire, d’ânes et de bœufs, images traditionnelles de la nativité.

Notons aussi la comparaison avec la naissance de Jean-Baptiste, mis au monde chez lui, entouré des voisins et des proches dans l’allégresse générale (Lc 1.57-58) et celle de Jésus, né hors de sa maison dans l’extrême dénuement. La fin des chapitres 1 et 2 sont aussi à mettre aussi en parallèle.

Selon une ancienne tradition, provenant de Justin et d’Origène, c’était une grotte située près de la ville, et sur laquelle Hélène, mère de Constantin fit plus tard bâtir une église. Cette grotte est tirée du Protévangile de Jacques.